autocitation
L'asepsie symbolique stérilise les regards, facilitant autant l'exposition d'œuvres passe-partout que la désertion des promeneurs. «Là où il n'y a plus de dieux, règnent les spectres» (Novalis). L'art s'est conquis contre l'aliénation, s'est grandi dans l'autonomie, est mort d'autoréférence. Ce qui vaut aussi pour tel ou tel art particulier, dont le déclin s'annonce dans la réflexion qu'il opère sur lui-même. Et s'achève dans la démystification générale de soi par soi. Le point d'inflexion de la courbe, juste entre l'autonomie et l'autoréférence, serait peut-être l'autocitation. À manier avec prudence, car elle fait justement passer chaque art de la maturité à la virtuosité. Le miroir dans le miroir vide les salles, à la fin. La peinture de la peinture, comme le théâtre du théâtre, le film du film, la danse de la danse, la pub de pub, etc., cela commence avec la sourire et finit dans une grimace. L'image est vie, donc naïveté. Trop d'ironie peut la tuer. Narcisse est un être de crépuscule, et le narcissisme un vice funèbre. À trop se mettre en abyme, on y roule.
Régis Debray, Vie et mort de l’image, Gallimard, 1992, p. 67.

















