POST-SCRIPTUM 726
AGITATION FRITE 2 : ME PROMENER DANS MON PROPRE PAYSAGE
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Didier Lasserre (Free Unfold Trio, Nuts, Snus, Amor Fati, Ici en deux, Pourtant les cimes)…
EXTRAIT…
Ton kit de batterie a-t-il toujours été aussi dépouillé qu'aujourd'hui ?
Non, au début j'avais une batterie dite complète. Cela m'arrive encore parfois aujourd'hui, tout dépend des personnes avec qui je joue. J'adapte chaque fois, si possible, le matériel aux besoins – et c'est parfois difficile de savoir ce dont on aura besoin... Comme me le disait un jour Roger Turner, la batterie est un instrument qui n'est « jamais fini »… Donc, qu'est-ce qu'une batterie complète ? Et comme le disait Max Roach, la batterie n'est pas un instrument, mais un orchestre... Donc, qu'est-ce qu'un orchestre complet ?
Ton kit actuel correspond à un jeu débarrassé de tout superflu. Parmi les pionniers de la batterie, en est-il qui t'ont inspiré ? Connais-tu, par exemple, l'album Talking And Drum Solos de Baby Dodds édité par le label américain Folkways au début des années 1950 ?
Oui, je connais ce disque, que j'aime d’ailleurs beaucoup. Dans cet esprit de disque consacré à la batterie, celui de Papa Jo Jones, The Drums, est une merveille. J'adore Jo Jones, et aussi Denzil Best, qui faisait vivre la musique avec presque rien, comme Kenny Clarke sur certains disques. Et puis Jo Jones est attaché à la musique de Lester Young, le « Président », mon musicien favori avec Morton Feldman.
Et parmi les batteurs plus « modernes » ? Ichnos de Tony Oxley par exemple, ou le Solodrumming de Fritz Hauser, sont-ils de disques importants pour toi ?
J’aime beaucoup Tony Oxley (même si je ne connais pas ce disque) : j'aime surtout quand il joue « aéré », avec Bill Dixon par exemple. Fritz Hauser : je l'ai vu en solo à Mulhouse, très impressionnant, même si trop « parfait » pour moi ! J'aime aussi Paul Lytton : il swingue ! Et Paul Lovens : là aussi, quand il joue aéré, c'est merveilleux.
Et en dehors des batteurs de jazz, y en a-t-il qui t'aient marqué ?
À vrai dire, même si je peux en apprécier certains, ce sont surtout les batteurs de jazz qui m'ont marqué (quelques-uns tout du moins), tout d'abord pour leur qualité de son, leur écoulement du temps, leur poésie parfois.
Qu'est-ce qui t'attire plus particulièrement chez Lester Young et Morton Feldman au point que tu les lies ?
La douceur.
Peut-on dire qu'une certaine douceur caractérise notamment ton jeu ? Jeu par ailleurs très aéré, où le silence revêt une grande importance...
J’aimerais que l'on puisse dire cela... je l'espère.
Qu'est-ce qui t'amène à jouer de la batterie ? Pourquoi avoir choisi cet instrument plutôt qu'un autre ?
J’ai choisi la batterie car il me semblait que cela n'était pas trop difficile – tout du moins au début ! À ajouter au fait que j'ai toujours eu, aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, une oreille pour ça. Et encore maintenant, avec peu de moyens, je trouve que c'est un instrument qui donne beaucoup. Certains musiciens se plaignent de leur instrument, je trouve pour ma part que quand il y a un souci avec un instrument, c'est en fait avec le musicien qu'il y a un problème (je commence par moi). Mais au-delà de ça, c'est la poésie que peut générer la percussion qui me plaît – et en fait, c'est la poésie tout court qui m'intéresse…
Quels seraient selon toi les grands poètes de la batterie et des percussions ?
« Ne cours pas après la poésie. Elle pénètre toute seule par les jointures » disait Robert Bresson. Peut-être les grands poètes de la batterie n'ont-ils pas cherché à l'être. Kenny Clarke voulait être seulement un bon accompagnateur. Mais veux-tu des noms ?
Pourquoi pas ? Kenny Clarke donc... L'on peut d'ailleurs imaginer qu'aux balais il t'ait influencé, mais qui d'autre encore ?
C’est un peu difficile pour moi de répondre à cette question, car en ce moment je me sens assez détaché de cet instrument, je me sens de plus en plus « percussionniste » même si ce terme n'est pas forcément satisfaisant. C’est un peu aussi comme si une page se tournait. Bien sûr je peux te citer beaucoup de batteurs que j'admire en plus de ceux que je viens d’évoquer, mais j'essaye tellement, en ce moment, de « me promener dans mon propre paysage » (pour reprendre De Kooning), que c'est un peu étrange pour moi de parler de tout ça !
Tu te vois désormais plus dans l’implicite que dans l’explicite ? Quel est ton « paysage actuel » ?
Disons que je m'intéresse à l'ombre (la percussion peut être terriblement « brillante »). Disons que j'aimerais..., ..., ...
( Tony Oxley, par là )











