Je ne veux pas me battre, chaque victoire est amère. Ces combats nous cachent la véritable guerre, celle qui a lieu sans nous, et où nous sommes pris sans même nous en apercevoir : il y a pour chaque homme une balle perdue, et au dernier moment il est trop tard pour reconsidérer l’affaire. J’imagine une société humaine, bruissante comme un tas de mouches : vols serrés autour d’une pierre au soleil. Pendant ce temps, l’ombre s’allonge, la vague arrive tranquille dans le paysage. Fin de journée d’été : l’offensive sûre et répétée du soir remonte sur la campagne. Quelqu’un s’est endormi au bord du fleuve, et quand la fraîcheur noire le réveille – à quelle heure ? – il pense un moment être aveugle.
Frédéric Berthet, Journal de Trêve, Gallimard, 2006








