Montréal Carnivores: La viande autour de l'os
Publié sur le site de BRBR le 5 décembre 2013: http://www7.tfo.org/brbr/montreal-carnivores/ Après un ep intitulé viande, les garçons de Montréal Carnivores ont ficelé un premier disque, toujours autour du sujet et joliment appelé Jambes. Loin de se prendre la tête, ils lâchent un ragoût de rock, de grunge et de punk qui constitue une suite tout à fait appropriée à leur précédent groupe l’Orchestrol Parade. Simplement, ils ont précisé leur recette.
Originaires de Saint-Jean-Sur-Richelieu, François-Xavier Paquin et Benjamin Arcand, respectivement batteur et guitariste, jouaient déjà à «kick la canne» ensemble lorsqu’ils étaient enfants. Ils ont cessé d’enregistrer leurs fameuses cassettes de blagues au début de l’école secondaire pour se mettre à la musique et former le groupe Carpet Sweeper. «C’était dans le temps de la salle L’X à Montréal», se rappelle le batteur. «Ça manque crucialement, des salles de 200 places all-ages. Il faudrait qu’il y en ait à St-Jean-Sur-Richelieu, en région, partout. À Montréal il devrait y en avoir dix. C’est ce qui fait que la scène marche, parce que les bands plus âgés se lient avec des bands plus jeunes», plaide l’ancien animateur à la maison des jeunes Le Dome.
Avec leurs groupes suivants, The Original Wrecking Crew et l’Orchestrol Parade, François-Xavier et Benjamin s’étaient éloignés du ska punk pour faire dans… un bel amalgame de plein d’affaires. «L’Orchestrol c’était foufou, funk, même polka et reggae.» Pour Montréal Carnivores, le duo d’amis s’adjoint du bassiste Félix Riou-Campbell et alourdit la pâte. «Ce qui est le fun, et ça fait un peu drôle à dire parce que je suis un gars qui aime l’éclectisme, c’est qu’on est un peu plus racés. On avait envie de canaliser nos affaires, on me dit tout le temps que je ne suis pas conséquent!», rapporte le batteur avec son habituel air de clown, se gardant bien de souligner que leurs rythmiques elles ne se sont pas calmées pour deux cents. Les riffs sont encore maîtres chez Montréal Carnivores, qui continuent de tourner les coins quand on ne s’y attend pas.
Les trois garçons ont déménagé à Montréal, mais ils pratiquent encore à Saint-Jean. «Ç’a l’air con, mais on covoiture et ça nous permet d’avoir un moment en dehors du band où on jase et on écoute le hockey. On trouve ça important de rester proche de Saint-Jean, tous ceux qui viennent des régions proches finissent par se faire bouffer par Montréal.» Le voyage leur permet aussi d’apprendre les trucs de chasseur de Félix, question de devenir des carnivores qui se respectent. «Je suis un gros mangeur de viande et j’achète ça avec des serviettes sanitaires dans du plastique! C’est un peu hypocrite», avoue François-Xavier lorsqu’on aborde le sujet. «L’autre fois après le show de Québec on est revenu à Montréal, et Félix ne s’est pas endormi : il a pris son char et est parti chasser à Trois-Rivières!»
Félix comme François-Xavier a étudié en jazz, alors que Benjamin s’est tourné vers le cartoon – c’est lui qui s’occupe du visuel du groupe. Sachant qu’à la petite école François-Xavier et lui passaient des journées entières à dessiner en écoutant de la musique, on peut dire qu’ils ont tous deux suivi leur voie! «Ça étonne du monde que je fasse une maîtrise en compo jazz et que je joue du punk», acquiesce François-Xavier. «À l’école j’écris des tounes pop dans le fond, c’est juste que les gens font ba-bi-di-bi-dou-bi-dou dessus. Mais je ne crois pas en ça la formation musicale, dans le sens que la bonne idée ne vient pas de là. Benjamin n’en a pas et il compose des estie de bonnes tounes.» C’est quand même à son ami François-Xavier Paquin que Benjamin Arcand a demandé de composer la musique pour le court-métrage d’animation sur lequel il travaille, Wackatdooo. https://www.facebook.com/photo.php?v=10151085393997972&set=vb.360545760691490&type=2&theater
Mais la plus grande question reste toujours à aborder: C’est à qui les jambes, sur la pochette? Est-ce à Annie, pour qui François baisse le son dans sa chanson? «C’est un mannequin! Ce serait quelqu’un de vraiment anorexique si c’était des vraies jambes! On a mis dix piasses Benjamin et moi pour l’acheter au Marché St-Michel. Mais on ne dirait pas que c’est un mannequin, parce qu’on est habitué à voir ce genre d’images-là hyper sexualisées.» Pourtant, les paroles de la chanson «Viande» sont on ne peut plus crues : «Viande, fraîche, jambes, yeah!» «Oui mais c’est tellement des beaux mots!», de s’exclamer François-Xavier, toujours enthousiaste. «C’est comme un mannequin, c’est terriblement fascinant. Premièrement c’est magnifique parce que c’est une représentation du corps humain – Léonardo De Vinci dessinait des gens. En plus les jambes sont découpées car on n’a pas le haut du mannequin, esthétiquement c’est intéressant. Mais en fin de compte notre but c’était pas ça, c’est naïf, on fait ça et c’est après qu’on y réfléchit.»
Alors les jambes les suivent partout, sur scène, dans la voiture, dans le salon, au risque de surprendre celui qui sollicite pour une compagnie de câble ou les clients du bar qui les voient traîner sur un ampli à 2h du matin. En deux ans d’existence, le trio a joué avec Bécyk Fantôme, Fun Funeral, les Zerreurs, ODD Limbs et Gros Mené. Avis aux gens concernés, il aimerait bien faire un concert avec Ultraptérodactyle. Nous, on le verrait bien avec Cheval Fou ou avec le duo Jambe.
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