Vous voyez comme tout cela est simple, n’est-ce pas ? Bon ! mais ne vous laissez pas trop aller à l’idée que c’est si simple que cela… Ce n’est pas tout à fait comme si vous débutiez avec un certificat bien net de bonne vie et mœurs… Puisque nous causons ouvertement, appelons les choses par leur nom, et tirons au clair la chose… Vous savez parfaitement que Bertha Dorset n’aurait pas pu vous atteindre, s’il n’y avait eu… comment dire ?… des questions posées… des petits points d’interrogations, hé ?… Cela arrive nécessairement, j’imagine, à une jolie jeune fille dont la famille est avare ; en tout cas, c’est arrivé, et Bertha a trouvé un terrain tout préparé… Voyez-vous où je vais en venir ?… Vous ne voulez plus que ces petites questions puissent se poser de nouveau. Il faut que Bertha prenne l’alignement, mais il faut aussi qu’elle le garde, et ça, c’est plus difficile… Sans doute, vous pouvez lui faire peur, et tout de suite… mais le moyen de faire durer cette peur ? C’est de lui montrer que vous êtes aussi puissante qu’elle. Toutes les lettres du monde n’y suffiraient pas, dans votre situation actuelle ; mais, avec un fort appui derrière vous, vous la maintiendrez exactement au point où vous désirez qu’elle soit… Ça, c’est ma part dans l’affaire, c’est ce que je vous offre… Vous ne pouvez pas y réussir sans moi : ne vous sauvez pas avec l’idée que vous le puissiez… Avant six mois, vous retomberiez dans vos anciens ennuis, ou dans de pires ; et me voilà, moi, prêt à vous en tirer demain, si vous voulez… Voulez-vous, miss Lily ? — ajouta-t-il en se rapprochant soudain.(...) son complice éventuel ne présumait-il pas tout naturellement, qu’elle pouvait ne pas avoir confiance en lui, qu’elle tenterait peut-être de le frustrer de sa part du butin ? Ce coup d’œil jeté sur les arrière-pensées de Rosedale lui découvrait toute la transaction sous un jour nouveau : elle vit que la bassesse essentielle de l’acte résidait dans le fait qu’on ne courait aucun risque.