Genese, de Philippe Lesage
Saut dans le futur, ou dans le passé, les deux s’équivalent. On y retrouve toujours un printemps, comme l’évoquait le critique Michel Coulombe à Radio-Canada. Ce film illustre des amours impossibles, des circuits fermés, d’autres ouverts. Beaucoup d’images d’été, Montréal entre deux lieux (une école – un bar, une maison – un parc, etc.), et des déceptions.
Ce que les Anglais appellent deception on peut le traduire en français par l’illusion. Lesage remercie le fantôme de Bergman, à la fin du générique, et on comprend pourquoi, quand on sait que le cinéaste vouait une importance cruciale à la magie du cinéma, i.e. non pas de montrer le réel, mais de faire croire à l’illusion devant soi.
Genèse, c’est ça. Ce n’est pas le collège Jean-de-Brébeuf (en fait, oui, aussi, vu que c’est tourné sur les lieux), mais c’est sa représentation au travers des comédiens. Ce n’est pas un coup de foudre dans un camp, mais c’est un film qui en fait une belle démonstration. Là où j’ai pu avoir du mal à distinguer les formes, c’est parce que j’y ai déjà été trop collé. Les ires de M. Champagne, il faut avoir été dans sa classe pendant plus qu’un mois pour les reproduire avec autant de justesse que l’a fait Paul Ahmarani. Combien de fois on l’a vu se donner en spectacle, avouer son amour pour les femmes aux longues jambes, mais aussi humilier ses élèves copieusement, gratuitement oserais-je dire, comme M. Perrier (come on, vraiment?) l’a fait avec Guillaume Bonnet, le porteur de ce film. En tant qu’ancien de Brébeuf, je peux enfin être rassuré et me dire que je n’étais donc pas seul à ressentir cette violence. Mais aussi ces envolées. Parce que oui, j’en ai vu aussi des gars se dévoiler, être à nu devant d’autres. Sans nécessairement faire d’aussi beau discours que Bonnet, mais j’ai vu des gars du pensionnat se faire taper dessus parce qu’ils faisaient « fifs ». Des camarades de classe émus, ou percutés par des relations tendres qui se sont tendus. Les surveillants qui nous viraient de bord chez Mme Moreau (voir que t’as gardé son nom) parce que notre chemise sortait du pantalon...
Encore là, je n’ai mentionné que le protagoniste masculin, mais le premier rôle féminin, Charlotte, est d’autant plus troublant par sa quête. Quelle est-elle, d’ailleurs? Trouver un gars qui sache la faire vibrer? Aller danser? Trouver l’homme de sa vie? Faire la fête et s’en calisser? Parce que, soyons honnêtes, si on peut trouver au film un défaut, ou du moins une déficience, c’est le manque de présence de Charlotte dans ce film. Certes, il peut être difficile pour un homme d’un certain âge (il a quel âge, Lesage? 35? 37?) de mettre des mots dans la bouche d’une jeune fille quand on n’a pas vécu ses amours, ses chutes, ses désirs et ses désespoirs. Le problème, après, c’est que le film vit mal ce déséquilibre scénaristique. Tandis qu’on montre le côté intello et verbeux de Guillaume, Charlotte est réduite au silence, derrière les boum-boum des dancefloors et les baises du samedi matin. Et c’est sans parler de l’horrible scène - mais horrible - à laquelle l’auteur nous oblige à assister, sous la pluie. On en vient à se dire « Mais pauvre petite » dans une époque où le mot-clic #MeToo réfère à des expériences traumatisantes, alors qu’on n’aurait bien besoin d’une référence à de la force, de la fierté. En même temps, peut-être que ce que le réalisateur souhaitait montrer, c’est la réalité (l’illusion de…) et non pas ce qui devrait être montré.
Au travers de ces bouts de vie qui n’ont cessé de me bercer / bouleverser, j’y ai vu un des plus beaux cadeaux : la scène ou le plus jeune garçon jase avec Guillaume, et qui lui dit que Franny et Zooey, c’est encore mieux que L’Attrape-Cœurs (cette même édition, rouge, de Catcher que mon père a, d’ailleurs). D’entendre ça dans un film québécois, avec des images aussi justes, des histoires aussi réalistes, des cadrages et des émotions aussi on-point, j’en ai honnêtement eu les larmes aux yeux. Et maintenant, j’ai juste envie de lire la lettre de Buddy Glass dans un bain, ou proposer de la soupe au poulet à une sœur que j’ai pas. Merci pour ce beau moment, monsieur Lesage.
J’espère un jour avoir le recul nécessaire pour simplement écouter ce film pour sa valeur cinématographique, mais pour être bien honnête, ces années de secondaires sont formatrices de ma personne, et ce film en représente bien plus que je ne voudrais me l’admettre. Ce sera donc fort probablement une œuvre que je ne pourrai voir qu’au travers d’un prisme déformant et pourtant bien représentatif de mon adolescence.
Dieu sait que je risque de le réécouter souvent, ceci dit.
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Mylène Mackay, though… À qui tu pensais? Mme Low? Et le prof d’économie qui a raté sa thèse, et qui postillonne, c’est une référence à M. Labelle? Aweille, entre anciens, on peut ben se le dire. Anyway, ‘sont presque tous partis de Brébeuf. Ils doivent bien le savoir qu’on parle d’eux.












