Réchauffement climatique : l’avenir incertain du captage-stockage du Co2
Avec 158 projets-pilotes à travers le monde, le captage-stockage du Co2 (CSC) est l’une des solutions envisagées pour réduire l’effet de serre. Mais de nombreux obstacles s’opposent à la mise en pratique industrielle de cette technologie.
Le GIEC estime que le CSC pourrait représenter 15 à 55% des réductions des émissions de CO2 nécessaires pour stabiliser le changement climatique. [La centrale électrique Amercentrale aux Pays-Bas] ©EssentNieuws
Principalement composées de dioxyde de carbone (Co2), les émissions de gaz à effet de serre participent au réchauffement de la planète en emprisonnant la chaleur dans l’atmosphère terrestre. Pour lutter contre ce fléau, sans trop contraindre l’industrie et au développement économique d’un pays, le captage-stockage du Co2 (CSC) apparaît comme une solution séduisante. Face aux quotas d’émissions imposés par l’Union européenne, il permettrait aux industriels d’augmenter considérablement leurs niveaux de production sans être sanctionnés. Cela fait plus de 20 ans que l’on projette de réduire les rejets de Co2 en le stockant dans le sous-sol. Le principe est de capter directement le Co2, avant son rejet dans l’atmosphère, et de l’injecter, sous une forme stable, dans d’anciens gisements de gaz ou de pétrole par exemple. On estime la capacité de stockage souterrain entre 1.000 et 10.000 milliards de tonnes de Co2, à comparer avec les 30 milliards de tonnes rejetées dans le monde tous les ans. Un procédé efficace mais très coûteux Pour l’heure, le plus gros défaut du CSC est son prix. « Le captage revient à 20€ par tonne environ, le stockage à 10€ et le transport à quelques euros, explique Jacques Jacobs, président du pôle de compétitivité Avenia spécialisé dans les sous-sols profonds. Cela revient à 40€ la tonne de Co2 évité, contre un coût d’à peu près 5€ sur le marché actuel du carbone, dans le cadre des transactions de quotas d’émissions européens. Pour le moment, cela n’a pas un grand intérêt économique. » La mise en place d’installations visant à capter le Co2 dans les fumées d’usines s’avère également très onéreuse. Avec la crise économique, le prix de la tonne de carbone a diminué – elle était de 22€ en 2008 – et les Etats d’autant moins enclins à engager des sommes astronomiques pour la préservation de l’environnement. Pour Jacques Jacobs, dans le cas de la production d’électricité, qui représente une part importante des émissions, « la seule façon de développer la filière serait d’inclure le coût de ce type de stockage dans la facture ». Si elle était appliquée, cette mesure entrainerait automatiquement une hausse considérable du prix de l’énergie, préjudiciable aux particuliers mais surtout aux entreprises et à leur compétitivité. Une étude a démontré l’année dernière que les projets-pilotes soutenus par l’Union européenne ne seront pas compétitifs avant le début des années 2020. Et ce, en complément du développement des énergies peu émettrices en carbone (éolien, solaire, nucléaire). Actuellement, il n’existe aucun véritable projet industriel dans le domaine. Les experts sont toujours divisés sur la question du développement de la filière CSC. Certains scientifiques estiment que le CSC est inutile pour le moment, que l’on peut attendre 2035. L’écart entre les pessimistes et les optimistes s’explique par l’absence de cadre légal, l’instabilité du prix de l’énergie et l’inconnue de l’acceptabilité par les populations du changement climatique. L’obstacle de l’acceptation du CSC par l’opinion « Nous maîtrisons parfaitement les étapes de l’injection et de la mise sous pression du Co2 sous terre mais il existe toujours des risques infimes de remontée du gaz en surface, par des fissures, indique Corinne Loisy, enseignant-chercheur à l’Institut EGID de Bordeaux 3, qui travaille sur la menace d’éventuelles fuites dans le stockage du Co2. Il faut faire une étude géologique poussée en amont mais le stockage en milieu naturel, très hétérogène, peut réserver des complications. » Pour prévenir ce type de risques, la surveillance des sites de stockage, grâces à des capteurs en surface, est inévitable. Pour Jacques Jacobs, « c’est à peu près la même problématique que pour les déchets nucléaires ». Ces aléas, mêmes s’ils sont a priori maîtrisés, posent le débat de l’acceptabilité sociétale du CSC. « Lorsque le premier projet-pilote a été mis en place à Lacq, près de Pau, les gens pensaient que le stockage de Co2, à quatre kilomètres de profondeur, pouvait modifier le sol du vignoble de Jurançon, relève Jacque Jacobs. C’est un débat irrationnel car même si le gaz remontait par des failles, il mettrait plusieurs siècles à atteindre la surface. » En cas de fuite soudaine, des simulations permettent de prédire le danger. Le problème se situe plus dans la méfiance populaire vis-à-vis des installations industrielles en général. Un sentiment renforcé par le faible impact économique du CSC qui ne crée pas les emplois qui permettraient de faire passer la pilule. « Au départ, je n’étais pas tellement d’accord pour orienter mes recherches vers le stockage de Co2, avoue Corinne Loisy. J’estimais qu’il valait mieux ne pas produire de Co2 du tout que de l’emprisonner. Mais c’est impossible actuellement donc je me suis penché sur cette technique pour ne pas rester les bras croisés. » Pour que la planète reste vivable, il va falloir mettre en œuvre des technologies multiples. A lui seul, le CSC n’est pas la solution miracle pour lutter contre le réchauffement climatique. Une très grande partie des efforts à fournir réside dans les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables, en parallèle de la réduction de la consommation des énergies fossiles. Pour cela, il faudrait fixer un cadre légal réellement contraignant de règlementation des émissions de Co2, ce qui n’est pas le cas du protocole de Kyoto actuellement en vigueur. Guillaume Huault-Dupuy









