Ils en salivent dĂ©jĂ
Méconnue, la sécheresse buccale touche plus de huit millions de Français. La mise sur le marché, le 8 février, du premier équivalent salivaire redonne espoir à ces malades trop souvent ignorés.
 La bouteille dâeau est la meilleure alliĂ©e des personnes atteintes dâun syndrome sec. Sans elle, la panique sâinstalle.
A premiĂšre vue, cette affection paraĂźt anodine, mais la salive est un Ă©lĂ©ment essentiel Ă notre organisme. Elle permet lâinstallation dans la bouche de « bonnes » bactĂ©ries, protĂ©geant les muqueuses et les dents contre les infections. Leur rĂŽle consiste Ă lutter contre les « mauvaises » bactĂ©ries provenant de lâextĂ©rieur, en crĂ©ant une sorte de film protecteur bactĂ©ricide. Sans elle, les dents se fragilisent, par manque de calcium. Les muqueuses et les gencives sâinflamment, des aphtes apparaissent, les dents se dĂ©chaussent, lâhaleine se dĂ©grade... Garder une hygiĂšne buccale correcte sâavĂšre souvent impossible et les visites chez le dentiste se multiplient. Les troubles causĂ©s par la carence en salive dĂ©passent lâimagination des profanes. Au quotidien, la gĂȘne est constante, lancinante, handicapante. « Ăa fait dix ans que je mange mixĂ©, de prĂ©fĂ©rence liquide, explique Catherine Faou, prĂ©sidente de lâAssociation française du Gougerot-Sjögren et des syndromes secs (AFGS), gravement atteinte par la maladie. Pour les dĂźners, jâĂ©vite dâaller manger chez des amis. La derniĂšre fois, jâai dĂ» aller me faire vomir aux toilettes. » Pour faciliter la dĂ©glutition, il faut modifier ses habitudes alimentaires : manger « mouillé » (salade, soupe...), bien mastiquer et Ă©viter certains produits comme la tomate, le thĂ©, le cafĂ©, les cacahuĂštes, les biscuits, le vinaigre, lâalcool... Une maladie en forme de harcĂšlement La salive est indispensable Ă une bonne diction. Elle permet Ă la langue de glisser naturellement dans la bouche. En son absence, il devient trĂšs difficile de parler distinctement. Pour certaines professions, oĂč la parole est primordiale, câest un vĂ©ritable chemin de croix. Instituteurs, commerciaux, politiques... Un syndrome sec peut venir bouleverser une carriĂšre, une existence.
Dans le combat permanent des ces malades face Ă la sĂ©cheresse, la bouteille dâeau est une alliĂ©e fidĂšle. Elle permet de compenser le manque dâhydratation de la cavitĂ© buccale. « Je bois environ quatre litres dâeau chaque jour, lance Catherine Faou. La consĂ©quence directe, câest que je passe ma vie Ă repĂ©rer les toilettes. DĂšs que je me rends dans un endroit qui mâest inconnu, câest la premiĂšre chose que je fais. » Toutes les nuits, la maladie perturbe le sommeil des malades. Ils se rĂ©veillent avec la bouche dĂ©shydratĂ©e, la respiration haletante, la langue collĂ©e au palais. LĂ encore, la bouteille dâeau nâest jamais loin. Les causes de la xĂ©rostomie sont multiples. Le facteur le plus frĂ©quent est le vieillissement. En France, 60 % des personnes de plus de 65 ans sont concernĂ©es. Avec lâĂąge, lâapparition dâun syndrome sec devient systĂ©matique. Et plus on vieillit, plus les symptĂŽmes sâaggravent. « Câest lâune des explications Ă la vague de mortalitĂ© qui a frappĂ© les personnes ĂągĂ©es lors de la canicule de 2003, analyse Catherine Faou. Trop habituĂ©es Ă avoir la bouche assĂ©chĂ©e, elles ne se sont pas rendues compte de leur Ă©tat grave de dĂ©shydratation ». La deuxiĂšme cause de sĂ©cheresse buccale, ce sont les mĂ©dicaments utilisĂ©s pour lutter contre dâautres pathologies. Nombre dâentre eux entrainent une dĂ©shydratation permanente, en particulier les psychotropes employĂ©s pour combattre la dĂ©pression. La France Ă©tant lâun des pays consommant le plus dâantidĂ©presseurs, la quantitĂ© de malades suit la tendance. Certains diurĂ©tiques, ou des traitements pour le diabĂšte, engendrent aussi des troubles salivaires. Dans ce cas, il est nĂ©cessaire de changer de mĂ©dicament, si possible. La diminution de la production de salive sâexplique parfois par des raisons psychologiques. Le stress, la dĂ©pression, les angoisses... Elle peut aussi rĂ©sulter dâune maladie systĂ©mique, touchant plusieurs organes et affaiblissant le systĂšme immunitaire. Câest le cas du diabĂšte, du syndrome de Gougerot-Sjögren ou de lâamylose. La radiothĂ©rapie, utilisĂ©e contre les cancers, est Ă©galement une cause inĂ©luctable de dessĂšchement. Le Novasial cristallise tous les espoirs Les patients atteints de sĂ©cheresse buccale regrettent le manque de considĂ©ration des laboratoires pharmaceutiques et dâinformation des mĂ©decins. Actuellement, il nâexiste aucun traitement qui guĂ©rit ce mal. Pour amĂ©liorer la vie des tous les jours, les malades jonglent entre les solutions de confort et les petites astuces stimulant les glandes salivaires. Chewing-gum, bonbons sans sucre, bains de bouche... Tous les moyens sont bons pour diminuer la souffrance. Sur le plan pharmaceutique, câest le dĂ©sert. Il existe bien des sprays buccaux, des dentifrices et des gels humectant, censĂ©s aider les malades, mais leurs effets demeurent limitĂ©s. Depuis des annĂ©es, les patients atteints dâun syndrome sec utilisent des substituts salivaires, des gĂ©lules Ă base de pilocarpine ou des mĂ©dicaments homĂ©opathiques, tels que la teinture mĂšre de Jaborandi. « Tout ce quâon prend, câest seulement pour notre confort, rĂ©sume Brigitte Meunier Quinsac, responsable de lâantenne girondine de lâAFGS. Nous nâavons aucun espoir de guĂ©rison ».
Comme lâexplique Philippe Perovitch, le Novasial, dĂ©nuĂ© de goĂ»t, est rĂ©volutionnaire pour ces malades souffrant de graves dĂ©formations gustatives.
Face Ă ce vide, la mise sur le marchĂ© du Novasial, la semaine derniĂšre, a dĂ©clenchĂ© une vague dâespoir chez les malades. Ce premier Ă©quivalent salivaire est le fruit de la collaboration de trois scientifiques aquitains : Marc Maury, docteur en pharmacie et fondateur dâune entreprise de dĂ©veloppement pharmaceutique, Jean Deymes, stomatologue spĂ©cialiste des syndromes secs Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, et Philippe Perovitch. « Ce produit, Ă base de blanc dâĆuf, est la copie parfaite de la salive », affirme ce dernier. Il contient 80 protĂ©ines qui permettent dâen reproduire les propriĂ©tĂ©s. » Un produit efficace, pas miraculeux Les premiers tests sont concluants, avec notamment une amĂ©lioration notable du sommeil, permettant dâattĂ©nuer la fatigue chronique. Catherine Faou a eu la chance de recevoir des Ă©chantillons de Novasial et de les expĂ©rimenter : « Jây crois trĂšs fort ! Au dĂ©part, jâĂ©tais mĂ©fiante car les autres produits sont infĂąmes et inefficaces. Celui-ci nâest pas Ă©cĆurant, car son goĂ»t est neutre, et il permet de reproduire la texture mousseuse de la salive naturelle. » Il maintient la bouche humide pendant une durĂ©e comprise entre 1h et 1h30. Vendu librement sous la forme de sticks, le Novasial se prend avant les repas, une conversation ou un effort. Il nâa pas vocation Ă remplacer la salive naturelle de maniĂšre permanente, mais Ă aider les patients dans les moments les plus dĂ©licats de leur existence. « Jâai passĂ© ma premiĂšre commande mardi, sâexclame Brigitte Meunier Quinsac. On mâen a beaucoup parlĂ©, en bien, mais je trouve ça quand mĂȘme un peu cher. » La boĂźte de 30 doses de cinq milligrammes est vendue sept euros, auxquels il faut ajouter sept euros de frais de port. Pour lâinstant, le produit nâest accessible que sur la toile et nâest pas remboursĂ© par la sĂ©curitĂ© sociale. Les laboratoires pharmaceutiques sâen dĂ©sintĂ©ressent. En attendant la dĂ©couverte dâun traitement, peu probable, les personnes souffrant dâun syndrome sec Ă©voquent la nĂ©cessitĂ© de mieux former, et informer, les professionnels de la santĂ©. « Les mĂ©decins ne connaissent pas toujours ces troubles, regrette une membre de lâAFGS qui a prĂ©fĂ©rĂ© garder l'anonymat. Au dĂ©part, comme souvent, ils me disaient que cela venait simplement de problĂšmes psychosomatiques, psychologiques. » Face Ă lâignorance gĂ©nĂ©rale, VĂ©nus Williams a permis de mieux faire connaĂźtre ces maladies trop souvent nĂ©gligĂ©es. TouchĂ©e par le syndrome de Gougerot-Sjödren, la joueuse de tennis amĂ©ricaine a Ă©tĂ© contrainte de dĂ©clarer forfait Ă lâUS Open 2011. Une ambassadrice de poids, câest peut-ĂȘtre ce quâil manque Ă ces malades pour faire entendre leur voix. Guillaume Huault-Dupuy
















