GODEFROY DE BOUILLON (1058-1100)
Chevalier franc et duc de Basse-Lotharingie, il devient le Premier souverain du royaume de Jérusalem
En 1095, le nouveau pape Urbain II appelle à la croisade pour libérer Jérusalem et venir à l'aide de l'Empire Byzantin qui est l'objet d'attaques musulmane. Godefroy de Bouillon est l'un des premiers à répondre à cet appel, convaincu par le prédicateur itinérant Pierre l'Ermite. Vassal de l'empereur Henri IV (constamment en conflit avec le pape) et grand féodal à l'autorité bien assise, on ignore tout des raisons profondes qui l'ont poussé à tenter cette aventure vers l'inconnu alors que ses terres reçues en héritage sont convoitées : ferveur religieuse, Godefroy étant marqué par le renouveau monastique et la réforme clusienne qui a pénétré en Basse-Lotharingie ? Dispute avec Henri IV qui doute désormais de sa loyauté ? Toujours est-il qu'il devient l'un des principaux chefs de la première croisade. Pour financer son départ, il hypothèque le château de Bouillon à Otbert, prince-évêque de Liège, et celui de Stenay au prince-évêque de Verdun.
Le départ a lieu le 15 août 1096, accompagné d'une suite nombreuse. Godefroy est rejoint par ses frères Eustache et Baudouin. Ils seront accompagnés de milliers de seigneurs, d’hommes d’armes et de serfs prirent le départ avec comme signe de ralliement, une croix d’étoffe sur l’épaule ou sur la poitrine. La croix des Belges était de couleur verte ; celle des Français était rouge tandis que les manteaux des Anglais étaient ornés d’une croix blanche.
Quatre armées de chevaliers partirent en même temps et devaient se rejoindre à Constantinople :
Celle de la Francie du Nord et de la Basse-Lotharingie est conduite par Godefroid de Bouillon
La deuxième part du Sud de la France et est dirigée conjointement par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et Adhémard de Monteil, légat du pape
La troisième, d’Italie méridionale, est commandée par le prince normand Bohémont
La dernière part de la Francie centrale et est commandée conjointement par Robert de Normandie et Etienne de Blois.
Routes de la première Croisade
Godefroid de Bouillon mène la Croisade
Godefroid naît vers 1058 et meurt le 18 juillet 1100 à Jérusalem. Il est le fils d’un riche seigneur flamand et d’une wallonne d’ascendance flamande.
Ce lignage « à la belge » lui vaut de connaître parfaitement, non seulement les langues nationales de l’époque : le roman et le thiois, mais également les mœurs des peuples qui les parlent. En le choisissant comme chef des croisés, on savait qu’il serait à la fois un médiateur des querelles inévitables et un trait d’union entre Lotharingiens, Germains et Français qu’il allait falloir entraîner en masse vers les assauts meurtriers finaux.
Aux côtés de Godefroid de Bouillon, plusieurs princes et seigneurs des contrées belges ont participé à la délivrance des Lieux Saints :
Baudouin et Eustache, frères de Godefroid de Bouillon
Robert II, comte de Flandre
Pierre de Courtenay, comte de Namur
Baudouin II, comte de Hainaut
Englebert et Liétaud de Tournai. Ils furent les premiers à poser le pied sur les remparts de Jérusalem
Toute la chevalerie du Hainaut et du Luxembourg.
Godefroid conduisit son armée à travers l’Allemagne et la Hongrie vers Constantinople où elle devait se joindre aux autres Croisés pour faire route commune vers Jérusalem. Est-ce à dire que cette première « étape » fut une longue balade sous l’égide d’un chef courageux et pieux ? Pas tout à fait ! Godefroid de Bouillon est apparu quelques fois sous les traits d’un individu avide et immoral. Ainsi, il laissa massacrer les Juifs de la vallée du Rhin qui avaient pourtant acheté sa protection afin d’échapper aux pogroms organisés en Europe centrale.
Arrivé à Constantinople à la fin du mois de décembre 1096, Godefroid accepta de devenir le vassal de l’empereur de Byzance, Alexis Comnène. Les principaux croisés le suivirent dans cette démarche avec beaucoup de réticence mais, celui qui apparaissait comme le véritable chef de l’ensemble de la Croisade, Raymond de Saint-Gilles, refusa ce geste.
La route de Jérusalem est périlleuse …
Dès son entrée en Asie au printemps 1097, l’armée chrétienne, qu’on évalue à quelque 200.000 hommes, dut livrer de très durs combats face aux Turcs. Commencèrent alors 3 longues années de souffrance inouïes dues :
Au manque d’eau (les Turcs avaient comblé ou empoisonné les sources qui n’étaient pas taries)
Certains grands seigneurs abandonnèrent leurs compagnons pour rentrer en Europe.
Les Croisés s’emparèrent d’abord de la ville d’Antioche défendue par de hautes murailles et 360 tours. A peine étaient-ils entrés le 3 juin 1099, qu’ils furent assiégés à leur tour par les turcs. Après avoir enduré à nouveau les tortures de la faim, ils tentèrent un dernier effort et parvinrent à percer les rangs ennemis … Ils pouvaient maintenant mettre le cap sur la Ville Sainte !
Lorsqu’ils arrivèrent devant Jérusalem, les Croisés n’étaient plus que 50.000.
La ville était défendue par une forte garnison turque. Les croisés furent d’abord repoussés par les assiégés qui, du haut de leurs murailles, versaient sur eux des flots d’huile bouillante. C’est alors que Godefroid de Bouillon fit construire une haute tour roulante …
La tour d’assaut
Profitant de la fatigue extrême des assiégés, les Croisés avaient comblé les fossés de la défense et érigé une grande machine avec des cloisons intérieures dotée d’un pont mobile. Sa construction avait duré 5 jours.
Godefroid de Bouillon et son frère Eustache furent chargés de diriger l’attaque.
Godefroid donna l’ordre de placer des sacs plein de foin ou de paille sur la tour et d’y mettre le feu afin que le vent chasse la fumée vers les remparts. Les défenseurs furent bientôt obligés de quitter leur poste.
Alors le duc ordonna d’apporter 2 énormes poutres dont une extrémité fut appliquée sur la machine et l’autre sur les murailles ; ensuite le pont fut rabattu sur ces poutres. Godefroid le franchit le premier. Puis son frère et les 2 Tournaisiens s’y élancèrent également et entrèrent ensemble dans la ville.
Après un combat sanglant, Jérusalem fut prise le 15 juillet 1099, à 3 heures de l’après-midi. Le tombeau du Christ était délivré !
Après la conquête de la Palestine et la prise de Jérusalem, les Croisés fondèrent le royaume de Jérusalem. Il fallait organiser sans retard la nouvelle conquête et déterminer lequel des chefs croisés prendraient en charge le gouvernement des territoires conquis par les Occidentaux.
Godefroid de Bouillon s’était signalé par sa bravoure et sa sagesse ; aussi était-ce d’un accord unanime que les Croisés le proclamèrent roi de Jérusalem. Mais il refusa de « ceindre une couronne d’or dans la ville où Jésus-Christ avait porté une couronne d’épines ». Il se contenta du titre d’ « Avoué et défenseur du Saint-Sépulcre » pour ne pas mécontenter l’Eglise aux yeux de laquelle une seule souveraineté existait en Terre Sainte : celle du pape. Godefroid se soumit ainsi à la volonté du Saint-Siège en devenant le représentant laïc de l’Etat pontifical qui venait de s’établir en Orient.
Il créa un Etat chrétien suivant les principes de la féodalité et accorda un fief à chacun des chefs de la Croisade. Le royaume de Jérusalem se partagea entre le domaine royal et 4 fiefs principaux. Ces fiefs principaux, ainsi que le domaine royal avaient eux-mêmes des vassaux.
Le royaume s’organisa selon les lois et règlements connus sous le nom d’Assises de Jérusalem.
Godefroid de Bouillon mourut à Jérusalem le 18 juillet 1100. Son frère Baudouin de Boulogne, entre-temps comte d’Edesse, lui succéda et rompit immédiatement avec la politique de soumission au Saint-Siège. Il devint le premier « Roi de Jérusalem » sous le nom de Baudouin 1er de Jérusalem.
Le royaume de Jérusalem dura moins d’un siècle, les Turcs musulmans l’ayant reconquis en 1287
Stèle de Godefroy de Bouillon, Eglise Saint-Hybert de Baisy-Thy, Belgique
Statue de Godefroy de Bouillon sur la place Royale à Bruxelles. Selon l'inscription sur le socle de la statue, le lieu de naissance de Godefroy serait Baisy (d'autres sources penchent pour Boulogne).