Jean-Francois Martin - Chevillard
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Jean-Francois Martin - Chevillard
Le livre noir du monde moderne. #postmodernisme #chevillard #autofiction #journal #poésie #art #littérature #feuilleton #black #raison https://www.instagram.com/p/BntEPOlB4Bg/?utm_source=ig_tumblr_share&igshid=va3omzxpzlgb
Nombre de pages : 125 pages Editeur : Rue de Sèvres Date de sortie : 2 mai 2018 Collection : BD ADO-ADULTES Langue : Français ISBN-10: 2369812281 ISBN-13: 978-2369812289 Prix Editeur : 18€ Disponible sur Liseuse : Oui, à 8,99€
De quoi ça parle ?
Fabienne et Roland débarquent à Palavas pour passer la semaine. Roland a tout payé, tout organisé et scrupuleusement consigné chaque étape du séjour dans un carnet. Ils s’apprêtent à déposer leurs bagages à l’appartement. Soudain, elle se retrouve seule. Stupeur, déni… Contre toute attente, elle décide de rester.
Mon avis :
Fabienne et Roland sont un couple d’une quarantaine d’années qui partent en vacances. Roland s’est occupé de tout et à noté toute son organisation dans un carnet qu’il garde précieusement. Mais à peine arrivée sur place, tout s’arrête brusquement pour lui, laissant sa femme seule, choquée et démunie…Et qui va faire le choix de rester et de vivre les vacances comme les avaient planifié son mari.
Je dois dire que cette BD a une ambiance très particulière. Déjà, au niveau du scénario, la mort de Roland est vraiment très violente et surtout surprenante. Cela nous met direct dans le bain, nous sommes tout aussi stupéfait que Fabienne. Celle-ci est d’ailleurs énigmatique et malgré ce qu’elle vit, j’ai eu bien du mal à la prendre en pitié et à m’attacher à elle. Pourtant, j’ai aimé suivre ses vacances pleines de mélancolie, au fil du carnet annoté par feu son mari. Le scénario est assez simple et doux, il y a peu de dialogues, beaucoup de passages silencieux et à vides, un peu comme ce que doit ressentir Fabienne intérieurement, seule et mutique parmi tous ces heureux vacanciers.
Par contre, je suis tombée complètement amoureuse du graphisme! Avec de très grandes cases, des magnifiques couleurs pastels et un coup de crayon à la fois épuré et griffonné, le rendu est superbe et la bande-dessinée est un magnifique objet-livre dans sa globalité. La BD est également assez longue, mais si le début m’a charmé, autant la fin m’a laissé un goût de trop peu. Une fin trop brutale avec un scénario final qui n’a pas vraiment répondu à mes attentes.
Une belle bande-dessinée malgré ce petit bémol, qui donne beaucoup à réfléchir, à la mort et son deuil, et à la vie qui continue.
[Chronique de Littlepadfoot] Mon avis sur la bande-dessinée Je vais rester de Trondheim & Chevillard : Une magnifique BD mais avec une fin qui ne fut pas à mon goût. Nombre de pages : 125 pages Editeur : Rue de Sèvres Date de sortie : 2 mai 2018…
Série autofictive (1 août, 27 juillet, 25 juillet 2017)
Tu prends chair et forme dans l’obscurité d’un ventre. L’intelligence viendra plus tard, avec la lucidité. On se préoccupe surtout pour l’heure de ta clarté nucale dont elles semblent curieusement dépendre. Puis on t’aide à sortir de ton abri devenu trop étroit. La fée a de la poigne. Ceci est le vaste monde où s’accompliront tes jours. Il t’arrivera de t’enrhumer, de casser ton lacet. Mais tu pourras reprendre de la tarte au citron, car il y aura de bons moments aussi avant que ton crâne rebondissant sur la pierre, semant derrière lui la poussière de tes os pour ouvrir au plus large son espace nucal, n’accède à la compréhension de toute chose dans l’idéale clarté du ciel vide.
Dans la nébuleuse nuit des limbes, acharné au tricot de ses filaments gluants, un organisme macrocéphale déplie ses membres grêles. Il n’a de peau que la translucide paupière de son œil énorme. C’est toi, je te reconnais à ton front pensif. Tout à coup, une folle pirouette t’envoie rouler sur des pentes gravillonneuses, dans la broussaille ; une vague plus forte te jette haletant sur le sable. Tu prépareras ensuite un exposé sur Nicéphore Niepce. Une entreprise de robinetterie t’accueillera pour un stage d’été. En certains lieux, ça sentira fort le fromage.
Une effraction bestiale arrache une cellule au néant. Elle est aussitôt mise en culture dans une poche élastique emplie d’un liquide tiède, épais, où elle se développe à l’abri des heurts et des tourments. Tu t’es reconnu. C’est bien toi. Puis, sans ménagements, tête la première, tu es précipité dans le monde des surfaces dures et des émotions feintes. Un jour, tu chercheras ton tournevis. Il aura disparu inexplicablement.
(L’Autofictif d’Eric Chevillard, trois billets datés du 1 août, du 27 juillet et du 25 juillet 2017)
Un de nos jeux favoris consistait à frapper du pied un ballon. On ouvrait grand la méglotte pour s’effrire. Les garles flanchaient avant les birbiles. On ne goûtait guère le céleri. Puisque au bout du compte, rien ne change. Pas frimeurs, car rien à brandir. Ni l’onguelle ni l’abelline. Le poing restait au fond de la poche, avec les noyaux de fulmines. On craletait suffisamment comme ça. On s’enchantait de navres et de complorations. Funeste au moins n’était pas encore funèbre. C’était un autre temps, comme on sait. Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crénelait. La princesse aux paupières cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait d’abord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. C’était un autre temps, bien sûr. Dieu s’époilait dans les nuages abyssaux. Froides, les églises, et bigneuses. L’aube travestissait nos rêves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait l’hostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boîte à frêches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle était notre vie future en ce temps-là. On s’émuissait dans les tunnels de luzules. L’arche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers l’iphte s’étorchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli s’en fichait. C’était un autre temps, bien sûr. Le flûtion empestait. Jésus écartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des écroules. On pignait pourtant jusqu’aux étoiles. C’était un autre temps, bien sûr. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de l’importance. On attendait le cinquième pour friller. La satanée moulka nous guettait sous l’amuse et l’écart incombait aux chats. Toute une époque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril béait encore que se racornissait la paupière. On en concevait un peu d’atarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait l’annule. C’était un autre temps, bien sûr. Le blé poussait dans le coton au fond de l’armoire, à côté du champ de lavande. C’était de très petites exploitations. Les moilles s’ébarbignaient mâchement. On clartait à la démèche. C’était un autre temps, bien sûr. Le contrôle nous échappait. Il fallait tout de même tenir jusqu’à la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec l’homme. C’était un autre temps, bien sûr. Un néon grelottant décomposait nos gestes. On appelait ça danse, mais c’était plus d’hésitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. L’avenir s’affriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoïm ! Mais bon, c’était un autre temps. On palpait l’omule en cachette. On s’endormait à cinquante-deux. Les lentilleurs étaient dans notre camp. Pas les draches. On s’armait de lance-floches. C’était un autre temps, bien sûr. On descendait aux archives sans être sûrs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifié. On bourrelait les frisques. On échargnait avec passion les amplinthes frictives. C’était un autre temps. La poire n’était qu’une toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait l’uzelle. On s’exerçait à la frolette sans trop y croire. Le lâpre guettait. C’était un autre temps, bien sûr. On n’en menait vraiment pas large. Les choses étaient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. C’était un autre temps, bien sûr. Il s’agissait de coincer la tête de la camomille entre l’index et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On réflactait tout vif dans le vomi d’anthropophage. Éclives et prosciboires s’amassaient aux confins. On préférait en rire, en grifflotant tout de même un peu. C’était un autre temps, bien sûr. Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffée. L’argonde attaquait au crépuscule. Rien ne durait, que l’embasque et l’ennui. C’était un autre temps, bien sûr. On avait la plunule à vif. Sur nos épaules pesait la ronde-chiche. C’était à celui qui enrouflerait l’autre. Tout cela pour un résultat mince. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Nos chiens avaient de longs poils mouillés. La betterave colorait nos larmes pour les obsèques. Il fallait être philéen malgré l’orgne. Il fallait être ploucre pour réussir. C’était un autre temps, bien sûr. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilité dans le verni du Japon. Ainsi tout était vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On médulait à peine. C’était un autre temps, bien sûr. On n’avait qu’une vie, déjà, et bien plus brève alors qu’aujourd’hui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coûtaient rien. On en trouvait même dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Personne à l’école le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premières relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant qu’on pouvait sous le regard biais des aliettes. C’était d’autres mœurs, bien sûr. Quetzalcóatl avait des zélateurs encore. On gardait nos rognures d’ongles pour la fête des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. L’afflux des crampiers provoqua l’exil des morseurs. C’était un autre temps, bien sûr. Les kermesses étaient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour l’occasion. La barlousse cuisait dans son jus. On s’attardait à l’épanchoir. Doucement se corrélaient les âmes. C’était un autre temps, bien sûr. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipère se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et l’oursine. La piété ravageait les cœurs. On vripait les orignolles impunément. C’était un autre temps, bien sûr. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle s’achevait le lendemain dans un tunnel de mine écroulé. On égournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuétude des sirules ni sur la magnanimité de l’orchas. C’était un autre temps, bien sûr. On vivait en culottes courtes avec des empiècements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont l’une n’avait pas d’élastique. On mangeait à Noël l'empagne dans sa croûte de sel. Fin mars, on frêchait les lavelles. Le reste de l’année, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chômait pas. C’était un autre temps, bien sûr.
Eric Chevillard — L'Autofictif (collage extraits)
Pas frimeurs, car rien à brandir. Ni l’onguelle ni l’abelline. Le poing restait au fond de la poche, avec les noyaux de fulmines. On craletait suffisamment comme ça. On s’enchantait de navres et de complorations. Funeste au moins n’était pas encore funèbre. C’était un autre temps, comme on sait. Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crénelait. La princesse aux paupières cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait d’abord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. C’était un autre temps, bien sûr. Dieu s’époilait dans les nuages abyssaux. Froides, les églises, et bigneuses. L’aube travestissait nos rêves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait l’hostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boîte à frêches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle était notre vie future en ce temps-là. On s’émuissait dans les tunnels de luzules. L’arche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers l’iphte s’étorchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli s’en fichait. C’était un autre temps, bien sûr. Le flûtion empestait. Jésus écartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des écroules. On pignait pourtant jusqu’aux étoiles. C’était un autre temps, bien sûr. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de l’importance. On attendait le cinquième pour friller. La satanée moulka nous guettait sous l’amuse et l’écart incombait aux chats. Toute une époque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril béait encore que se racornissait la paupière. On en concevait un peu d’atarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait l’annule. C’était un autre temps, bien sûr. Le blé poussait dans le coton au fond de l’armoire, à côté du champ de lavande. C’était de très petites exploitations. Les moilles s’ébarbignaient mâchement. On clartait à la démèche. C’était un autre temps, bien sûr. Le contrôle nous échappait. Il fallait tout de même tenir jusqu’à la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec l’homme. C’était un autre temps, bien sûr. Un néon grelottant décomposait nos gestes. On appelait ça danse, mais c’était plus d’hésitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. L’avenir s’affriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoïm ! Mais bon, c’était un autre temps. On palpait l’omule en cachette. On s’endormait à cinquante-deux. Les lentilleurs étaient dans notre camp. Pas les draches. On s’armait de lance-floches. C’était un autre temps, bien sûr. On descendait aux archives sans être sûrs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifié. On bourrelait les frisques. On échargnait avec passion les amplinthes frictives. C’était un autre temps. La poire n’était qu’une toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait l’uzelle. On s’exerçait à la frolette sans trop y croire. Le lâpre guettait. C’était un autre temps, bien sûr. On n’en menait vraiment pas large. Les choses étaient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. C’était un autre temps, bien sûr. Il s’agissait de coincer la tête de la camomille entre l’index et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On réflactait tout vif dans le vomi d’anthropophage. Éclives et prosciboires s’amassaient aux confins. On préférait en rire, en grifflotant tout de même un peu. C’était un autre temps, bien sûr. Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffée. L’argonde attaquait au crépuscule. Rien ne durait, que l’embasque et l’ennui. C’était un autre temps, bien sûr. On avait la plunule à vif. Sur nos épaules pesait la ronde-chiche. C’était à celui qui enrouflerait l’autre. Tout cela pour un résultat mince. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Nos chiens avaient de longs poils mouillés. La betterave colorait nos larmes pour les obsèques. Il fallait être philéen malgré l’orgne. Il fallait être ploucre pour réussir. C’était un autre temps, bien sûr. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilité dans le verni du Japon. Ainsi tout était vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On médulait à peine. C’était un autre temps, bien sûr. On n’avait qu’une vie, déjà, et bien plus brève alors qu’aujourd’hui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coûtaient rien. On en trouvait même dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Personne à l’école le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premières relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant qu’on pouvait sous le regard biais des aliettes. C’était d’autres mœurs, bien sûr. Quetzalcóatl avait des zélateurs encore. On gardait nos rognures d’ongles pour la fête des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. L’afflux des crampiers provoqua l’exil des morseurs. C’était un autre temps, bien sûr. Les kermesses étaient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour l’occasion. La barlousse cuisait dans son jus. On s’attardait à l’épanchoir. Doucement se corrélaient les âmes. C’était un autre temps, bien sûr. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipère se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et l’oursine. La piété ravageait les cœurs. On vripait les orignolles impunément. C’était un autre temps, bien sûr. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle s’achevait le lendemain dans un tunnel de mine écroulé. On égournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuétude des sirules ni sur la magnanimité de l’orchas. C’était un autre temps, bien sûr. On vivait en culottes courtes avec des empiècements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont l’une n’avait pas d’élastique. On mangeait à Noël l'empagne dans sa croûte de sel. Fin mars, on frêchait les lavelles. Le reste de l’année, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chômait pas. C’était un autre temps, bien sûr.
Eric Chevillard — L'Autofictif (collage extraits)
Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crénelait. La princesse aux paupières cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait d’abord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. C’était un autre temps, bien sûr. Dieu s’époilait dans les nuages abyssaux. Froides, les églises, et bigneuses. L’aube travestissait nos rêves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait l’hostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boîte à frêches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle était notre vie future en ce temps-là. On s’émuissait dans les tunnels de luzules. L’arche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers l’iphte s’étorchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli s’en fichait. C’était un autre temps, bien sûr. Le flûtion empestait. Jésus écartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des écroules. On pignait pourtant jusqu’aux étoiles. C’était un autre temps, bien sûr. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de l’importance. On attendait le cinquième pour friller. La satanée moulka nous guettait sous l’amuse et l’écart incombait aux chats. Toute une époque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril béait encore que se racornissait la paupière. On en concevait un peu d’atarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait l’annule. C’était un autre temps, bien sûr. Le blé poussait dans le coton au fond de l’armoire, à côté du champ de lavande. C’était de très petites exploitations. Les moilles s’ébarbignaient mâchement. On clartait à la démèche. C’était un autre temps, bien sûr. Le contrôle nous échappait. Il fallait tout de même tenir jusqu’à la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec l’homme. C’était un autre temps, bien sûr. Un néon grelottant décomposait nos gestes. On appelait ça danse, mais c’était plus d’hésitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. L’avenir s’affriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoïm ! Mais bon, c’était un autre temps. On palpait l’omule en cachette. On s’endormait à cinquante-deux. Les lentilleurs étaient dans notre camp. Pas les draches. On s’armait de lance-floches. C’était un autre temps, bien sûr. On descendait aux archives sans être sûrs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifié. On bourrelait les frisques. On échargnait avec passion les amplinthes frictives. C’était un autre temps. La poire n’était qu’une toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait l’uzelle. On s’exerçait à la frolette sans trop y croire. Le lâpre guettait. C’était un autre temps, bien sûr. On n’en menait vraiment pas large. Les choses étaient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. C’était un autre temps, bien sûr. Il s’agissait de coincer la tête de la camomille entre l’index et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On réflactait tout vif dans le vomi d’anthropophage. Éclives et prosciboires s’amassaient aux confins. On préférait en rire, en grifflotant tout de même un peu. C’était un autre temps, bien sûr. Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffée. L’argonde attaquait au crépuscule. Rien ne durait, que l’embasque et l’ennui. C’était un autre temps, bien sûr. On avait la plunule à vif. Sur nos épaules pesait la ronde-chiche. C’était à celui qui enrouflerait l’autre. Tout cela pour un résultat mince. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Nos chiens avaient de longs poils mouillés. La betterave colorait nos larmes pour les obsèques. Il fallait être philéen malgré l’orgne. Il fallait être ploucre pour réussir. C’était un autre temps, bien sûr. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilité dans le verni du Japon. Ainsi tout était vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On médulait à peine. C’était un autre temps, bien sûr. On n’avait qu’une vie, déjà, et bien plus brève alors qu’aujourd’hui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coûtaient rien. On en trouvait même dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Personne à l’école le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premières relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant qu’on pouvait sous le regard biais des aliettes. C’était d’autres mœurs, bien sûr. Quetzalcóatl avait des zélateurs encore. On gardait nos rognures d’ongles pour la fête des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. L’afflux des crampiers provoqua l’exil des morseurs. C’était un autre temps, bien sûr. Les kermesses étaient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour l’occasion. La barlousse cuisait dans son jus. On s’attardait à l’épanchoir. Doucement se corrélaient les âmes. C’était un autre temps, bien sûr. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipère se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et l’oursine. La piété ravageait les cœurs. On vripait les orignolles impunément. C’était un autre temps, bien sûr. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle s’achevait le lendemain dans un tunnel de mine écroulé. On égournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuétude des sirules ni sur la magnanimité de l’orchas. C’était un autre temps, bien sûr. On vivait en culottes courtes avec des empiècements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont l’une n’avait pas d’élastique. On mangeait à Noël l'empagne dans sa croûte de sel. Fin mars, on frêchait les lavelles. Le reste de l’année, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chômait pas. C’était un autre temps, bien sûr.
Eric Chevillard — L'Autofictif (collage extraits)
Dieu s’époilait dans les nuages abyssaux. Froides, les églises, et bigneuses. L’aube travestissait nos rêves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait l’hostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boîte à frêches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle était notre vie future en ce temps-là. On s’émuissait dans les tunnels de luzules. L’arche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers l’iphte s’étorchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli s’en fichait. C’était un autre temps, bien sûr. Le flûtion empestait. Jésus écartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des écroules. On pignait pourtant jusqu’aux étoiles. C’était un autre temps, bien sûr. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de l’importance. On attendait le cinquième pour friller. La satanée moulka nous guettait sous l’amuse et l’écart incombait aux chats. Toute une époque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril béait encore que se racornissait la paupière. On en concevait un peu d’atarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait l’annule. C’était un autre temps, bien sûr. Le blé poussait dans le coton au fond de l’armoire, à côté du champ de lavande. C’était de très petites exploitations. Les moilles s’ébarbignaient mâchement. On clartait à la démèche. C’était un autre temps, bien sûr. Le contrôle nous échappait. Il fallait tout de même tenir jusqu’à la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec l’homme. C’était un autre temps, bien sûr. Un néon grelottant décomposait nos gestes. On appelait ça danse, mais c’était plus d’hésitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. L’avenir s’affriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoïm ! Mais bon, c’était un autre temps. On palpait l’omule en cachette. On s’endormait à cinquante-deux. Les lentilleurs étaient dans notre camp. Pas les draches. On s’armait de lance-floches. C’était un autre temps, bien sûr. On descendait aux archives sans être sûrs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifié. On bourrelait les frisques. On échargnait avec passion les amplinthes frictives. C’était un autre temps. La poire n’était qu’une toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait l’uzelle. On s’exerçait à la frolette sans trop y croire. Le lâpre guettait. C’était un autre temps, bien sûr. On n’en menait vraiment pas large. Les choses étaient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. C’était un autre temps, bien sûr. Il s’agissait de coincer la tête de la camomille entre l’index et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On réflactait tout vif dans le vomi d’anthropophage. Éclives et prosciboires s’amassaient aux confins. On préférait en rire, en grifflotant tout de même un peu. C’était un autre temps, bien sûr. Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffée. L’argonde attaquait au crépuscule. Rien ne durait, que l’embasque et l’ennui. C’était un autre temps, bien sûr. On avait la plunule à vif. Sur nos épaules pesait la ronde-chiche. C’était à celui qui enrouflerait l’autre. Tout cela pour un résultat mince. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Nos chiens avaient de longs poils mouillés. La betterave colorait nos larmes pour les obsèques. Il fallait être philéen malgré l’orgne. Il fallait être ploucre pour réussir. C’était un autre temps, bien sûr. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilité dans le verni du Japon. Ainsi tout était vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On médulait à peine. C’était un autre temps, bien sûr. On n’avait qu’une vie, déjà, et bien plus brève alors qu’aujourd’hui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coûtaient rien. On en trouvait même dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais c’était un autre temps, bien sûr. Personne à l’école le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premières relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant qu’on pouvait sous le regard biais des aliettes. C’était d’autres mœurs, bien sûr. Quetzalcóatl avait des zélateurs encore. On gardait nos rognures d’ongles pour la fête des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. L’afflux des crampiers provoqua l’exil des morseurs. C’était un autre temps, bien sûr. Les kermesses étaient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour l’occasion. La barlousse cuisait dans son jus. On s’attardait à l’épanchoir. Doucement se corrélaient les âmes. C’était un autre temps, bien sûr. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipère se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et l’oursine. La piété ravageait les cœurs. On vripait les orignolles impunément. C’était un autre temps, bien sûr. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle s’achevait le lendemain dans un tunnel de mine écroulé. On égournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuétude des sirules ni sur la magnanimité de l’orchas. C’était un autre temps, bien sûr. On vivait en culottes courtes avec des empiècements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont l’une n’avait pas d’élastique. On mangeait à Noël l'empagne dans sa croûte de sel. Fin mars, on frêchait les lavelles. Le reste de l’année, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chômait pas. C’était un autre temps, bien sûr.
Eric Chevillard — L'Autofictif (collage extraits)