Le jeu dangereux du journal arabophone El-Chourouk
Je ne vous apprendrai rien si je dis que ce pays, l’Algérie, va mal. Très mal même. Et les premiers signes de sa maladie sont ses médias. En effet, ces derniers, indépendants ou étatiques, véhiculent l’ignorance, transmettent la haine, propagent la violence (sans le savoir?) que le peuple algérien consomme à longueur d’année et dont les conséquences désastreuses sur lui se constatent chaque jour que Dieu fait.
D’abord, pourquoi El Chourouk? J’ai choisi de traiter le phénomène de ce « torchon arabophone » parce que je le connais bien vu que j’ai commencé à bouffer sa propagande islamiste et conservatrice dès son premier numéro un certain 1 novembre 2002. A l’époque je n’avais même pas 18 ans. D’ailleurs, j’ai conservé plus de 1500 numéros chez moi en Algérie avant mon départ pour le Canada en 2009. c’est pour vous dire que je connais bien sa façon de faire et que je n’ai rien de personnel contre le quotidien. Mais quand on annonce qu’il retire plus de 600000 exemplaires par jour, il y a de quoi s’inquiéter.
En tant qu’étudiant en science politique, on m’a appris à déchiffrer les discours, à les démonter, à les critiquer et surtout à lire entre les lignes et voir quelle idéologie servent les mots. Dénombrer les exemples flagrants de la manipulation médiatique de ce journal me prendrait des semaines entières, voire des mois. Pour cette raison, contentons-nous des plus connues et traitons de sa ligne éditoriale.
Commençons par ses chroniqueurs ou plutôt ses idéologues. Ils écrivent soi-disant des billets journalistiques en tant que connaisseurs, professeurs. Ils incarnent, d’après eux, ce que doit être l’élite algérienne, éduquée et cultivée « islamiquement ».
Malgré mes préoccupations, nombreuses, je trouve le temps d’y jeter de temps à autre un coup d’œil. Je ne vous cache pas qu’à chaque lecture, j’en sors malade, attristé. Les chroniqueurs, pour la majorité de tendance conservatrice, ne savent pas que les mots qu’ils utilisent ont un effet ou ils le savent mais ils le font exprès. Cela reste à confirmer. Ainsi, on lit pour des « crayons » qui n’hésiteront pas à insulter, violenter, traiter de tous les noms des écrivains, intellectuels, eux-mêmes algériens, mais qui ne pensent pas comme eux. Ils sont, d’après eux, les ennemis de ce peuple, musulman, arabe et conservateur pas nature. La « racaille laïque » veut le séculariser, l’occidentaliser, le vendre aux Occidentaux, voire le « sioniser ». Les exemples fusent. On a quand même lu sur ses pages des textes qui qualifient de traitres tous ceux qui ont condamné, à partir d’Alger, les attentats de Paris début 2015. On a quand même vu leur parti-pris pour le salafiste intégriste Hamadache qui appelait l’État algérien à tuer dans la place publique l’apostat sionisé, l’ennemie de Dieu et de sa religion, l’écrivain journaliste Kamel Daoud.
Seul détenteur de la vérité du peuple algérien, le torchon à sensation dénigre tous ceux qui, parmi les Algériens, sont animés par l’humanisme, ouverts sur l’autre et partisans des rencontres des cultures et des civilisations de tous bords. Cela se comprend puisque le journal n’a jamais caché sa proximité des Frères musulmans et de l’internationale islamiste. Il est leur porte-voix, défendant leur cause partout dans le monde arabe. En plus de sa vision binaire, fausse, simpliste et mortelle, du monde; il est possédé par la théorie du « Clash des civilisations ».
Ainsi, persuadé que l’Islam est victime d’un complot mondial, que les autres n’ont pour les Musulmans où qu’ils soient que les plus négatifs des sentiments; le journal n’hésite pas à reproduire pour ses lecteurs des textes dénichés sur des forums, sites Internet connus mondialement par leur propagation des théories du complot. Il ne rate pas aussi l’occasion pour faire de n’importe quelle petite information, n’importe quel évènement dans le monde où un musulman serait impliqué un geste d’une extrême islamophobie qui serait encouragé par les politiques antimusulmanes de ces pays. Eux ils appellent cela de l’information, voire de la vérité.
Complotiste par excellence, le quotidien intoxique toute une population par ses venins antisémites et par ses théories conspirationsites absolument condamnables. Les exemples sont nombreux. Ils se justifient par leur antisionisme qui leur passe pour des royalistes plus que le roi. Ils veulent passer pour des Palestiniens plus que les Palestiniens. Bref, un jeu trouble et extrêmement dangereux.
Profondément ennemi de tout ce qui est modernité, il s’affiche homophobe. Et ne parlons pas de leur haine abyssale pour tout ce qui est berbérophone, amazigh, kabyle. Dans leur chasse aux sorcières, ils ont taxé tous ceux qui se revendiquent de ces identités culturelles, authentiques, de sionistes, séparatistes, semeurs de troubles etc.
En somme, à mon avis, les « journaleux » et l’élite de ce quotidien veulent passer pour les détenteurs exclusifs de la véritable identité du peuple algérien oubliant que cette dernière est multiple et n’a jamais été exclusivement arabo-musulmane. À mon avis toujours, ils sont (sans le savoir?) de véritables porte-voix de l’obscurantisme, l’intolérance et l’ignorance qui vont terminer le peuple algérien. J’appelle au boycott de ce « journal » qui n’en est pas un.
Yassine Boukhedouni. Montréal, le : 8 février 2015.

















