15e édition du festival Circulation(s) au 104 : « où sont les hommes ? »
Arno Breker (1900-1991) Bereitschaft 1939 bronze
Le Festival de la jeune photographie européenne Circulation(s) donnait sa 15e édition au 104. Comme c’est à côté de chez nous, que le lieu bouillonne de vie, et qu’on y trouve toujours quelques travaux intéressants, on manque rarement d’y aller, même si notre intérêt a eu tendance à s’émousser au fil du temps, notamment en raison du fait que l’exposition était de moins en moins photo, de plus en plus documentaire.
Cette année, si les deux installations en libre accès dans le Hall ne sont pas sans intérêt, celle d’une polonaise d’origine tchétchène née en Pologne, Ola Skowrońska, explorant la vie de quatre jeunes femmes tchétchènes portant ce même prénom : Heda, et celle d’une libanaise Sama Beydoun installée à Paris, « Langue maternelle », documentation de ses relations à distance avec les 3 femmes de sa famille autour de la cuisine familiale, il ne nous restera sans doute en mémoire que la sculpture vidéo de Jakob Ganslmeier et d’Ana Zibelnik, « Bereitschaft » mettant en parallèle la rhétorique guerrière des comptes masculinistes sur les réseaux sociaux et celle des nazis autour de la sculpture emblématique d’Arno Breker. Ce choix judicieux des commissaires d’exposition a sans doute était fait pour dénoncer le « backlash » de la conquête de « l’égalité » par les femmes, mais sans se rendre compte qu’une telle exposition pouvait l’expliquer.
En effet, rapidement, j’ai demandé à Gabriel ce qui le frappait dans ce qu’on était en train de voir, il m’a aussitôt répondu la seule chose qui avait suscité mon attention : « des trips égotistes souvent geignards de meufs, le plus souvent pauvres plastiquement » (Pour être exact, j’ai dénombré 5 hommes pour 22 femmes dont une « non binaire, lesbienne », et « un-e artiste visuel-le »).
La programmation du festival Circulation(s) s’organise en partie autour d’un appel à candidatures, se peut-il que les jeunes hommes n'y répondent pas ? C'est douteux.
La sélection a-t-elle pu être surdéterminée par le genre des personnes composant le commissariat de l’exposition ? Tout juste : il a été confié au collectif Fetart, sur le site duquel il est question de « six commissaires d’exposition indépendantes spécialistes de la photographie émergente, d’une équipe permanente et d’une communauté de passionné·es. » Sur Linkedin, j’ai enfin trouvé des noms pour ce collectif : un seul photographe au milieu d’un poulailler.
Bref ! Je suggère pour la prochaine édition aux femmes du collectif d’élargir la composition du commissariat à parité avec des hommes pour avoir plus de chances d’intéresser tout le monde, ou d’arrêter d’avancer masquées et de rebaptiser le festival Circulation(s) de « festival de la photographie de jeunes femmes européennes ».
jusqu'au 01.06.2025
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