HOUSEWIFE (2017) Le réalisateur Can Evrenol revient, après un BASKIN (2015) traumatisant et instantanément culte: si t’as pas vu ce film, arrête la lecture ici et reviens plus tard! Exit la Turquie pour HOUSEWIFE, qui s’”américanise” de par sa V.O. anglaise: exit également à l’horreur pure de BASKIN, ce qui prête au doute. Est-ce que Evrenol peut réitérer l’exploit sanglant de ses débuts? Certainement, mais HOUSEWIFE n’est pas fait de ce bois-là: pourquoi devoir prouver à nouveau sa valeur en se répétant? Bien sûr, on reconnaît dans ce long-métrage la patte du réalisateur: la chaleur des lumières, la photographie, et forcément des thématiques qui semblent chèvres à Evrenol. Piochant à la fois dans le giallo -peinture, érotisme-, l’horreur -bien que brève-, le fantastique Lovecraftien -les songes, rêves et autres éléments du background-, voire dans du Lynch, HOUSEWIFE est en quelque sorte le ROSEMARY’S BABY (1968) du Turc, qui aurait forniqué avec le IN THE MOUTH OF MADNESS (1994) de John Carpenter -son final apocalyptique ésotérique!-. Guidé par l’âme de Lovecraft, le film nous perd, à la manière de son héroïne qui découvrira malgré elle que son trauma d’enfance n’est qu’un vibrant écho à une destinée plus grande: tirant parti de ses quelques personnages, HOUSEWIFE en approfondit leur psychologie. Passant la barrière métaphorique du genre chère à Lynch et consorts, le scénario de HOUSEWIFE reflète notre ressenti: c’est assez inattendu, mais ce qui en découle est fortement bon. Il faudra donc franchir la comparaison à BASKIN, pour apprécier pleinement ce second essai déroutant dans sa narration, mais réussi dans sa logique de conclusion. Nageant dans les eaux dans lesquelles nous adorons sombrer, Evrenol cisèle son approche, moins violente que son premier-né mais tout autant travaillée et cohérente dans son concept: HOUSEWIFE joue la carte de l’esprit plus que de la peur, du sanglant plus que du gore, pour s’achever dans un final impossible à contrer, grâce à une logique évidente. Ce long-métrage ne nous emportera pas dans l’Antichambre de l’Enfer cette fois, non: HOUSEWIFE, derrière son apparence lisse, nous pousse vers l’inéluctable, faisant du pied avec élégance avec les grands noms du genre. Evrenol confirme simplement avec HOUSEWIFE son talent déjà énorme, prouvant à qui veut que la différence peut payer, tout en étant fidèle à soi-même: bien joué, l’ami. On te quitte pas des yeux. DIFFÉRENT MAIS BIEN QUAND MÊME /20








