Entretien avec le Dr. Narcisse EKONGOLO sur l’importance du document
L’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) organise du 3 au 4 décembre prochain un colloque international sur les métiers des sciences de l’information documentaire. Cet évènement international entre dans le cadre de la célébration du 20ème anniversaire de la filière information documentaire de l’école. C’est une occasion pour les chercheurs, et autres experts de ce domaine de faire sortir d’une profonde léthargie les métiers que génèrent cette sciences d’une part et de montrer l’apport des archives dans le développement de l’Afrique d’autre part.
En prélude à cet évènement, nous avons rencontré le Docteur Narcisse EKONGOLO, qui est enseignant au département de l’Information Documentaire, une filière de l’Esstic. Avec lui, nous allons revenir de manière plus approfondie sur les enjeux de ce colloque pour l’Afrique.
Colloque-Esstic : Docteur EKONGOLO bienvenue à vous. Qu’appelle-t-on document ?
Docteur EKONGOLO : Le document est au centre des activités d’une société. Ce mot est tellement proche de nous mais, est parfois très difficile à définir. Concrètement, il s’agit d’un support sur lequel est inscrite une information. Etymologiquement, il vient du latin docere qui signifie enseigné, transmettre. Le document a donc une fonction sociale qui est de transmettre l’information et de permettre la communication. Les documents (carte d’identité, permis de conduire etc.) permettent de réguler la vie en société.
L.F : Quel regard portez-vous sur l’état des lieux sur la gestion des documents au Cameroun et même en Afrique ?
Dr. E : La conservation des documents en Afrique est un problème épineux, à cause des conditions climatiques. Il fait très chaud en Afrique et les documents ont horreur de la chaleur. Toute la communauté archivistique internationale s’est intéressée à ce problème. D’ailleurs, il y a eu à cette date plusieurs séminaires sur la conservation des documents dans les pays tropicaux. Plusieurs normes ont été élaborées pour leur prise en charge.
Pour garder les documents, il faut un environnement juridique réglementaire. Les pays africains ont fait un effort remarquable sur la législation archivistique. Tous les pays ont des lois, et normes qui leur permettent de mieux prendre en charge les documents. Mais, beaucoup reste à faire en ce qui concerne les ressources matérielles. Le difficile problème est celui du local. Dans presque tous les pays africains, les locaux qui abritent les archives sont inadaptés (cave abandonnée réhabilitée à cet effet). Pourtant, ils devraient avoir la capacité d’accueillir un public, notamment avec une salle de lecture. Il doit avoir des magasins assez vastes pour accueillir les documents.
Quand un local n’est pas adapté, il devient corrosif pour le document. Les documents d’archives sont des patrimoines qui s’inscrivent toujours dans la pérennité. Si le bâtiment et le matériel (rayonnage, et dispositif mis en place pour éviter l’humidité, l’incendie…) n’est pas mis en place, il sera difficile de conserver les archives pour longtemps. L’autre défi est celui de la formation ; fort heureusement, il est en train d’être réglé grâce aux nombreuses écoles dont disposent les pays africains. Mais, il faudrait que la formation s’étende et ne soit plus seulement postuniversitaire.
L. F : Dr, parlant à présent du colloque lui-même. Sur quoi portera-t-il
Dr E : Le colloque que nous organisons a trois volets. Le but est de montrer que le document est le socle des politiques d’émergence. Ces dernières elles-mêmes prennent encrage dans un document qui les explique.
Le premier concerne la recherche : ici, les communications vont présenter l’état de la recherche en sciences de l’information documentaire et permettront de lever le voile sur la littérature scientifique qui existe en la matière. On saura par exemple qu’est-ce qui a été fait en Afrique comme recherche en information documentaire.
La formation : il s’agit de retracer tous les modèles de formation aux métiers des sciences de l’information documentaire qui existent. Notons dès les années 30, l’Afrique du Sud pilote les premières formations en la matière. En 1938, il s’y est crée en centre de formation des bibliothécaires. Vers les années 60, l’Unesco va ouvrir un centre à Dakar (Centres régionaux de formation des bibliothécaires pour les pays francophones) et l’autre au Ghana pour les pays anglophones. Depuis, ces centres se sont transformés en école. en 1994, avec la reforme des universités, l’Esstic crée sa filière en documentation. Dont nous célebrons en cette année le 20ème anniversaire. La communication sur la recherche cherchera à savoir où est-ce qu’on en est après la création des toutes ces écoles. Chaque pays a une école, mais qui fonctionnent sur des modèles très diversifiés. Parfois c’est un modèle universitaire avec une école spécialisée comme c’est le cas à l’esstic, parfois c’est à l’intérieur d’une faculté, parfois c’est dans les administrations. Il faudra donc comprendre les niveaux de qualification de ces modèles de formation. Pour le moment, il y a pas encore des formations avant le baccalauréat. En Afrique, toutes les écoles ne forment que post-bac en une plus ou moins longue période (2, 3, 5 ans).
L’appui au développement : ici, l’on présentera l’utilité sociale du document. Comment le document participe-t-il à la régulation des sociétés. Le document est utile pour une société pour plusieurs raisons : il est un support de communication, il permet de garder la mémoire de manière pérenne, il nous aide à nous souvenir en pliant à nos déficient mémoriels. Le document permet aux administrations d’avoir une continuité administrative, car le personnel a la possibilité de se référer à ce qui a été fait avant lui. Cet axe nous permettra de montrer que le document est un outil de développement, de performance. Le document, qui contient l’information est utile à l’entre prise, lui permet de gagner des parts de marché. Il permet aussi de prendre de bonnes décisions car pour prendre la bonne décision, il faut avoir la bonne information. Les documentaires, les archivistes doivent travailler au quotidien à identifier ces bonnes informations pour les conserver afin qu’elle puisse être diffusée au moment opportun.
LF : Qui seront les principaux intervenants pendant ce colloque
Dr. E : Le colloque s’adresse à la communauté universitaire nationale et internationale. L’appel à la communication a été lancé dans tous les réseaux. Ce sont d’abord les chercheurs, les universitaires qui vont proposer des communications sur les trois axes dont je parlais plus haut. Les deuxièmes acteurs sont les professionnels qui auront des retours d’expérience assez constructifs. Le colloque est ouvert aux chercheurs, étudiants, par la même occasion. Les étudiants gagneront donc à être là pour profiter de l’expertise et des expériences des autres.
L.F : quels résultats espérez-vous (Esstic) obtenir après ce colloque ?
Dr. E : Nous pensons que le colloque va permettre de valoriser notre profession qui est un peu souvent cachée (dans la cave). Quand on parle des archivistes et bibliothécaires, on pense toujours à une profession un peu passéiste qui s’occupe de vieux documents dans la cave… nous espérons que le colloque permettra de dépoussiérer l’image de la profession. Il est un moyen pour nous de faire comprendre aux administrations que le document est au centre d’une nation. Aucun peuple ne peut vivre sans sa mémoire. C’est avoir une grosse lacune cognitive que de ne pas pouvoir retracer sa mémoire. Pour savoir où on va, on doit savoir qui on est.
L.F : Merci Docteur Narcisse EKONGOLO d’avoir répondu à nos questions
Dr. E: C’est moi qui vous remercie. Et je profite de l’occasion pour prendre rendez-vous avec tous les internautes les 3 et 4 décembre prochains
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