Henrique Cazes, “Le choro, rythmes européens et accent brésilien”, MPB musique populaire brésilienne, p86.. : Le ‘choro’ serait le jazz brésilien. Si cette affirmation, soutenue par quelques-uns, est inexacte, elle possède néanmoins une valeur comparative. Les deux musiques sont notamment issues de la polka (dans le cas du jazz, ‘via’ le ‘ragtime’) et permettent aux musiciens de se distinguer par leurs improvisations. En revanche, les deux genres n’ont ni les mêmes origines sociales ni le même type de phrasé. Le ‘choro’ est né dans une classe moyenne de métis, le jazz est apparu chez les Noirs pauvres. L’improvisation du ‘choro’ est plus rythmique que mélodique et peut se déclencher à tout instant, et non à un moment déterminé comme dans les ‘chorus’ de jazz. Le ‘choro’ utilise constamment le contrepoint, et son développement thématique est plus vaste et diversifié que celui du jazz. Malgré ces énormes différences, le ‘choro’ a été influencé par le jazz à partir des années 1930, période où Benny Goodman remporte un grand succès. La première expérience de traduction du jazz en ‘choro’, qui remonte à 1938, est l’oeuvre de celui qui allait devenir le grand modernisateur du genre : le pianiste, arrangeur et compositeur Radamés Gnattali. Né en 1906 à Porto Alegre, au sud du Brésil, dans une famille d’immigrés italiens particulièrement doués pour la musique, il apprend le piano avec sa mère. Il étudie au conservatoire local et, très jeune, remporte un premier prix. Obligé à subvenir à ses besoins, il renonce rapidement à sa vocation de pianiste de concert et s’intéresse à la musique populaire. Le ‘choro’ en général, et son admiration pour Ernesto Nazareth et Pixinguinha en particulier, sont le point de départ de cette inclination. Au début des années 1930, Radamés commence à composer et contribue à créer le modèle orchestral sophistiqué qui marquera la musique brésilienne des décennies suivantes. Il est le plus célèbre orchestrateur de l’ère de la radio. Radamés est sollicité par un américain, M. Evans, directeur artistique chez Victor, la maison de disques pour laquelle il travaille. Il s’agit de créer un trio composé d’un clarinettiste, d’un pianiste et d’un batteur, calqué sur la formation de Benny Goodman (clarinette), Teddy Wilson (piano) et Gene Krupa (batterie). L’ensemble jouera de la musique brésilienne. Ainsi naît le Trio Carioca, pour lequel Radamés écrit deux ‘choros’. Il y joue du piano, entouré de Luís Americano à la clarinette et de Luciano Perrone à la batterie. L’ensemble n’enregistre qu’un seul disque dont le son est aujourd’hui encore très moderne. Peu de temps après, la mode des ‘big band’ se répand au Brésil. Severino Araújo (Pernambouc, 1917) traduit à son tour la langue de cette formation pour le ‘choro’, en créant des oeuvres célèbres comme ‘Espinha de bacalhau’ (”Arête de morue”) et ‘Chorinho pra você’ (”Un chorinho pour toi”). D’autres interprètes d’instruments à vent ont perpétué une interaction vivante entre le ‘choro’ et le jazz, comme l’excellent compositeur et saxophoniste K-Ximbinho (’alias’ Sebastião Barros, Rio Grande do Norte, 1917-1980), et plus récemment le saxophoniste et clarinettiste Paulo Moura (São Paulo, 1933- 2010). Parmi les musiciens à cordes, celui qui assimile le mieux le langage du jazz est certainement Garoto, fortement influencé par le style swing, particulièrement quand il joue de la guitare à sept cordes. En 1936, il enregistre ses premiers disques, puis il se rend aux États-Unis avec la chanteuse Carmen Miranda. La découverte du jazz exerce sur lui une énorme influence qui se reflète dans son oeuvre. À partir des années 1940, Garoto se fixe à Rio de Janeiro où il figure parmi les grandes vedettes de l’âge d’or de la radio, à Rádio Mayrink Veiga puis à Rádio Nacional, où il est quotidiennement en contact avec le chef d’orchestre Radamés Gnattali. On peut affirmer que le boom du jazz durant les années 1930-1940 n’a pas affecté le modèle initial des compositions de ‘choro’ mais il a suscité des solutions alternatives utilisées avec talent par tout une génération de musiciens. // A efêmera vida do Trio Carioca : O Trio Carioca, criado em 1936, foi constituído por Radamés Gnattali, ao piano, Luciano Perrone, na bateria e Luís Americano no clarinete/saxofone… http://jornalggn.com.br/blog/laura-macedo/a-efemera-vida-do-trio-carioca