Sant'Elia, 1980 | photo Ferdinando Scianna (Italian, b.1943)

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Sant'Elia, 1980 | photo Ferdinando Scianna (Italian, b.1943)
Le projet d’oasis du contrevent aujourd’hui
Pour présenter le projet d’habitat participatif qui pour l’instant s’appelle « l’oasis du contrevent », je dois d’abord expliquer dans quoi il s’inscrit, à savoir une expérience sociale, humaine, politique et sensible qui a lieu dans la région : la Coopération Intégrale du Berry (La CIB). Pour cela, plutôt que de dérouler une présentation théorique, je vais partir d’un constat sensible, d’un constat personnel.
Depuis toujours j’ai du mal à me sentir bien dans le monde dans lequel j’ai grandi. J’y vois beaucoup de violence, beaucoup d’exclusion. Je l’ai constaté rapidement dans le monde du travail, qui exclue beaucoup de monde.
Cette exclusion est liée au fait qu’on considère la vie comme un champ de bataille, où tout le monde n’a pas sa place. Pour avoir sa place, il faut prendre celle des autres. Parfois, on naît avec des spécificités qui fait qu’on a beaucoup moins de chance d’avoir une place. Dans tous les cas, tout le monde n’en aura pas. Malgré le fait que j’aurais pu m’intégrer, malgré le fait que je reçoive bien moins de violences que d’autres parce que j’ai des facilités sociales, parce que je suis un homme, perçu comme un homme, blanc, français, hétéro-sexuel… Malgré tout ça, je suis aujourd’hui au chômage, parce que je n’arrive pas à m’adapter à des structures qui excluent et où, à cause de la précarité, il est impossible de s’organiser pour lutter contre cette exclusion. Je n’y arrive pas parce que cela me fait ressentir trop de colère, parce que je ne trouve aucun sens à faire un travail simplement pour de l’argent alors que des choses beaucoup plus importantes sont délaissées parce qu’elles ne conduisent pas à faire du profit.
La Coopération Intégrale est née d’un constat partagé que le monde est excluant et violent, et de la volonté de s’entraider face à cela, et de construire quelque chose de différent, qui fasse sens pour les gens qui y participent. Cela passe par le fait de créer des espaces et de libérer du temps où chacun est accepté, avec ses spécificités. Cela veut dire que chacun peut les exprimer, plutôt que de devoir les réprimer.
En acte, la Coopération Intégrale se concrétise depuis 2 ans avec la mise en place des lundi communs à la Vallée d’Humbligny, près de Morogues. C’est une journée hebdomadaire où les personnes disponibles peuvent proposer des ateliers ou y participer. Chacun de ces ateliers permet d’auto-produire des choses dont les gens ont besoin ou envie : pain, légumes, yaourt, bière, etc. On ne paye collectivement que ce que la production a coûté, c’est à dire le prix des matières premières qu’on est obligé d’acheter par exemple. On produit ce dont on a besoin ou envie, et pas uniquement des choses matérielles. Il a été exprimé l’envie d’intégrer les enfants, on travaille donc en ce sens. On a eu aussi envie d’éviter de reproduire une division genrée des choses, donc on essaie d’œuvrer en ce sens. Toute nouvelle voix qui s’ajoute au processus peut s’exprimer, et est entendue.
Un projet de la CIB est aussi d’ouvrir une cantine populaire, une épicerie coopérative et un bar dans un ancien restaurant de Morogues. L’idée est que toute personne ayant la volonté de participer à cet élan peut donner de son temps pour développer le projet, et accède en retour à tout ce que propose cet espace à prix coûtant. Comme sur les lundi co, on ne marchande pas notre temps, on offre une partie de celui-ci à la communauté, et on reçoit donc celui des autres qui font pareil. Mais on fait en fonction de chacun : De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.
Je ne vais pas développer ce point ce soir, mais la Coopération Intégrale s’organise également pour faire face au besoin d’argent actuel, en espérant qu’il soit de moins en moins important au fur et à mesure du développement des activités libérées du marché. Cela se traduit par la création d’une mutuelle du travail, organisée en Coopérative d’Activité et d’Emploi. Celle-ci permet à chacun, sans être seul, de faire face aux nécessités économiques.
Pour ma part, je participe à ces initiatives, mais nous habitons avec Sandy loin de tout ça car elle travaille à Bourges. De mon coté, j’aimerais pratiquer au quotidien la Coopération Intégrale, mais je vois aussi beaucoup de violence à Bourges même, beaucoup d’exclusion. Je souhaiterais donc que ces initiatives deviennent accessibles aux habitants de Bourges qui ne peuvent se déplacer. Nous avons donc la volonté de développer ces pratiques sur un nouveau lieu. Nous aimerions créer notre habitat avec d’autres personnes qui se reconnaissent dans un tel projet et avec qui nous ressentons des affinités. Cela se traduirait par des logements proches les uns des autres, réunis par des choses communes décidées ensemble. Parmi ces communs, il y aurait des espaces ouverts aux personnes non habitantes, comme à la Vallée d’Humbligny qui accueille les Lundi Communs. Dans l’idée, on aurait préféré restaurer un bâtiment patrimonial existant, car on trouve dommage de construire de nouveaux bâtiments alors que d’autres aux qualités exceptionnelles sont laissés à l’abandon. Mais on n’est pas non plus contre construire sur un terrain qui soit à proximité de Bourges, c’est à dire à 20 minutes maximum du lieu de travail en voiture ou transports en commun.
Si ce bâtiment offrait plus de place que nécessaire pour le groupe, nous pourrions faire financer la restauration des appartements restants potentiels par un bailleur social comme Habitat & Humanisme. Ces appartements deviendraient des logements solidaires permettant à des personnes particulièrement exclues de sortir de la rue, de retrouver un cadre social inclusif et propice à la sécurité, le temps de régler des problèmes administratifs par exemple.
Si le terrain permettait d’auto-construire des micro-maisons, des chantiers participatifs offriraient la possibilité de créer nous-mêmes ces logements solidaires.
Ce qui nous manque pour ce projet, c’est un groupe qui souhaite travailler ensemble pour sa réalisation. C’est à dire en mesure de discuter ensemble pour trouver une solution qui convienne à tous les futurs habitants. Une fois ce groupe défini, et le projet affiné, nous pourrons axer nos recherches de terrain ou de bâtiment en fonction de ce projet.
Notre foyer a déjà de quoi constituer un petit apport. Sandy pourrait également emprunter grâce à sa situation professionnelle. Une autre participante qui ne dispose pas de revenu a en revanche un apport initial issu de la vente d’un appartement.
photo : La Brèche à Morogues, une autre initiative issue de la Coopération Intégrale
The suit is back. #fatkimster #contrevent
Alain Damasio
Par quel livre d’Alain Damasio commencer ?
La Horde du Contrevent. La Volte. 2004.
Une expérience de lecture inoubliable, qui traite subtilement du thème cher à Damasio, les sociétés de contrôle, mais aussi de celui de la force du groupe et de la solidarité.
"la seule trace qui vaille est celle qu’on se crée, à la pointe extrême de ce qu’on peut"