J’ai l’impression d’écrire des livres appelés à me remplacer. On peut avoir une vie plus ou moins intéressante, mais l’écriture prend une telle place dans la journée — même quand on n’écrit pas — qu’ils me semblent plus intéressants. Une vie se vit hors écriture, certes, mais elle se décante sans cesse dans le langage. C’est comme si chaque livre était l’organe d’un corps particulier, un corps autre que je construis petit à petit. De livre en livre, j’essaie d’avoir une vision de l’espace mental et physique que je remplis — je trouve ça très physique, l’écriture. Oui, c’est une façon de se remplacer. Ça ne veut pas dire s’inventer une vie à travers les livres, mais que chaque livre doit correspondre à un espace mental où je traite de sujets qui m’ont intéressé à un moment ou à un autre, pour qu’ils soient transformés et tiennent un peu plus debout que des événements vécus.
Claro, extrait d’un entretien publié ce jour sur le site de Ballast












