Le courage de la fuite
Aussi loin que je puisse aller dans ma mémoire la fuite a toujours été quelque chose de très péjoratif. Fuir c’est ne pas assumer, ne pas se confronter, fuir c’est manquer « de couille » pour les poètes un brin sexiste, c’est être une « lopette » pour les mêmes gayphobe…
Comme pas mal de gens c’est une notion que j’ai intégré, à force de rabâchage et de consensus.
Et puis j’ai grandis, j’ai fait l’expérience des conneries que peuvent brasser les gens sans s’en rendre compte (pour la plupart), l’expérience de ma vérité, de la liberté.
Il y a eu des femmes violées par leurs conjoins, des ados harcelés quotidiennement, des jeunes travailleurs manipulés par leurs boss, il y a eu des insultes à répétition, des jugements critiques et malveillants, une crise de colère isolée qui devient habituelle, une claque perdue puis une deuxième, il y a eu la peur, le bruit des coups de feu en pleine nuit, et s’il revenait …
Alors la fuite a pris une autre teinte dans mon dictionnaire, elle est devenue belle, fière et debout. La fuite est devenue un acte de résistance, un premier pas vers soi, une putain de preuve d’amour !
Fuir n’est pas l’acte de lâcheté que les on-dit avec dépeint dans ma tête d’enfant, ça pouvait être tout l’inverse ; le droit de sauver sa vie.
Encore aujourd’hui quand j’entends des histoires de femmes rabaissées par leurs conjoins, insultées par leurs mecs je n’ai qu’un conseil à leur donner : fuyez !
Rien ne vous oblige à subir toute cette merde ! Nous méritons tous une vie qui a de la gueule, entourez de gens qui nous respecte ! Nous méritons tous de nous aimer suffisamment pour vouloir que ça cesse instantanément, pas demain, maintenant !
Fuir c’est se choisir, un élan du cœur, du corps, de tout ce qui veut vivre en nous !
Sans doute que la peur de l’inconnu, l’angoisse des conséquences sont comme des boulets de plomb à nos frêles chevilles mais ils sont des caresses en comparaison de la violence de ce que l’on connait déjà que trop.
J’ai fuis plusieurs fois dans ma vie, ça n’a pas été simple, parce que je pensais que les choses pouvaient évoluer, que les gens pouvaient changer mais il est plus sage de garder nos énergies pour nos propres murs à gravir, nos propres défis à relever, ce sur quoi nous avons un réel impact.
Je ne veux pas faire la morale ni juger, mais essayé de déculpabiliser celleux qui pensent qu’être fort/e c’est rester et subir et non pas partir.
Se prendre la main en quête d’un avenir meilleur m’apparaît maintenant très clairement comme une force et la plus belle preuve de courage ! J’avais envie de partager ça avec vous.
illustration : Katie McPayne Tatoo














