Amis bloggueurs, si vous souhaitez republier ce poème vous êtes les bienvenus. Cependant je vous demande, dans ce cas, de publier l'intégralité du texte, et non pas un extrait. En effet, quelques vers sortis de leur contexte pourraient de déformer mon propos.
C'est en l'honneur des dieux que les hommes se tuent
Avec le plus de joie : la barbarie vêtue
De l'habit de piété a des déchaînements
Qui sont parmi les plus violents événements
Quand le pape Calixte a lancé la croisade
Contre les Albigeois c'est une cavalcade
De guerriers qui ont fait de Béziers un charnier (1)
Car pour exterminer l'homme sait s'ingénier
Montségur le nid d'aigle assiégé est battu
Les chevaliers cathares ont, hardis, combattu
Mais il n'est plus de ville qui soit sûre pour eux
Traqués ils doivent fuir en exils désastreux
Marie est bonne dame (2) : de l'hérésie fatale
Refusant d'abjurer, l'Inquisistion brutale
Se charge d'appliquer le traitement qu'il faut
Pour qu'elle apostasie et renie son défaut
Un voisin dénonça en sycophante infâme
La foi non orthodoxe de cette prude femme
Il est récompensé et perçoit une prime
Le pouvoir par l'argent les mal pensants opprime
Attendu qu'elle refuse de consommer la viande
Que de l'Euchartistie elle refuse l'offrande
Son hétérodoxie ne fait lors plus de doute
Son impiété funeste ne peut plus être absoute
Attachée, humiliée, elle subit des tortures
Qui sont abominables. C'est privée de vêture
Qu'on la voit exposée sur la place publique
Afin qu'elle se rallie au dogme catholique
On transperce ses seins, des clous percent ses paumes :
De traitements cruels on n'est point économe
Un fouet tout hérissé de fer larde sa peau
Qui est nue, exposée, dépourvue d'oripeaux
L'inquisiteur sadique, connaissant qu'elle est vierge
Approche de son sexe la flammèche d'un cierge
Avant de la violer, pénétrant sans remords
Le sexe immaculé. Elle pleure sur son sort.
Sa jeune sœur enceinte vit aussi ces tourments
Elle a la même foi : le même châtiment
La frappe sans pitié. L'infinie cruauté
Dont elles sont victimes va la vie leur ôter.
Le bûcher est dressé : bientôt on les attache ;
Avant l'exécution un peu plus on cravache.
Les deux êtres épuisés, perdant toute espérance,
Supplient qu'on les achève car c'est trop de souffrances.
L'humanité bafouée par l'obscure folie
Dont l'apogée survient, tout de fureur emplie
Lorsque deux innocentes trépassent au brasier
Mais les bourreaux de sang ne sont point rassasiés
C'était il y a longtemps, c'est encore maintenant
L'âme humaine est obscure, le pire survenant
Au nom de théories qui prétendent sauver
L'homme de son enfer, vers le ciel l'élever.
Ô vous tous les prophètes, artisans du malheur
Esprits providentiels qui affirmez que l'heure
Du jugement dernier arrivera demain
Laissez-nous vivre en paix, passez votre chemin !
(1) De la tuerie de Béziers vient l'expression, en réponse aux soldats qui demandaient comment reconnaître les Cathares : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens".
(2) Bons hommes, bonnes dames : les noms que se donnent les Cathares.