Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument
Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument
Power corrupts and absolute power corrupts absolutely (Lord Acton 1887)
Prédication par Andrew Rossiter à Bergerac le 22 février 2026
2 Samuel 11.1-15, Luc 7.48-8.3
La première de deux prédications pour Carême, inspirées de notre groupe biblique qui étudie la vie du roi David.
Lord Acton était un catholique pratiquant, il a écrit à son évêque en 1887 en lui disant que «Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument». Sa haine du pouvoir et de toutes les formes d'absolutisme le conduit à s'opposer au Pie IX et sa promulgation de l’infaillibilité pontificale.
Nous entendons souvent des histoires de corruption et blanchiment d’argent au plus haut niveau. Des affaires de sex et d’abus, de viol et de meurtre. La hausse de féminicides en France est alarmante. L’abus de pouvoir n’est malheureusement pas réservé aux domaines de la finance ou de la politique, mais aussi au sein des églises, y compris la nôtre.
Une date: en 2018, Harvey Weinstein (producteur richissime Hollywoodien) a été inculpé pour agression sexuelle et viol. Son condamnation de 23 ans en prison a été annulée.
En réaction, est né le mouvement «#MeToo» (Moi aussi).
Beaucoup espéraient que les hommes puissants ne pourraient plus se cacher derrière leur immunité diplomatique, leurs dollars ou leur pouvoir de faire ou de casser les carrières. Des femmes américaines, françaises, européennes commençaient à espérer que leurs voix seraient un peu plus audibles, qu’elles ne seraient plus considérées coupables pour avoir «demandées», «souhaitées» ou automatiquement «consenties» à chaque avance d’un producteur de cinéma, d’un homme politique, d’un prêtre ou pasteur ou d’un patron abusif. Et quand Gisèle Pelicot a décidé que son procès ne serait pas en huit clos, une porte a été ouverte pour beaucoup de femmes qui ont trouvé, elles aussi, le courage pour parler de leurs abus.
Notre société avance, mais un long chemin est encore devant nous pour avoir un peu plus d’égalité homme-femme.
Mais que dire de toutes les autres femmes dans notre monde? Celles d’Afrique qui sont mariées de force, excisées, violée et victimes de violence conjugale systématique. Ou encore celles du Moyen Orient ou Afghanistan? Même si c’est vrai que les femmes de l’Arabie Saoudite ont le droit de conduire depuis 2018, et qu’il est illégale de battre sa femme, souvent le poids de la société fait que ces lois ne sont pas appliquées. La loi protégeant la femme de violences physiques, psychologiques et sexuelles a été adopté en 2013 par ce royaume wahhabite, mais le nombre de condamnations est négligeable.
L’actualité rejoint notre texte biblique de ce matin.
Le récit de David et Batchéba focalise sur le personnage du roi qui est l’auteur d’une histoire de viol et du meurtre, d’agression sexuelle et d’abus indiscutable de pouvoir. Et si nous regardons ce récit du point de vue de Batchéba, passant ainsi David en deuxième plan, qu’est-ce que nous y voyons?
Au-delà de l’histoire de la femme-victime, il reste son courage et sa force qui parlent à tous, femmes ou hommes qui ont été victimes d’injustice et de celles et ceux qui souffrent doublement: car souvent la victime est désignées comme «le coupable», consentant ou fautif.
Est-ce que Batchéba provoquait la réaction de David? Après tout elle aurait pu se baigner dans sa maison. Batchéba est chez elle, elle se purifie rituellement, car selon les lois du temple, elle est impure en sortant de sa période de règles. Afin de pouvoir retourner dans le temple pour prier, elle doit se laver. La dichotomie (pour ne pas dire l’hypocrisie) de la loi de Moïse est frappante: porter les enfants et les mettre au monde est un don de Dieu, et ce don rend la femme impure! La Bible a bien été écrite par les hommes.
Batchéba par Jean-Léon Gérôme (1824-1904 peintre français)
Mais le Nouveau Testament annonce que la création de Dieu ne peut pas être considérée entachée ou sale ou impure. Jésus nous enseigne que ce n'est pas ce qui entre en nous qui nous rend impur, mais ce qui s'en sort. Dans Actes chapitre 10, Pierre est confronté par la vision d’une toile qui se pose par terre. Dedans il y a toutes sortes d’animaux qui représentent les animaux interdits à manger. Une voix lui dit, «Ce que Dieu a rendu pur, ne dis pas que c’est interdit».
Prise entre le don créatif de la procréation et la loi d’impureté, Batchéba sait ce qu’elle est obligée à faire.
David, par contre n’est pas là où il devrait être. C’est la saison de la guerre et il est le roi, le chef de son armée. Ses troupes sont en train de combattre les Ammonites et il devrait être en tête de son armée. De plus, il profite de ce manquement de devoir pour espionner une femme dans sa baignoire. Il est bien dit le dicton, l’oisiveté est la mère de tous les vices! Car, rapporté à notre texte: si David était occupé à faire ce que Dieu demandait, il n’y aura pas pu faire ce qu’il a fait.
Donc pour le dire le plus simplement possible:
Batchéba était à sa place parce qu’elle faisait la volonté de Dieu, et David n’était pas à sa place car il faisait la volonté de… David.
Simpliste? Oui je l’admets volontiers. Nous savons que ce n’est pas toujours facile de savoir comment faire la volonté de Dieu, nous ne savons pas quand ou comment Dieu nous parle ou nous demande une réponse. Nous sommes dotés d’une quantité presqu’infinie d’auto-illusion. Nous sommes capables de faire le mal tout en nous persuadant que c’est pour la bonne cause, ou pour le bien de l’autre. Et les conséquences sont souvent la souffrance des autres. Dans notre récit, Batchéba doit obéir au roi, même quand cette obéissance va contre sa conscience, parce que la société l’a placée en bas de la structure. Quand l’abus résulte dans une grossesse non-désirée, elle fait appel à la seule personne qui a le pouvoir d’arranger l’affaire, David. Et la façon que David arrange l’affaire la persécute du nouveau, parce qu’il a organisé le meurtre de son mari.
C’est une histoire parmi des millions, répétée aujourd’hui où la victime n’a personne d’autre que son agresseur pour trouver une réponse à sa situation.
Que pouvons-nous faire en tant qu'église?
Que pouvons-nous dire et faire au nom de Jésus qui recevait des femmes malades, abusées, rejetées et les plaçait dans le cercle intime de ses plus proches amis?
Que doit être notre attitude au nom de Jésus
qui s’est laissé toucher par une femme impure,
qui a élevé comme exemple de générosité la femme la plus pauvre dans le temple,
qui sollicite de la part de Marthe une des plus belles confessions de foi de tout le Nouveau Testament,
qui comptait sur le soutien spirituel, psychologique et financier de plusieurs femmes?
Notre récit de ce matin se termine avec l’organisation du complot de tuer Urie, et Batchéba disparaît de l’histoire. Elle est à l’image de tant de victimes, «les disparues». Leurs histoires ne sont jamais racontées, leurs angoisses et blessures sont si souvent ignorées.
A cause de la mort de son mari, la victimisation de Batchéba va continuer… et le texte biblique ne dit rien de plus sur sa souffrance, comme si la femme biblique est celle qui subit, obéit et souffre en silence. Même au cœur de nos textes sacrés nous trouvons la complicité de silence, pour faire croire que rien ne s’est passé, que les faits peuvent disparaître et que la vie doit continuer comme avant.
Quelle est notre vocation en tant que communauté fidèle à Jésus face à ces personnes abusées, détruites et ignorées?
Les écouter. Les aider à raconter leurs histoires. Les accueillir dans nos espaces les plus intimes, dans nos cercles les plus proches. Devenir leurs avocats.
Si nous sommes les pieds, les mains et la bouche par lesquels Dieu agit et parle dans notre monde, notre responsabilité en tant qu’église est claire,
à nous de nous mettre à leurs côtés, là où Dieu se teint dans leurs vies,
à nous d’ouvrir nos bras et aménager des lieux pour les accueillir,
à nous de ne plus accepter que le pouvoir puisse avoir tous les droits.
Là où Jésus a scandalisé les bons gens de son temps, c’est surement là où nous le trouverons aujourd’hui. A nous de nous alignés avec lui afin que la Volonté de Dieu soit réalisée,
que sa justice soit vécue et
que son Règne vienne.
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Et juste pour ajouter une autre citation de Lord Acton:
Je ne peux pas accepter ton principe selon lequel nous devons juger le pape et le roi contrairement aux autres hommes...