"The Spirit of Life"
Engraving in Daniel Mögling's aka Theophil Schweighart's Speculum Soph Rhodo-Stauroticum (1618)
seen from United States

seen from United States

seen from United States
seen from United States
seen from Morocco

seen from Singapore

seen from Singapore
seen from Germany
seen from United States

seen from Malaysia
seen from Germany
seen from China

seen from Malaysia

seen from Lithuania

seen from Australia

seen from United States

seen from Singapore
seen from United States
seen from United States
seen from China
"The Spirit of Life"
Engraving in Daniel Mögling's aka Theophil Schweighart's Speculum Soph Rhodo-Stauroticum (1618)
Mercredi 10 avril | Anne Frémy | Lieu commun
NULLE PART
En haut, une cabane photographiée dans le parc d'un bâtiment abandonné à Rio, derrière le stade Maracanã. Avec l'ami Jean, nous n'avions pas eu envie d'entrer dans ce monument effrayant et nous avions commencé par en faire prudemment le tour. Tout nous arrêtait, en plus de la chaleur et de la soif. Nous étions restés intrigués pendant un moment devant cette double ruine, triste et étrange. J'ai appris récemment que le bâtiment avait été construit au XIXe siècle par le Duc de Saxe et légué à l'état pour devenir un Musée consacré aux indiens natifs de la région, dont les Maracanã, qui ont donné leur nom à tout le quartier et au fameux stade. Abandonné, puis occupé illégalement par ces Indiens qui y ont laissé les traces que j'ai photographiées, le bâtiment sera bientôt rasé pour que s'étende l'emprise du stade. Et ses habitants originels rendus définitivement invisibles en même temps que ce lieu.
La seconde image est également restée énigmatique un certain temps. Scotchée sur le mur d'une école d'art, elle avait été abandonnée là, témoignant d'une recherche iconographique, et faisait sans doute office de référence pour le projet d'un étudiant. Il y a quelques jours, j'ai découvert qu'il s'agissait du Collège Invisible, gravé en 1618 par Daniel Mögling, alias Teophilus Schweighardt Constantiens, astronome et médecin allemand, auteur d'un manifeste rosicrucien, le Speculum Sophicum Rhodostauroticum.
Voici un extrait du texte original dans lequel est insérée cette image complexe, traduit par David Mac Lean : "Une demeure existe, une demeure spacieuse sans portes ni fenêtres, un lieu princier, impérial même, visible de partout mais caché aux yeux des hommes, orné de toutes sortes de choses divines et naturelles, dont la contemplation, théoriquement et pratiquement, est accordée à tous librement et gratuitement, mais que peu remarquent, car cette demeure ne paie pas de mine, apparemment sans valeur, vieille et banale aux yeux de la populace toujours inattentive et à la recherche de l'insolite ; mais la demeure elle-même est si précieuse, si délicate, artistique et merveilleuse dans sa construction qu'on ne peut trouver aucune richesse, ni or, ni bijoux, ni argent, ni biens ni honneurs, ni autorité ni réputation dans le monde entier, qu'on ne puisse trouver en grande quantité dans ce palais de bon aloi."
Dans d'autres textes, cette confrérie secrète prône un "séjour invisible et visible en cette ville" et se définit comme étant "sans lieu en un lieu précis". Cette espèce de maison roulante et ailée représente cette volonté des Rose-croix d'être insaisissables et d'habiter d'abord en eux-mêmes.
L'association spontanée de ces deux architectures (images) si éloignées dans l'espace et dans le temps révèle finalement deux utopies qui ont en commun d'être gouvernées par l'invisibilité, subie dans un cas et désirée dans un autre. Ainsi se confirme, pour ma plus grande joie, l'intuition iconographique qui fait se rencontrer ici, selon le principe fécond du "bon voisinage" cher à Aby Warburg, les Indiens Maracanã du Brésil et les Rosicruciens allemands.
[Pour les précédentes chroniques d’Anne Frémy, cliquez sur janvier, février ou mars.]