S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t'aime jusqu'à l'épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d'or
Nous nous appartenons lorsque l'ombre rejoint son ombre dans le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s'abandonne qu'aux étreintes des nuages
Tu es l'air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin
L'origine de l'espèce des vagues quand elles s'agrippent au rivage
Et s'expatrient
Je t'aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j'appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s'attarde pour se dérober à notre vue
Et quand mon aimé s'endort je me réveille pour protéger le rêve de ce qu'il voit
J'éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m'a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des mers monte à genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d'une épine envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
J'ai vu avril sur la mer
J'ai dit : tu as oublié l'attention de tes mains
Tu as oublié de prier sur mes blessures
Combien de fois pourras-tu naître dans mon sommeil
Et me tuer pour que je m'écrie : je t'aime
Et que tu retrouves la paix ?
Je t'appelle avant la parole
Je m'envole avec tes hanches avant de parvenir à toi
Combien de fois pourras-tu mettre dans le bec de ces colombes les adresses de mon âme
Et disparaître comme l'horizon dans les montées
Pour que je me rende compte que tu es Babylone, l’Égypte et Damas ?
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Où m'emportes-tu, ô mon aimé, loin de mes parents
De mes arbres, mon petit lit et mon ennui
Mes miroirs, ma lune, l'armoire de ma vie
Mes veillées, mes habits et ma pudeur ?
Où m'emportes-tu, mon aimé, où ?
Tu allumes des prairies dans mes oreilles, tu me fais porter deux vagues
Tu me casses deux côtes, tu me bois, puis tu t'enflammes
Et tu m'abandonnes sur la voie de l'air vers toi
C'est injuste… injuste
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Parce que je t'aime, je saigne à la taille
Et je cours de douleurs dans des nuits agrandies par la peur de ce dont j'ai peur
Viens souvent et absente-toi peu
Viens peu et absente-toi souvent
Viens et ne t'arrête pas, ah ce pas arrêté !
Je t'aime quand je te désire. Je t'aime quand je te désire
Et je puise ce rayon cerné par les abeilles et la rose éblouissante
Je t'aime, ô malédiction de la passion
J'ai peur de toi pour mon cœur, j'ai peur de l'accomplissement de mon désir
Et quand je te désire, je t'aime
Je t'aime, corps créant les souvenirs et les étouffant avant qu'ils ne s'accomplissent
Je t'aime quand je te désire
Je modèle mon âme à l'image des deux pieds, des deux paradis
Je frotte mes blessures aux pans de ton silence et de la tempête
Je meurs pour que la parole trône sur tes mains
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Parce que je t'aime l'eau me blesse
Les chemins vers la mer me blessent
Le papillon me blesse
L'appel à la prière du jour éclairé par tes bras me blesse
Ô mon aimé, je t'appelle durant mon sommeil, j'ai peur que les paroles avisent
L'abeille pleurant entre mes cuisses
Parce que je t'aime
L'ombre sous les lanternes me blesse
Un oiseau dans le ciel lointain me blesse
Le parfum des violettes me blesse
Le commencement de la mer
L'aboutissement de la mer
Ah, si je pouvais ne pas t'aimer
Si je pouvais ne pas aimer
Afin que le marbre guérisse
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Je te vois, et j'échappe à la mort. Ton corps est un havre
Avec dix lis blancs, dix doigts, le ciel s'en va
Vers un bleu qu'il a perdu
Et je saisis cette beauté de marbre, une odeur de lait caché
Dans deux pêches sur l'albâtre. Puis je me mets à adorer celle qui donne asile à la terre et à la mer
Sur la rive du sel et miels originels, je m'abreuverai à ta nuit-caroube
Et je m'endormirai sur le froment qui brise le champ
Brise jusqu'au sanglot qui se rouille
Je te vois, et j'échappe à la mort. Ton corps est un havre
Pourquoi la terre me fait-elle errer de par la terre ?
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
Mon aimé, j'appréhende le silence de tes mains
Frotte mon sang pour que la jument s'endorme
Mon aimé, les femelles des oiseaux s'envolent vers toi
Prends-moi comme épouse ou souffle
Mon aimé, je resterai
Pour que les pistaches de ma poitrine grandissent à tes yeux
Et que les gardiens m'arrachent à tes pas
Mon aimé, je pleurerai sur toi, sur toi
Car tu es le toit de mon ciel
Mon corps est ta terre sur cette terre
Mon corps est ta demeure
S'envolent les colombes
Se posent les colombes
J'ai vu sur le pont
L'Andalousie de l'amour et du sixième sens
Sur une rose desséchée
Il lui a remis son coeur
Et a dit : l'amour me coûte ce que je n'aime pas
Il me coûte son amour
Puis la lune s'est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
J'ai vu sur le pont
L'Andalousie de l'amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son coeur
Et a dit : l'amour me coûte ce que je n'aime pas
Il me coûte son amour
Puis la lune s'est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L'obscurité s'est posée
Sur le pont et les amants
S'envolent les colombes
S'envolent les colombes