022. anything you want to get off your chest
Je pense qu'il était temps que j'écrive à ce sujet. Qu'il était temps que ça sorte.
Ce matin-là, il y a une petite fille qui sort de son lit. On est mercredi, elle n'a pas école. Elle allume la télévision pour mettre les dessins-animés, comme toutes les semaines. Tu mets la chaîne France 3 et tu regardes les aventures de Snoopy et Charlie Brown. Tu ne te rendras pas compte à quel point ce dessin-animé peut être dans le mouvement actuel. Et puis, ça continue avec Scooby-doo et Oggy et les cafards pour terminer, une nouvelle fois, avec Snoopy. Toi, tu t'amuses. Tu rigoles des bêtises de ce gros chien gourmand, de ce petit chien ingénieux et de ce chat qui n'arrive pas à avancer. Et puis, ta journée continue. Ta maman fini par appeler à la maison, tu décroches et elle t'apprend qu'un attentat a eu lieu. Surprise, tu allumes ton ordinateur. Tu te rends directement sur le site de 20minutes. Et tu lis, les événements sont retranscris en direct. « 13h40 : Charb et Cabu seraient morts, affirment plusieurs médias. » « Non, c'est pas vrai ? » « C'est ce qui est écrit. » « Oh merde... » Et la discussion se prolonge, tu lis le déroulé jusqu'à l'heure actuelle. Ta maman soupire et fini par raccrocher. Toi, tu ne mesures pas encore l'ampleur de la situation. Ce n'est que le soir, quand Papa met le journal durant le dîner, que tu commences à comprendre. Comprendre que l'on en veut aux valeurs fondamentales qui font que ton pays fonctionne. Tu es un peu émotive sur les bords alors, rapidement, une fois que ta soupe est avalée, tu te retranches dans ta chambre. Tu dois écrire. Pour autre chose. Mais tu n'y arrives pas. Tu ne peux pas. Tu t'y forces pourtant : tu as un challenge à respecter. Tu as déjà abandonné le mois dernier, tu ne peux pas le faire deux mois de suite. Et tu postes, un texte que tu as hésité à poster. Mais après tout, personne ne te lira. Alors tu te lances, un texte sur l'utilisation des armes. C'est le lendemain que tout prend un sens. Quand, à neuf heures, tu reçois un sms de ton père. « Fusillade avenue Pierre Brossolette, je suis dans le tram, tout va bien. » Et oui, tu vis à Montrouge, cette ville qui a toujours été si paisible, qui n'a jamais eu aucun problème – ou presque aucun. Aujourd'hui, elle a mal. Elle pleure cette policière qui est morte. Toi ? Tu aurais dû te recoucher. Mais à cause de cet événement – ou du rhume qui t'empêche de respirer – tu te lèves. Tu allumes ton ordinateur et tu vas directement sur BFMTV. Et les événements s'enchaînent. Les informations, les suppositions. Tu ne sais quoi penser. Sans que tu n'aies pu le comprendre, treize heures est arrivé. Pause déjeuner, il faut que tu arrêtes de fixer ton écran sans réagir. Tu dois bouger. Alors tu prends ta douche, prépares a manger, lance un épisode de ta série dans l'espoir qu'elle change un peu tes idées, en vain. À peine, l'épisode terminé que tu retournes jeter un œil sur BFM. Tu maudis ces journalistes qui, sans vouloir mal faire, donnent toutes les informations nécessaires aux terroristes. Tu maudis les médias de te scotcher ainsi à l'écran sans pouvoir en bouger. Et ce jour-là, tu dois écrire aussi. Mais tu ne pourras pas. Là encore, le moment du dîner est important. Tu ne pleureras pas, parce que tu ne veux pas pleurer devant tes parents. Que pourraient-ils dire de plus, de toute façon ? Alors tu restes stoïque, tu retournes ensuite dans ton antre et tu continues de résister. Et tu te rends compte que, toi aussi, tu aurais voulu être place de la république mercredi soir. Jeudi soir. Mais tu ne peux pas, parce que tu es loin et qu'il est trop tard pour les rejoindre.
Viens vendredi. La fin. Quand tu apprends que deux prises d'otages simultanées ont lieu, la seule chose qui te vient à l'esprit, c'est « Pourquoi ? » Pourquoi vous faites ça ? Sincèrement, votre Dieu veut-il réellement que vous tuiez pour lui ? Je ne suis pas croyante, mais j'ai été baptisée, confirmée. J'ai fait du catéchisme et, ce Dieu là, il ne veut pas qu'on tue pour lui. Je ne dis pas que les Catholiques ont toujours été un modèle de droiture, mais je sais que votre Dieu veut vous insufflés les valeurs d'amour et de partage. Alors pourquoi Diable tuez-vous votre prochain ? Pourquoi faites vous des victimes innocentes pour un but qui n'est pas valable ? Et d'ailleurs, c'est quoi, votre but ? L'école juive ? L'aéroport de Roissy-CDG ? La France ? La presse ? Le journalisme ? La liberté ? Après qui en avez-vous ? Pourquoi n'êtes-vous pas capable de combattre l'intelligence et l'art par votre intelligence et votre art ? Vous avez une culture qui est aussi belle que la nôtre, alors servez-vous-en pour contester les dessins de Charlie Hebdo s'ils ne vous plaisent pas. Un coup d'kalach pour un coup d'crayon, tu salis ta religion. C'est exactement à ça. Et ça me met en colère. Pourquoi tuer ces gens dans ce supermarché Casher ? C'est les bras ballants et le cœur lourd que, ce jour-là, tu déjeuneras. Parce que maman te regarde et que lui faire de la peine n'est pas nécessaire. Puis, viens le soir. Ils sont morts, la France respire. Pas toi. Toi, tu as mal, tu sais que ça va continuer. Tu le sens. Tu n'as pas peur, tu as mal. Tu respires mal, tu es amorphe. Les marches républicaines s'organisent et tu aimerais y aller. Mais tu ne pourras pas, tu pars en weekend ce dimanche-là. C'est bête non ? Dix-sept personnes sont mortes et toi, tu pars en Belgique pour deux jours. Mais c'était prévu et annulé ne serait pas une bonne idée. Avant de quitter l'appartement familial, tu épingles une pancarte « Je suis Charlie » sur ton pull. Parce que, toi aussi, tu l'es. Et que, même si certains râlent de l'utilisation de ce terme, du manque de considération pour l'agent d'entretient qui était là, pour les victimes du supermarché. Toi, tu considères que Charlie les désigne aussi. Aujourd'hui, comme toute la France, comme le monde entier, tu es Charlie. Tu es juive. Tu es musulmane. Tu es policière. Tu es agent d'entretient. Tu es étudiante. Tu es Française. Tu es athée. Tu es Charlie. Et ce soir, tu regardes l'émission sur la 2. Avec ton animateur préféré : Nagui. Et quand la rédaction encore vivante de Charlie Hebdo apparaît, que toute la salle fond en larmes, tu voudrais faire pareil. Mais, là encore, tu ne peux pas. Par dignité, par fierté. Ce n'est pas plus mal. Tu regardes cette émission avec le sourire. Mais tu ne comprends toujours pas comment quelqu'un peut décider de tuer une autre personne. Personne n'a le droit de vie ou de mort sur autrui. C'est une phrase que tu veux hurler, que tu dois hurler. Une phrase en laquelle tu crois. Un juge ne peut ordonner la peine de mort tout comme un terroriste ne peut fusiller dix-sept personnes uniquement parce qu'il en a envie. C'est inconcevable. Alors ce soir, tu repousses l'heure de dormir, et tu écris. En espérant que ton cœur va s'apaiser un peu. Parce que tu n'as pas voulu parler. Mais il y a autre chose, derrière tout ça, qui t'a émue. C'est cette unité Française. Ce n'est peut-être que du vent. Peut-être que, demain, tout redeviendra comme avant. Mais tu veux croire en la France. Tu veux croire que ton pays peut rester soudé ainsi dans l'adversité. Ces marches et ces rassemblements spontanés en sont la preuve, non ? Pourquoi ne déciderions-nous pas de continuer ainsi ? Parce qu'aujourd'hui, nous ne sommes qu'un géant face à la petitesse du terroriste. Il ne sera jamais un martyr. Il ne sera rien d'autre qu'un imbécile qui s'est laissé embrigadé dans un mouvement qui l'a dépasser bien trop vite. Parce qu'aujourd'hui, je peux dire que je suis fière de la France sans risquer de me prendre des retours négatifs dans le visage. Et, qu'importe le futur, je serais toujours fière d'elle. Un de mes pseudos est « France ». En hommage à ma grand-mère dont il était le prénom. Mais également en hommage à ce pays qui m'a vu naître et qui m'a aidé à grandir. Qui m'a donné mes valeurs et mes goûts. Aujourd'hui, je suis d'autant plus heureuse d'avoir utilisé ce pseudo. Et je pense que Mi-France serait fière de porter ce prénom aujourd'hui. Tout comme je le suis de le porter en second prénom. Vive la France.









