mémoires capillaires Episode 4
Je devais avoir une vingtaine d’années quand c’est arrivé pour la première fois : je n’ai pas tout de suite compris ce qu’il m’arrivait : mais insidieusement sournoisement un trou s’était installé à sur ma tête. Une chute de cheveux comme je n’en avais jamais connue évoluait à l'arrière de mon crane.
J'aurais dû paniquer mais jusque-là pour moi ça n’avait rien d’alarmant, ça arrivait tous les jours, à n’importe qui. Chaque week-end je voyais passer au magasin de mes parents des dizaines de femmes avec des problèmes de chutes de cheveux. N'y avait-il pas plusieurs gammes de produits dédiés à ces problèmes en question?
Sur les conseils de proches et amis, et afin d’avoir un traitement vraiment efficace je décidais de consulter un dermatologue et même plusieurs car dans ma tête c’était forcément lié à une carence ou une pathologie bénigne, mais malgré toutes les analyses personne ne trouvait de causes à cette semi-calvitie aigue.
Un jour je décidais de consulter une dermatologue noire spécialiste des cheveux crépus exerçant dans un hôpital reconnu. Elle, c’était sûr me trouverait une solution car ces médecins blancs après tout ne savaient pas réellement de quoi ils parlaient.
L’entretien ne dura que quelques minutes son diagnostic était simple et formel : il fallait arrêter IMMEDIATEMENT et DEFINITIVEMENT le défrisage à froid et opter pour des solutions non chimiques tels que le fer à lisser.
Je ressortais du cabinet très en colère : quoi ? Payer une consultation pour s’entendre dire qu’un produit que j’utilise depuis des années et qui a sauvé ma vie sociale causerait du tort à mes cheveux ! elle s’était forcément trompée elle n’avait pas bien analysé la cause, ni pris en compte mes antécédents. Elle s’était contentée de déblatérer un diagnostic type qu’elle balançait à toutes ses patientes noires.
En y repensant je me rends bien compte qu’elle avait raison mais il lui a manqué la pédagogie pour me faire comprendre ce que j’infligeais à mon cuir chevelu. Je crois que si on m’avait expliqué de manière plus claire et plus cartésienne le mécanisme de destruction du défrisage, j’aurai peut-être consenti à un changement de vie et abandonner cette routine. Mais j'étais jeune et têtue et sur le coup je trouvais que la docteure m’avait prise de haut, me prenant certainement pour une de ces femmes noires, non éduquées et ne sachant pas lire un mode d’emploi (oui ! Mon cerveau et mon égo étaient également gravement atteint ! ) Je devrais apprendre plus tard à me débarrasser des préjugés et stéréotypes que j'avais sur ma propre communauté.
Mais pour l'heure je décidais de me couper les cheveux : c’est bien connu rien de mieux qu’une bonne coupe pour repartir sur des bases saines et une nouvelle pousse.










