Alors certes hier soir nous n’avons pas mangé de pâtes comme prévu mais, pour le reste, nous avons fait tout ce qui était prévu et nous nous sommes tenu.e.s à nos décisions.
Ce matin, après avoir imprimé tous les documents nécessaires au bon déroulé de la journée, nous avons été emmené par Ludo derrière une nouvelle porte de la salle des professeurs donnant sur un jardin. Nous avons pu répéter et travailler le texte de la petite forme et même commencer à entrer dans les détails : “alors là, je pose le parapluie comme ça je peux récupérer mon téléphone pour le texte des amours secrètes pendant que toi tu lances le son”, par exemple. L’endroit été très beau, mais plein de guêpes, nous n’y sommes plus vraiment retourné ensuite.
A la récréation nous avons lancé notre dernier appel à témoignages : “peux-tu nous raconter une belle rencontre ?”. On commence à se connaître avec pas mal d’élèves et iels nous nourrissent de choses profondes, importantes, fortes. Nous pouvons finir la conduite de la petite forme sereinement, iels nous ont bien compris, et nous avons commencé à les comprendre. On a aussi été cherché un matelas à l’infirmerie et des anciens rideaux verts chez Alain, exposé à Vincent notre dispositif imaginaire pour y fixer des cordes et rassemblé une dizaine de plantes vertes dispersées dans les couloirs. C’est une petite forme que l’on prépare, mais on y a mis beaucoup de choses, la mise est longue, vivement l’aide des nos petits et grands complices de demain !
Une fois le tout préparé et à sa place, nous avons fait une équipe de choc (Mme Rocquet, Mme Magnier Mme Hollant et M. Fradin) pour aller enregistrer une classe de 4e en cours d’anglais. Les deux premières recevaient les élèves par quatre au CDI, pendant que les deux suivant.e.s s’improvisaient profs d’anglais. M. Fradin a pris son pied, faisant répéter les élèves en utilisant des sonorités anglaises comme jamais. Une fois la confiance gagnée il leur a tout de même avoué que sa pire note au bac était la note d’anglais.
Mais il fallait déjà courir rejoindre les demis-pensionnaires pour la chorégraphie que l’on travaille dix minutes par jour, en attendant leur bus, depuis 5 midis, iels étaient ravis qu’on arrive (”Vous êtes en retard !”) et ensemble on s’est dit que l’attroupement de la veille devant notre tentative de répétition publique avait été assez intense ! On a proposé que ce temps-là reste notre temps à nous, que la dernière répétition de demain aboutirait dans la foulée à notre représentation, celle de celles et ceux qui mangent à la cantine, comme un cadeau qu’on se ferait à nous-mêmes. Soulagé.e.s et sans pression, on a fait une super répétition, alors vivement notre auto-cadeau !
Les élèves sont partis à la cantine et nous on a sorti des tables, on a mangé avec nos complices, des succulents fajitas pensés par Kim. Il faisait beau, chaud à l’ombre, on était bien. Le gâteau au chocolat-gingembre n’a rien gâcher à ce doux moment. Doux mais court, Aurore et Lucien sont devenus un temps profs de profs, il fallait montrer à nos complices comment nous allons pirater demain la sonnerie du collège. “Allez, allez, il reste 10 minutes avant que les élèves arrivent, on monte en salle 13, alors voilà la marche à suivre, vous avez bien compris ?, alors montrez-nous, si, si, vous allez nous montrer, oui c’est ça, ah là non. Bravo c’est acquis !” Les élèves sont arrivé.e.s.
Retour chez Mme Rocquet avec les 4e de la classe média. Pendant que certain.e.s enregistraient leur voix, d’autres se sont fait inonder d’informations sur le déroulé de demain après-midi. Iels vont devoir être partout, tout le temps. Il faudra prendre du son et des images, placer puis ranger la scénographie quatre fois, accompagner des 6e pour une de leur performance, prévoir une roue de secours pour la surprise, pour ne pas qu’elle cafouille, aller chercher les élèves dans les salles de classe toutes les demies-heures, etc. Bref, être une équipe presque invisible et super méga efficace. Au début, il y avait plein de questions, on a dit qu’on répondrait à la fin, mais une fois toutes les informations énoncées, les interrogations avaient disparus sous un gros tapis de digestion de consignes. Chers et chères 4e complices de demain, merci beaucoup d’avance, ça va être rude, si vous n’êtes pas encore couché.e.s, sautez vite au lit, demain is a big day.
Une heure sans élèves, Aurore fait du montage son à fond les ballons, et Lucien des schémas explicatifs simples de la scénographie en deux tableaux : Début et Fin. Il tente d’être le plus précis et coloré, puis partage avec d’autres profs leurs différentes tentatives de schéma, ici une carte des grandes villes du monde, là un positionnement stratégique de match de basket.
On a retrouvé les 6e du protocole scotch, on a donné un ange-gardien de la classe de 4e média à chaque binôme, on a donné des consignes assez claires, on est descendu dans la cour, on a lancé la musique, iels ont mis du scotch au sol, on a couru dans tous les sens : “encore, plus vite, là tu fais beaucoup plus grand, oui, oui, c’est ça, plus vite, t’arrête pas, tu tiens le bon bout, baisse-toi, oui c’est ça, marche dessus, voilà c’est fini !”. 3min33 de test, de stress et de galère plus tard, le résultat est plutôt satisfaisant. C’est le moment de choisir 3 retours/conseils, et seulement 3, pour que la nuit porte conseille et que demain ce soit 3 fois mieux, minimum. “Voyez plus grand, ne vous arrêtez jamais, reliez-vous.”
A 16h30, juste après la sonnerie, on a fait chauffer toutes les enceintes du collège en lançant la playlist des agents d’entretien. C’était très fort, tous les profs qui étaient encore dans leur salles ont sorti leur têtes curieuses, tout le monde se demandant quel élève avait réussi à faire ça. Dans la cour les collégien.ne.s partaient moins vite, super heureux.ses. Les agents d’entretien se sont mises à danser tout de suite, faisant des films dans le couloir et riant au soleil dans la cour. Bon, on a dû couper rapidement le son des couloirs parce qu’en fait il restait une valeureuse professeure, la seule avec un classe, en salle technologie qui a dû se demander comment elle allait pouvoir s’en sortir avec tout ce boucan. Alors on a coupé le son des couloirs et on est tous et toutes sorties dans la cour pour danser au soleil (sauf les élèves de la classe technologie et leur professeure).
Kim et Vincent ont installé les fanions, et Aurore et Lucien ont fait une dernière fois leur mise, seul.e.s. Répétition générale, environ 7 spectateur.trice.s, le spectacle dure un peu plus de vingt minutes. Ça va, on est content.e.s, les profs complices aussi. En ce moment, Aurore fait encore du montage, Lucien fait cuire les pizzas. Après il ne restera plus qu’à ranger le gîte et faire nos sacs pour demain matin. Allez, dans deux heures on sera au lit, on se le promet.
Dormez bien. Coucou, bisou.











