Nicolas Demorand, ennemi juré du PAF
Derrière sa voix dynamique et sûre d’elle, Nicolas Demorand ne passe pas inaperçu. La radio a permis de le révéler et de l’élever au rang des grands chroniqueurs du paysage journalistique français. Avec une carrière déjà bien remplie, à 40 ans, il en ferait pâlir plus d’un.
Né le 5 mai 1971 à Vancouver, il est marqué par la carrière professionnelle de son père. Son enfance est rythmée par les voyages. Il a, entre autre, habité au Japon dont il comprend la langue et quelques idéogrammes, les Etats-Unis, le Maroc, la Belgique etc. Très tôt, il maîtrise de nombreuses langues et s’enrichit des cultures étrangères. Son éducation fut stricte afin de compenser les origines modestes dont sont issus ses parents. Il se confiera au Parisien : « Nos parents étaient à cheval sur la question scolaire. Notre père était fils d’épicier pauvre et notre mère, juive née à Oran, fille d’ébéniste pauvre. Ce sont des miraculés scolaires qui s’en sont sortis grâce à la lecture ».
A la suite de son parcours scolaire sans fausse note, il intègre Khâgne au Lycée Henri IV et l’Ecole Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud à Lyon. Il obtient ainsi une licence de philosophie, puis décroche une agrégation en lettres modernes. Lorsqu’il entre dans la vie active, il commence par être professeur au sein de classes préparatoires aux grandes écoles. Lassé par un métier qui ne lui convient pas, il choisit de faire ses débuts de journaliste dans les Inrockuptibles, en tant que chroniqueur gastronomique et pigiste. Il entre ensuite à la radio France Culture, en 1997, où il travaille dans un premier temps, avec Antoine Spire sur l’émission Staccato, puis avec Sylvain Bourmeau sur La Suite dans les idées. Quelques années plus tard, il décide de se lancer dans la production avec le programme Cas d’école. En 2002, il reprend sa fonction d’animateur radio, en présentant Les Matins de France Culture.
En 2006, il change de radio et remplace Stéphane Paoli dans son émission Sept neuf trente, diffusé sur France Inter. En 2008, la possibilité lui est donné d’ajouter une autre corde à son arc, en présentant, sur i>télé la tranche d’information 18h-20h. Un an plus tard, submergé par son travail sur France Inter, il quitte la télévision. Une seconde expérience télévisuelle se présentera, en juin 2009, où il présentera C Politique, émission diffusé sur France 5. Il reçoit, la même année, le prix Philippe Caloni, qui récompense les meilleurs interviewers du monde politique. Lorsqu’en 2010, Europe 1 le sollicite pour prendre en charge l’émission du soir, il répond favorable. A peine six mois après avoir posé ses valises à Europe 1, Nicolas Demorand décide de quitter la station pour prendre les rênes du journal Libération, à la place de Laurent Joffrin. Il donne ainsi un nouvel élan à sa carrière en essayant d’apprivoiser et de conquérir la presse écrite. En plus de ses fonctions à Libération, RTL lui déroule le tapis rouge. Demorand confrontera son point de vue avec les autres éditorialistes à la radio tels que Sege July, Jean-Michel Aphatie, Géraldine Muhlamnn et le très controversé Eric Zemmour, le mardi matin à 8h30, dans le cadre de la campagne présidentielle.
Malgré un parcours prestigieux, Nicolas Demorand ne fait pas l’unanimité au sein du PAF. Décrit comme un journaliste « mou et souvent panurge », Demorand représente l’archétype du journaliste qui ne pose pas de question de peur de se mouiller les pieds. Il ne recherche pas l’investigation et accepte peu la critique. D’après Agora Vox, Nicolas Demorand, le consensuel, « utilise des sujets surmédiatisés, déjà entendus chez les confrères, utilisant les mêmes trucs et le même vocabulaire pour nous les resservir ». Ce site web allant jusqu’à dire qu’il n’est avant tout un animateur de plateau qu’un véritable homme de culture.
Janvier 2011, une vidéo enflamme la toile. Nicolas Demorand interview Mélenchon. Les propos se font plus hauts que les autres. Le journaliste ne semble pas à l’aise avec le politicien. Pascal Clark dira de cet interrogatoire qu’ « il fait son show et cherche à faire sortir de ses gonds l’homme qu’il a devant lui plutôt que de mener l’entretien et d’écouter ses réponses ». Ses techniques journalistes déplaisent. L’homme essuie critique sur critique.
En effet, maintenant à la tête de Libération, Nicolas Demorand ne rassure pas. Une motion de défiance a été votée, en juin dernier et approuvé à 78% (154 oui, 43 non). Cette motion portait entre autre sur un poste de journaliste en CDD du site Ecrans.fr, une filiale, et qui n’a pas été reconduit en CDI, le recrutement de Jonathan Bouchet-Petersen, ancien collaborateur proche du rédacteur en CDI et la reconfiguration de la rubrique « Vous » qui ne convient pas aux équipes rédactionnelles. On lui reproche une mauvaise intégration, certains allant jusqu’à lui reprocher son manque de dialogue en conférence de rédaction.
Nicolas Demorand dérange. Malgré un parcours exemplaire, la reconnaissance de ses pairs n’est pas au rendez-vous. Sa préférence pour la réalisation de journaux d’informations, plutôt que l’investigation à proprement parler le met au premier rang des journalistes considérés comme des personnalités hyper médiatisées. Cependant, Nicolas Demorand reste une figure emblématique du journalisme pour les lecteurs ou auditeurs. Sa proposition d’héberger Charlie Hebdo dans ses locaux lui vaut l’image d’un journaliste fier de sa profession et solidaire de ses confrères.