Critique #13 - Une charmante ville, par Dimirah
A découvrir des horizons nouveaux, on peut en oublier parfois le charme de son foyer.
Imparfait, peut-être un peu ennuyeux, mais indéniablement là où on se sent le mieux.
Surtout quand l’on est entouré de ses meilleurs ennemis…
La demande nous vient d’EphelI, pour une fiction qui semble lui donner des sentiments contraires. Même si avec son chapitre supplémentaire la fiction en ferait dix, il ne fait pas guise d’épilogue mais fait plutôt office de transition vers ce que je suppose être la suite ; ça ne sera donc pas pris en compte, et pour neuf chapitres, je ne ferais qu’une critique. Surtout que le texte se lit très bien.
“Une charmante ville” est la première fiction de l’auteur Dimirah, qu’il a publié sur French Brony. Il possède sur ce forum 4 fictions, dont une incomplète et deux OS. Ses publications commencent fin mars 2012 jusqu’à août 2012, reprennent avec un chapitre en mars 2013 puis un OS en février 2015. Seul ce dernier est publié sur MLPFictions fin octobre 2016.
Un plat qui se mange froid
Le texte nous raconte l’histoire de Lanss Sita, poney terrestre tout frais sorti d’une prestigieuse école de Canterlot et qui décide de postuler pour un emploi à Ponyville, ou il aura quelques frictions avec ses subordonnés, puisqu’il sera le supérieur hiérarchique des poneys météo, y compris Rainbow Dash.
Si le postulat de départ ne semble pas fou, il s’agit d’un Slice of Life à l’ambiance proche de la série, datant qui plus est des débuts du fandom. On peut comprendre le besoin d’avoir une aventure dans l’esprit du dessin-animé et c’est ce que nous offre ce charmant texte, qui plante agréablement un cadre très proche des épisodes un peu fillers.
Il n’y a donc pas vraiment d’actions ou de fulgurance, mais ce n’est pas ce qu’on attend de la fiction. Même l’aspect romance qu’évoque EphelI comme étant très gênant semble en effet là pour être gênant, puisque le propos est moins la romance que la vengeance, en réalité. Et cela fonctionne très bien dans le texte.
Le dindon de la farce
Si l’histoire n’est pas très palpitante, ce qui n’est pas un problème, l’écriture n’a quasiment aucun défaut dans son aspect technique. Le style est très fluide et la narration à la première personne prend le temps de développer ce que ressent le personnage sans pour autant s’étaler, en jonglant avec des descriptions qui savent être là encore très fluide.
Cela veut dire que tout est généralement décrit dans l’action, souvent pendant que le protagoniste agit ou observe quelque chose ; un bon exemple de l’effet inverse se trouve toutefois dans le texte, avec le chapitre 4 qui s’arrête pour décrire le poney que l’on suit. Ça casse le rythme et prend beaucoup de temps pour exposer des informations qui, en plus, sont assez superflu car très tardives.
Lanss a eu le temps d’être posé et on a une bonne idée en tête de comment il est physiquement à ce stade, au travers de ses actions, de son comportement et de quelques informations glissés au début. Mais pas mal de textes autour de My Little Pony, surtout les “premières armes” d’un auteur, tombent dans le petit travers d’un paragraphe d’exposition du personnage. Mais là, ce n’est pas au début pour introduire le personnage, mais bien plus tard, rendant cela un peu… absurde.
Mais ce détail mis à part, et deux-trois petits soucis de concordance des temps à cause de la première personne, il n’y a aucun souci technique, le texte est la plupart du temps extrêmement fluide. Peut-être l’usage des parenthèses qui est superflu, déjà par rapport à nos conventions de mise en page, mais surtout vu que la narration à la première personne est en soi un commentaire entre parenthèse de ce que le narrateur vit.
L’arroseur arrosé
Si la technique n’est pas à revoir, j’aurais deux soucis à soulever. Le premier est ce qu’EphelI note comme étant du Self-Insert, mais qui n’en est pas vraiment : la construction de Lanss n’est pas très bien exécutée. Le souci que j’ai est que tout semble lui réussir, à peine son diplôme obtenu il trouve un travail grassement payé, et les quelques bourdes faites sont principalement dû à des excès de zèle ou une envie de trop bien faire les choses.
Ce n’est pas un problème en soi, et cela évite les écueils du Gary Stu en fait. Il reste un poney lambda, qualifié pour son job et qui finit par être puni pour son excès d’assurance qui frise l’arrogance sans en être tant que ça. Le souci est qu’il aurait à mon sens fallu auparavant voir toute la difficulté de ce qu’il a traversé, que l’on ait les moyens de savoir qu’il mérite son travail ou qu’il a des raisons de se montrer aussi fier avec Rainbow Dash et Raindrops pour s’affirmer. Parce que sans cela, on peut avoir l’impression que le protagoniste est beaucoup mis en avant, sans grands défauts, et surtout, on pourrait ne pas avoir de peine pour lui et se dire qu’il mérite de tomber un peu de son piédestal.
Alors que la narration par moment laisse entendre que ça n’a pas été facile pour Lanss, mais cela arrive assez tard et anecdotiquement. Si cela avait été plus évident, cela aurait pu créer plus de sympathie pour le personnage, qui est plutôt sympathique.
L’autre souci que je voulais évoquer est Twilight Sparkle. Elle ne sert strictement à rien la grande majorité du temps. En fait, à part pour donner une lettre à Rainbow Dash, et être présente à un moment où Raindrops dit quelque chose, il n’y avait aucun intérêt à mettre Twilight dans cette histoire, surtout pour héberger Lanss. Et je pense que ça joue dans l’effet “Self-Insert”, ou on a l’impression que l’auteur place son personnage aux côtés de l’héroïne de la série avec un aspect fan-service.
Or, si on considère que la fic est assez ancienne, 2012, on peut comprendre qu’aux débuts du fandom, et pour un premier texte, il y avait peut-être une envie de coller à la série et de mettre en avant des personnages principaux. Et le texte le fait très bien avec Rainbow Dash et Pinkie Pie, mais Twilight aurait pu être remplacée par un background pony afin de donner un autre aspect moins “mise en avant” du protagoniste.
Match pas si nul
Le texte est excellent et on peut aisément comprendre pourquoi on peut l’aimer : c’est très agréable à lire, fluide, et même si l’histoire et simple, elle reste assez captivante. Ses seuls défauts font que son protagoniste passe pour un poney un peu insupportable, ce qui en fait un plaisir pas si coupable.
Cela reste un Slice of Life qu’on prend plaisir à lire. Rien de folichon ou qui mérite d’être élevé au panthéon de la fiction, mais définitivement quelque chose à lire, ne serait-ce que pour sa fluidité et son style à la première personne très bien géré.
7/10 serait un bon résumé, subjectif il faut le dire, de mon avis sur cette fiction.
Si cette histoire devait être un appareil électroménager, ce serait un aspirateur silencieux. Efficace, agréable à utiliser, qui fait son job et… et c’est déjà très bien.









