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EDITO. "L’Obs" ne peut prédire l’avenir, ni l’inventer. Mais il a l’ambition d’explorer les scénarios du futur avec les meilleurs experts.
En 2049, mangerons-nous des insectes ? La température aura-t-elle augmenté de quatre degrés ? Nous déplacerons-nous dans des taxis volants sans chauffeur, des trains supersoniques ? Habiterons-nous des logements en éco-matériaux à énergie positive ? Porterons-nous des habits intelligents ? Editerons-nous l’ADN des bébés pour le rendre parfait ? Les foetus seront-ils couvés dans des utérus artificiels ? Fera-t-on l’amour avec des robots… et la guerre à coup de virus informatiques et de drones autonomes doués d’intelligence ? Nos enfants iront-ils encore à l’école ? Tout le monde aura-t-il un travail ? Les films seront-ils tous en réalité virtuelle immersive ? A quoi ressemblera la démocratie ?
La planète connaît une triple crise socio-économique, politique et écologique. En même temps, jamais la science et les technologies n’ont progressé plus rapidement. Les NBIC - nanotechnologies, biotechnologies, infotechnologies et sciences cognitives - qui se fertilisent les unes les autres, sont déjà en train de bouleverser nos vies. Et cela va s’accélérant. D’ici trois décennies, ces innovations auront changé la face du monde. Démographie, climat, équilibres géostratégiques, procréation, santé, éducation, apprentissage, travail, relations familiales et sociales, loisirs, culture, villes, mobilité seront profondément bouleversés. Pour le meilleur ou pour le pire.
"Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons pas la moindre idée de ce que sera le monde dans 20 ou 30 ans. Qu’il s’agisse du marché du travail, des structures familiales ou des corps des êtres humain", constate le penseur à succès Yuval Noah Harari (Sapiens, Homo Deus, 21 leçons pour le XXIe siècle…).
Cette perte de repères nourrit l’inquiétude des citoyens des pays développés, et n’est pas étrangère à la montée des populismes. Pourtant, ces innovations sont aussi porteuses de promesses inouïes ; elles peuvent aussi être mises au service de la lutte contre les maladies chroniques et le handicap. Elles peuvent faciliter l’apprentissage, et l’émancipation de chacun. Les refuser n’est d’ailleurs pas une option : si la France et l’Europe n’investissent pas dans ces domaines, ce sont les Etats-Unis et la Chine qui décideront de leurs usages et de leur régulation !
Rendre le futur désirable
Parce que toute avancée technologique n’est pas forcément un progrès, parce que des incertitudes vertigineuses planent sur le sort de notre civilisation, "L’Obs" lance une opération journalistique ambitieuse. "2049" se déclinera à la fois, d’avril à décembre, en une collection d’articles dans votre magazine, une rubrique dédiée sur notre site web, et une série de soirées-rencontre à Paris et en région (Rouen, Metz, Dijon…). Ce vaste chantier de réflexion sera par la suite synthétisé en un numéro spécial.
L’Objectif ? Explorer les tendances et les scénarios du futur à travers des regards croisés d’experts, prévisionnistes, chercheurs, entrepreneurs, ingénieurs, philosophes ou sociologues. Et surtout penser un progressisme à visage humain, pour un monde ouvert, tolérant, créatif, prospère, dans lequel science, technique et économie sont réellement au service du citoyen et de l’intérêt général pour résoudre les grands problèmes de l’humanité. Utopique ? Peut-être… Mais pourquoi devrait-on se résigner à ce que l’avenir ressemble à l’une de ces dystopies qui font le miel des séries audiovisuelles à la "Black Mirror" ?
2049 peut sembler une date trop lointaine, relevant presque de la science-fiction. Nous ne pouvons certes pas prédire notre avenir, encore moins en planifier les moindre détails. Mais nous pouvons imaginer comment le rendre désirable, en tentant dès à présent d’éclairer les choix politiques, économiques, sociaux et éthiques susceptibles de façonner une société conforme à nos valeurs. Alors, chers lecteurs, nous comptons sur vous pour nous suivre dans cette aventure. Ensemble, réinventons demain !
2049 : à quoi ressembleront les guerres de demain ?
Essor chinois, incertitudes européennes, course aux armements et « robots tueurs » : le premier des forums « 2049 » de « l’Obs » était consacré aux conflits du futur.
A quoi pourrait ressembler notre avenir en matière d’armes et de guerres ? C’est sur cette question qu’a commencé, le 25 avril, à Rouen, la série de forums « 2049 » organisés par « l’Obs » pour explorer avec des experts les scénarios du futur.
« La guerre de demain sera hybride, complexe invisible et permanente », a résumé la ministre des Armées Florence Parly, dans une introduction en vidéo.
« Désoccidentalisation du monde »
Brossant le tableau des tendances, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Institut de Recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), a dépeint la « désoccidentalisation du monde » et a observé que depuis 2012, les dépenses militaires de l’Asie dépassent celles de l’Europe, tandis que montent en puissance les groupes armés non étatiques. « Il y a une révolution des capacités individuelles par la démocratisation technologique », tandis que « l’asymétrie des moyens en notre faveur ne compense pas l’asymétrie des volontés en leur faveur ». Exemple ultime pour lui : le 11 septembre 2001, « 19 individus armés de cutters ont tué 3 000 personnes sur le coup et déclenché deux guerres ». Son intervention est à retrouver en intégralité dans la vidéo ci-dessous :
Quel sera le cadre géopolitique de notre futur ? Pour Nicole Gnesotto, présidente du conseil d’administration de l’Institut des Hautes Etudes de Défense nationale (IHEDN), l’Union européenne a été conçue pour empêcher la guerre, et sa dissolution par les nationalismes, les populismes et l’extrême droite signerait la fin de la paix, met-elle en garde. Or, dans un monde en plein bouleversement, « les Européens pensent que la seule chose qui ne changera jamais, c’est l’Otan », dit Nicole Gnesotto, qui « n’y croi[t] pas une seconde, parce que les Américains n’y croient plus non plus ».
Les moyens militaires des Etats-Unis restent très supérieurs à ceux de la Chine.
La montée en puissance de la Chine a été largement discutée. Faut-il craindre le piège de Thucydide, cette notion très en vogue selon laquelle les Etats-Unis et la Chine, comme jadis Sparte et Athènes — une puissance montante et l’autre déclinante —, seraient voués à s’affronter ? C’est loin d’être certain, estime Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) : certes, la Chine vit une culture de passion nationaliste et de retour sur un passé d’humiliation, « et c’est bien là qu’il y a un risque de retour à un conflit », mais les moyens militaires des Etats-Unis restent très supérieurs à ceux de la Chine. Même pour l’annexion de Taïwan, la Chine n’engagerait pas de conflit qu’elle ne soit sûre de gagner. En outre, des voisins plus proches, dont le Japon, ont des capacités non négligeables.
Le forum a rassemblé quelque 200 participants.
Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), rappelle qu’en 2001, lorsque la Chine est entrée à l’Organisation mondiale du Commerce, on croyait à une convergence des systèmes économiques et au-delà, idée qui a volé en éclats lors de la crise financière de 2008. Les réformes chinoises visaient la survie du régime, non son ouverture politique, a appuyé Valérie Niquet.
Tandis que l’Europe, vue comme une des zones les plus stables il y a dix ans, est devenue au contraire l’une de celles générant le plus d’incertitudes. Une succession d’événements assez imprévisibles — le Brexit, l’élection de Trump, la crise migratoire — ont bouleversé notre vision de la mondialisation, contribuant à ce que Thomas Gomart a appelé dans son récent ouvrage « l’affolement du monde ».
En toile de fond, il y a aussi l’évolution des armes. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer a exposé les nombreuses ruptures technologiques qui modifieront le visage des conflits. Il y a les systèmes d’armes létales autonomes (les Sala), les missiles hypervéloces, dépassant Mach 5, impossibles donc à intercepter et exigeant des décisions très rapides. Mais aussi la miniaturisation tous azimuts, avec, par exemple, des microdrones pas plus gros que des insectes, destinés à des assassinats ciblés.
« La France n’a pris aucun retard » sur les nouveaux champs de bataille que sont le cyber et l’espace, a assuré la ministre des Armées. Florence Parly a réitéré son engagement du début avril : la France refusera de mettre en œuvre tout système d’arme pour lequel la décision de tuer n’est pas prise par un humain.
« Déléguer le droit de vie à une machine, c’est franchir une ligne rouge morale ».
Il en a beaucoup été question ce jeudi à Rouen, où deux visions s’opposaient : pour les ONG, ces « robots tueurs » qu’elles dénoncent doivent être interdits préventivement. Bénédicte Jeannerod, directrice de Human Rights Watch France, milite ainsi pour un traité, et juge trop timorée l’attitude de la France, qui se borne à affirmer un principe, tandis que la Russie, les Etats-Unis, l’Australie et Israël s’opposent à un tel traité. « Déléguer le droit de vie à une machine, c’est franchir une ligne rouge morale. Le temps presse, on sait que des développements sont en cours dans plusieurs pays », a-t-elle rappelé. Elle a aussi souligné le risque de piratage et de détournement de telles armes.
Même vigilance chez Caroline Brandao, responsable du pôle droit international humanitaire (DIH) de la Croix-Rouge française : « On doit se poser la question de la licéité d’une nouvelle arme », et identifier les précautions à prendre dès sa conception. A l’opposé, Jean-Baptiste Colas, conseiller militaire innovation et transformation digitale à la Direction générale de l’Armement (DGA), pointe l’existence de différents niveaux d’autonomie des systèmes d’armes, comme pour les véhicules autonomes. Au combat, précise-t-il, le stress très élevé du guerrier doit être compensé par une machine lui donnant de façon simplifiée et compréhensible les moyens de comprendre les informations, pour réduire sa « charge cognitive ».
A l’inverse des critiques préventives contre les « robots tueurs », Jean-Baptiste Jeangène Vilmer s’interroge : puisque certains pays auront de toute façon des Sala, « sera-t-il éthique d’envoyer nos soldats affronter des Sala et mourir dans ce genre de combats » ? Pour lui, on peut au contraire espérer que des armes aux algorithmes améliorés seront plus précises et donc provoqueront moins de morts inutiles.
Caroline Brandao (Croix-Rouge française) et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (Irsem).« Dégradation écologique »
Dans les échanges avec le public, plusieurs commentaires ont porté sur la crise écologique, ainsi que sur les réseaux sociaux. Thomas Gomart a insisté sur « la tension entre la rapidité de la dégradation écologique et celle de la propagation des technologies de l’information », et sur la croyance discutable que ces dernières permettront de répondre à la crise de l’environnement.
Alors, pessimistes nos experts ? Méditons deux des nombreuses références citées dans ce forum. Raymond Aron : « Ceux qui croient que les peuples suivront leurs intérêts plutôt que leurs passions n’ont rien compris au XXe siècle »… ni au XXIe visiblement. Et on gardera espoir avec Lincoln : « La seule façon de prévoir l’avenir, c’est de le construire. »
Dans les forums « 2049 », « l’Obs » invite des experts à explorer les scénarios du futur. Retrouvez en vidéo les principaux intervenants.
A quoi ressembleront les conflits du futur ? (25 avril, Rouen) :
Nicole Gnesotto, présidente du conseil d’administration de l’Institut des Hautes Etudes de Défense nationale (IHEDN) :
« La menace qui pèse sur la France n’est pas militaire mais politique »
Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) : « Prévenons les conflits en intégrant les pays en voie de développement à nos réflexions »
Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des Relations internationales (Ifri) :
« En 2049, le cyber sera notre principal champ de bataille »
Caroline Brandao, responsable du pôle droit international humanitaire (DIH) de la Croix-Rouge française :
« Les armes de demain seront des virus informatiques »
Bénédicte Jeannerod, directrice de Human Rights Watch France :
« Les robots tueurs nous préoccupent le plus »
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Les tables rondes sont à retrouver en intégralité dans les vidéos ci-dessous :
« Quelle température en 2049 ? » : revivez notre soirée spéciale
Dans le cadre de son cycle de conférences sur l’avenir, « l’Obs » a consacré une grande soirée aux enjeux envrionnementaux qui nous attendent.
Arriverons-nous à « décarboner » notre croissance ? A construire une économie plus frugale, tournant aux énergies renouvelables ? Pourrons-nous développer le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité ou la géothermie à prix compétitifs ? Et surtout les stocker ? De cette question dépend l’évolution du climat... et le sort de la planète. C’est à toutes ces questions que « l’Obs » a consacré une soirée entière lundi 20 mai lors d’une soirée-rencontre au Pavillon de l’Arsenal (Paris IV).
« Quel menu en 2049 ? » : inscrivez-vous à la rencontre de Dijon le 13 juin
Qu’y aura-t-il dans nos assiettes en 2049 ? Venez en discuter avec nous le 13 juin prochain.
Si le monde entier se met à manger comme les Occidentaux, nous subirons rapidement une pénurie de protéines animales. Quel système agricole développer afin de produire assez pour tout le monde, sans pour autant épuiser les ressources de la terre ? Protéines d’insecte et protéines végétales viendront-elles se substituer aux protéines animales ? Sera-t-on capable de faire « pousser » de la viande cellulaire artificielle ? C’est à toutes ces questions que nous répondrons avec nos idées lors de notre prochaine soirée « 2049 ».
Inscrivez-vous à cette soirée-rencontre le 13 juin prochain à Dijon (entrée gratuite sur inscription). Plus d’infos à venir.