Carnet de voyage: Le départ
Ça y est, nous voilà parti.
Alors c’est vrai qu’au début on a un peu galéré. On a toujours été un élève inquiet avec des parents bien trop stressés alors, même à presque 19 ans, on est arrivé ce matin avec une demie heure d’avance à la gare routière. Au moins comme ça on ne ratera pas le départ. Nous ça nous dérangeait pas trop d’aller en train jusque là, mais on a des grands-parents adorables qui tenaient absolument à se lever aux aurores pour nous amener. Et on les voit si rarement qu’on ne crachera sur une demie heure supplémentaire en leur compagnie dans l’odeur d’urine de la gare.
Tiens, c’est drôle, c’est comme quand on avait douze ans, quand vingt minutes plus tard on se rend compte qu’on est les seuls à s’être fait accompagné au départ du car on a tout à coup très envie que les grands parents se cassent. Mais c’est boooon. Il arrive le car. Non je ne vais pas me perdre. Oui j’arrive à porter mon sac. Oui. Vraiment. Allez Mamie, je vous fais bisous et vous pouvez rentrer, vous avez encore une longue route à faire !
Et eux, bien évidemment, comme quand on avait douze ans, ils râlent un peu puis ils s’éloignent et vont se cacher en attendant le départ pour pouvoir nous faire coucou dans l’atmosphère grise. On les surprend à nous épier derrière des plantes vertes quand on va faire contrôler nos billets, on s’énerve parce que c’est quand même la honte, puis on leur fait un dernier bisou, Mamie a les yeux humides, on ne regarde pas trop et on monte vite dans le bus. Pas envie de chialer.
Là on se sent à nouveau de retour au collège. Il est neuf heures du matin pourtant il y a déjà des fumeurs qui enchainent les clopes dans un ballet de mains, de rires et de fumée. Ils ont notre âge et vont probablement décuver dans le véhicule, ils semblent avoir peu dormi. Alors, en les regardant timidement, on éprouve un sentiment très absurde : on se sent con d’être sain, d’avoir pris sa dernière cuite à cause d’un dafalgan et d’une coupe de champagne le jour de l’anniversaire de notre grand-mère, on est gêné et on ne veut parler à personne malgré les huit heures de voyage qui s’annoncent.
On a décidé de ne pas s’asseoir à l’arrière, ce sont toujours les chahuteurs qui y vont, ni trop à l’avant où il y a les lèche-culs, alors on choisit la place bien banale où on est tranquille, en prenant soin de se mettre derrière une fille qui dort déjà afin d’éviter toute discussion.
Oui. On est un associal. Et on l’assume.
On est hyper fier du pic nic qu’on s’est préparé, là encore on a douze ans et on se goinfre de pompotes et de BN en buvant de l’eau. Et comme d’habitude on répète le schéma classique : au bout de trente minutes de trajet et de 50cl d’eau on éprouve une envie terrible d’aller aux toilettes. Et comme quand on était gamin, on préférerait crever ou pisser dans sa gourde plutôt que d’aller voir le chauffeur pour lui dire qu’on aimerait faire une pause.
S’ensuivent alors trois longues et pénibles heures où on met en action toute notre habileté de maître ninja pour garder le self-control. Mais bon, rien à foutre, on tiendra bon, car au bout du voyage il y a le soleil, les amis et l’aventure.
Alors on tiendra bon, coûte que coûte.