EDENTOURDIARY - RENNES 4 et 5 DECEMBRE
Ce soir nous fêtons les 40 ans des Transmusicales. Difficile de réaliser que je montais sur scène il y a 40 ans, avec mes potes du collectif foutraque d’ « Entre les deux fils dénudés de la dynamo… ».
Je suis invité par Jean Louis Brossard et Béatrice Macé pour faire l’ouverture symbolique de cette édition anniversaire au TNB, théâtre dirigé par l’excellent Arthur Nauzyciel. Cette invitation a donc de multiples résonances.
Pierre René-Worms qui est le premier photographe a avoir fait des photos de moi aux Trans sera là également pour couvrir l’évènement. Mes amis, ma famille et ma mère seront dans la salle.
Je me rends à la répétition qui se passe très bien, malgré la pression qui monte peu à peu, sournoise. La salle me parait plus petite que dans mes souvenirs. J’ y avais joué un chat dans « L’été », une pièce de Weingarten lorsque j’avais 16 ans et que j’étais au conservatoire d’art dramatique. Laurie mon ange gardien a chopé un virus et elle est très malade. On va devoir hélas se débrouiller sans elle et se passer de sa présence bienveillante.
A 20h je présente un jeune artiste rennais choisi par Jean Louis Brossard et dont l’album sort le jour même. Il s’appelle Rouge Gorge et remporte un beau succès. En jetant un coup d’oeil à travers les rideaux, je m’aperçois que le public de ce soir, rempli majoritairement par des abonnés du théâtre, semble plus âgé que d’habitude.
Le public s’impatiente. Nous entrons enfin sur scène à 20h50. Tout n’est que recommencement…. Je dédie le concert à Philippe. Claire Pascal sa compagne est là avec Hervé Bordier que je salue, comme l’homme qui m’a poussé sur scène pour la première fois. Je salue aussi Béatrice et Jean Louis.
Je dédie « De bien jolies flammes » à ma mère. Je chante la gorge nouée. Je comprends soudain pourquoi je n’ai pas sorti cette chanson à l’époque. Ne pas mettre sa pudeur à l’épreuve. Ni la mienne.
La vibe est étrange. L’accueil hyper chaleureux du début du show devient polaire. J’identifie le malaise lorsque j’entends des cris. Visiblement il y a un problème de son dans la salle. Le public s’interpelle violemment avec des avis contraires. Ouh laaaaaaaa…..
Je reprends le contrôle de la situation et le show reprend de plus belle, cette tension me donnant la niaque de finir en beauté. La seconde moitié du show est super. Standing ovation.
Pierre Alexandre me récupère à la sortie de scène. Ce devait être une si belle fête. Tous les shows sont importants, mais celui était vraiment spécial. On se casse tellement le cul pendant des mois pour que tout soit bien et lorsque l’on est battu par l’acoustique d’une salle ou un problème technique, c’est rageant….et en plus, manque de bol, alors que tous les concerts sont de belles réussites, des tas de médias importants étaient là ce soir. Nous allons nous faire massacrer.
Je file retrouver ma famille à l’hôtel. Keefus et Jade de Unloved ont adoré et me disent que ce show ressemblait à un film. Ils sont si beaux tous les deux. Merveilleux.
Evidemment nuit blanche, évidemment pensées charbon, ruminations….
Dès potron minet avec Pierre Alexandre, coup de clairon, tout le monde sur le pont: Identifier le problème. L’équipe est fantastique, quelle chance d’être si bien entouré. Problème identifié en un temps record: addition d’incompatibilités techniques entre la salle et nos équipements, mais qui seront réglés ce soir, thanks God. Longue conversation avec Mako si bon, si juste.
La presse relate la soirée et si le problème ne vient pas de moi, comme développé dans les articles, les gros titres sont négatifs et c’est finalement ce que la majorité des gens va retenir. Fuck it. J’en ai vu d’autres et j’en verrai encore d'autres. J’aurais tellement aimé que ça se passe bien, mais nous ne sommes pas des machines infaillibles. Le live est le live. Et les problèmes techniques sont inhérents au live. Tout peut arriver et ce que l’on recherche en venant à un concert, c’est l’émotion du moment, y compris les problèmes techniques, les pannes de micro, les cordes de guitare qui pètent, les rideaux qui vous tombent sur la gueule…. la vie quoi.
Claire Pascal et Hervé Bordier viennent me retrouver à l’hôtel dont les vitres ont été explosées car c’est une journée sous haute tension. Dehors nous faisons des photos sous une fresque de Marquis de Sade, sur le grand mur du club que nous fréquentions il y a 40 ans, le Batchi.
Je retrouve tout le monde à la répétition. L’équipe est soudée et confiante, mais je n’arrive pas me débarrasser de cette boule glacée logée dans le plexus, comme lors de mon premier concert. La boucle est vraiment bouclée. Je repasse dans mes pas. Etrange non? Mais ce soir je ne boirai pas avant de monter sur scène et je n’aurai pas le hoquet.
Cette insomnie m’épuise et je ne peux rien avaler, j’ai trop hâte que le concert arrive. J’arrive sur scène et le public, conscient de nos soucis de la veille, nous fait un triomphe. Ce message d’encouragement et ce témoignage d’amour bouleversant me foutent la chair de poule.
Dès les premières notes, je sais que le concert sera chargé en énergie et émotion. Les chansons s’enchainent avec fluidité et puissance. Le public est dément, avec nous du début à la fin. Merci Rennes de m’avoir aimé une fois de plus.
Amis, famille récidiviste, amours, hugs, retrouvailles. J’ai faim, bon signe et malgré les yeux doux, je file me coucher et m’endors enfin.
Ps: Et merci pour le soutien indéfectible. Vous vous reconnaitrez.
Anaïs Callens photographies
http://www.anaiscallens.com/