Il y a presque dix ans, j’ai assisté à une conférence à la clinique psychiatrique de La Borde. C’était dans une petite salle, tout le monde était assis en rond, soignants, patients ou d’autres, comme mon compagnon et moi, qui passions par là. L’ensemble des interventions avait pour thème l’accueil, plus spécifiquement dans le cadre de la psychothérapie institutionnelle. Les propos de Jean Oury, le directeur, m’ont plus particulièrement marqué, peut-être par leur simplicité. C’est depuis ce jour que le mot ‘accueil’, que jusque-là j’associais à ‘hôtesse d’accueil’ ou ‘bureau d’accueil’, a acquis un sens ; mais c’est lorsque je suis arrivée dans le village où je vis depuis presque quatre ans, et où je ne connaissais personne, que la notion d’accueil s’est transformée en expérience.
Tout a débuté à l’épicerie bio, où Mélane, après un échange chaleureux, nous a indiqué une maison à louer, et qui sans le savoir a été la première personne à nous accueillir. Catherine nous a loué sa maison, comme ça, sans questions superflues, sans nous demander de papiers. Trois mois plus tard, à notre arrivée du Portugal avec un camion de déménagement et deux chats, Célia, qui vivait dans la maison d’en face, nous a invité chez elle le tout premier soir, alors que nous étions en état de choc, totalement désorientés et épuisés. Puis il y a eu tous les autres, voisins, personnes rencontrées dans la rue, dont certains sont devenues des amis. C’est maintenant naturellement que je vais vers les nouveaux venus lorsque je les repère dans les rues du village, que ce soit des personnes qui m’attirent ou pas, l’accueil s’adresse à tous. C’est un rite qui n’est le fait d’aucune structure officielle et n’est pas accompagné par la politique locale ; la mairie n’est pas accueillante, rien n’est mis en place pour aider les nombreux arrivants venus des grandes villes de France ou d’ailleurs.
Elein Fleiss, 25 août 2015
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