Jeu de cartes pour apprendre la géographie
France / XVIIIe siècle
Entre 1736 et 1751, un certain Delaistre, ingénieur-géographe, réalise, pour l’éducation du fils du prince de Conti, pas moins de dix-huit jeux de cartes géographiques. Présentés dans une boîte dominotée, serrés dans des rubans de soie rose, ils reprennent la structure classique des jeux de carte, et permettent de jouer aux jeux traditionnels, tout en se familiarisant avec les villes et les rivières de France, d’Europe et du monde. Chaque jeu se compose de cinquante-six cartes, réparties en quatre couleurs : les trois figures et les dix cartes de points habituelles,ainsi qu’une petite carte géographique de la région concernée. En effet, chacun est consacré à une région spécifique, et chaque couleur de chaque jeu explore en détail l’une de ses subdivisions : ainsi, dans le jeu dédié à l’ensemble composé du Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l’Orléanais, le carreau correspond à l’Orléanais, et le 3 de carreau présente trois villes du Gâtinais : Châtillon-sur-Loing (l’actuel Châtillon-Coligny), Gien et Briare.
Le graveur a ici mêlé trois langages différents, relevant de la carte géographique, de la carte à jouer et de la carte mentale. Les trois villes, ainsi que les rivières qui les baignent, sont représentées selon les codes topographiques du XVIIIe siècles, mais disposées à la manière des points des jeux de cartes. Si cette vue schématique conserve la position relative des trois villes, il en résulte des effets de distorsion et d’abstraction que le graveur a cherché à compenser par des éléments textuels, indiquant ainsi le ressort territorial (à la fois culturel et juridique), le nom des cours d’eau (faisant ainsi, contre toute cohérence géographique, se répéter la mention “Loire”), et les distances, en lieues, qui séparent les trois localités de Paris (laquelle, naturellement, ne se situe pas du tout au centre du triangle formé par les trois cités).














