Palpitations du cœur
Esaïe 35.4-7, Marc 7.31-37
Esaïe annonce son message pour combattre la peur et pour redonner du courage au peuple.
Dans le petit théâtre Kibelé (Paris X) le spectacle «Histoires pour donner du Courage» par Nathalie Bentolila a connu un grand succès en 2014. Le spectacle dure une heure et elle raconte de très anciennes histoires du Soufisme avec l’aide de quelques ombres, des marionnettes et un être humain. Le petit espace accueille 50 personnes de tous les âges. La scène est baignée d’une lumière douce des bougies, et contient un grand panneau circulaire transparent qu’un faisceau de lumière éclaire de derrière. C’est dans ce cercle que les marionnettes racontent leurs histoires en ombres chinoises.
Nathalie Bentolila amène son auditoire dans un voyage d’histoires à travers nos limitations, peurs, doutes et rêves pour atteindre les rives de l’espoir.
On découvre
un roi qui ne croit pas aux rêves ni aux métaphores
un aigle qui se prend pour une poule jusqu’au moment qu’il s’en vol
une vache qui fait de la trottinette…
Toutes ces histoires nous rappellent notre incroyable étendue de resources intérieures.
C’est ainsi que j’imagine Esaïe, avec ses paroles, ses gestes en mouvement devant le peuple rassemblé. Il arpente un petit monticule d’herbe pour rappeler à son auditoire les incroyables ressources intérieures qu’ils possèdent. Il parle du coeur au coeur.
Nos traductions rend le verset 4 ainsi: «Dites à ceux qui ont le cœur troublé… de ne pas avoir peur».(Ségond) Malheureusement le mot cœur est absent dans la plupart de nos traductions, «dites a ceux qui perdent courage…»(PDV) ou encore, «Dites à ceux qui s’affolent…» (TOB). La traduction la plus littérale serait: «Dites à ceux qui ont des palpitations du cœur…».
Son discours est rempli d’images corporelles, il parle de la vision, des yeux, de la surdité et des boiteux. Nous n’entendons pas assez ces références au corps, notre esprit nous fait passer trop vite sur les détails. Après tout, ils ne sont que des métaphores, des images d’un usage poétique sans grand intérêt pour le message qu’Esaïe veut faire passer. Et nous avons tort!
Les Jeux Paralympiques qui se déroulement actuellement font sortir le corps, ce corps autre que normal, des coulisses sur le devant de la scène. Nous assistons à des incroyables élans et de force cachés dans des corps; sans yeux, sans jambes, bras articulés mécaniquement, qui virevoltent à une vitesse vertigineuse. Le message que nous recevons c’est que le corp mutilé et amputé n’est pas une barrière à la réussite.
Car le message est le vecteur. Esaïe emploie tout ce qui est lui pour communiquer avec son peuple. La réalité d’un cœur qui se bat se trouve à l’intérieur de chacun de nous. Cette réalité est là, entre nos cotes, elle pousse le sang dans nos veines à travers tout notre corps.
Ressentez votre cœur. Ecoutez-le si vous le pouvez. Des palpitations, qui n’a jamais eu des palpitations? Vous connaissez le cœur qui se bat à la chamade, qui tombe amoureux, qui a peur, qui est essoufflé, qui veut sortir hors de vous. Nous savons aujourd’hui que le cœur qui bat à «19 le douzaine» est normal dans le fonctionnement de notre corps, c’est pour que l’hormone adrénaline course dans notre sang. L’adrénaline stimule les muscles et accélère les métabolismes. Elle affecte tous nos sens, les mettant en grand alerte, nous n’entendons pas comme avant et notre vison est réduit au tunnel. Le tout c’est pour mieux nous préparer au combat. Notre corps se focalise sur les ressources dont nous avons besoin pour mener la bataille ou pour fuir: pour dépasser la peur.
Elle peut-être dangereuse, surtout pour les cardiaques: il faut ralentir, il faut se reposer, il faut prendre des médicaments. Il y en a dans ce temple ce matin pour qui entendre et sentir le cœur battre est synonyme de peur: peur de ne pas bien faire, de ne pas faire assez, ne de pas être à la hauteur et de décevoir les autres. Il y en a ici ce matin pour qui les palpitations du cœur sont liées à la course, où on ne s’arrête pas, sautant d’une occupation à une autre, d’un souci à l’autre.
Il y en a aussi qui sont ici ce matin où les battements du cœur annoncent une bonne nouvelle, un espoir renouvelé, un amour retrouvé.
Ce sont ces palpitations dont parle Esaïe, les battements qui fournissent l’énergie de la foi et de l’espoir. Les cœurs des Israélites battaient dans l’espoir de retrouver leur terre, leur pays, leur temple. Esaïe prépare son peuple pour la bataille, non pas militaire d’une reconquête de leur pays, mais d’un retour vers un pays en friche, vers une religion qui a perdu son chemin et pour un peuple qui attend une direction.
Mais juste avant de se mettre en route, il faut aussi entendre un autre mot… un mot que j’aurais préfère ne pas avoir dans nos textes bibliques: vengeance, la vengeance de Dieu.
Dieu vient vous venger, nous dit la traduction de La Bible Parole de Vie. Dieu va venir pour la rétribution, nous annonce la TOB.
Je ne sais pas pour vous, mais ma première réaction est de ne pas m’arrêter sur cette phrase, de faire en sorte que je ne l’ai pas vu. Mais dans ma deuxième lecture de ce passage je me suis trouvé trébuchant sur le mot, au point que je me suis arrêté, comme si tombé par terre. Pourquoi est-il là, ce mot? Dans un passage plein de promesse et de beauté, pourquoi le gâcher?
Le mot naqam est rendu par vengeance ou rétribution, mais en hébreu naqam veut dire «rétribution par une autorité habilitée ou compétente», pour mettre fin à l’oppression et l’injustice et pour rendre la liberté. Nous pouvons parler d’une justice réparatrice, où la punition est remplacée totalement ou partiellement par une justice relationnelle ou restauratrice et participative.
La victime a l’occasion de s’exprimer sur les effets de son tort devant son agresseur, et le criminel peut remettre les choses droites avec la victime (dans les limites du possible) par certaines formes de compensation.
Naqam est l’idée que la rétribution de Dieu est la réponse de Dieu. Donc Esaïe exhorte de tout son cœur le peuple d’accepter cette réponse de la part de Dieu et de vivre dans l’expectation de cet espoir. Il les incite d’ouvrir leurs yeux, reprendre la route et entendre le message.
Ouvrez vos yeux!, c’est ce que Jésus a dit aussi dans le texte de l’Evangile. Effata! Ouvre-toi!
Et c’est salutaire de noter que Marc indique que Jésus lève les yeux au ciel au moment de prononcer ce mot. Comme s’il
suppliait une intervention divine
ouvrait la communication entre le ciel et la terre
établissait un canal pour créer une relation.
Effata! n’est pas juste une parole pour cet homme, pour son infirmité mais plutôt une parole fracassante pour les gens autour, pour les disciples et bien entendu aussi pour cet homme afin de le ré-établir dans les fonctions de pouvoir communiquer: de recevoir et d’émettre.
Et là, nous trouvons toute la force de la promesse d’Esaïe. Esaïe aussi cherche à ré-établir la communication rompue avec Dieu, de réparer la relation cassée entre le peuple et Dieu. Et sa parole est une parole pour nous tous. Effata - ouvres-toi aux ressources cachées, inespérées, inimaginées que Dieu a placé en toi.
Notre réponse à l’initiative de Dieu dans nos vies nous donne des palpitations pour réaliser des choses extraordinaires.


















