Aujourd'hui... Aujourd'hui c'était dur. TrÚs dur.
J'ai pris un stage de gériatrie, et je me rends compte que c'est pour moitié du soin palliatif. Depuis que je suis arrivée, les décÚs pleuvent.
L'aprÚs midi je fais une entrée, le lendemain le patient est décédé. Je vois les soignants préparer le corps. Je vois les familles en pleurs. Puis je vois la chambre vide et passée au Javel.
Putain c'est dur. Tous les matins je me demande lequel de mes patients n'a pas passé la nuit. C'est un crÚve-coeur de mettre un pied dans ce service tous les jours.
Ce n'est pas un hÎpital, c'est un mouroir. Je me sens broyée sous la souffrance, démunie devant la misÚre sociale que je rencontre. Je souris à une dame en lui promettant que je vais faire mon maximum pour qu'elle rentre vite chez elle. Vous savez ce qu'elle m'a répondu ? "Mais docteur, je n'ai pas de chez moi."
Toute la journée, je l'entends crier dans le service. "Ne m'abandonnez pas !". J'essaie d'aller la voir autant que possible, mais j'ai du travail et je ne peux pas le faire aussi souvent que je le voudrais. Quand elle s'épuise, on finit par entendre : "S'il vous plaßt, laissez moi mourir..." .
Alors je rentre chez moi, et je pleure. Je pleure pour toutes ces personnes ĂągĂ©es qui souffrent. Je pleure de frustration parce que je ne peux pas faire grand chose pour eux. Je pleure parce que mĂȘme si j'essaie de prendre du recul, ils sont attachants. Je pleure parce que mĂȘme si je fais correctement mon travail, ils vont peut ĂȘtre mourir dans la nuit. Je pleure parce que leur solitude m'Ă©crase. Je pleure parce que quand je leur dis au revoir le soir, je ne sais jamais si je vais pouvoir leur dire bonjour le lendemain.
Je pleure parce qu'il y a trop de souffrance concentrée dans un seul endroit, et que ça m'atteint de plein fouet.