C'est malsain, mais c'est le plaisir que je prends à te briser le cœur. Après tant de nuits seules, tant d'attentes entre tes mots, tant d'instants d'angoisses et de nausées à te haïr, à me haïr, après tout ça, je prends beaucoup, beaucoup, beaucoup de plaisir à t'anéantir. Ce serait une vision d'horreur, toi en larmes, mais le mal que je te souhaite n'est pas de cette perspective. Je voudrais que tu sentes la peine et la solitude que j'ai pu ressentir dans les rêves où tu te promenais et qu'aussi tôt tu changeais en cauchemard. Je le comprends tard, mais tu as toujours été tourments et cauchemard pour moi, le Grand Méchant Loup, tapis dans la forêt et moi, naïve... naïve j'ai été ! Mon amour je t'ai aimé parce que tu étais intelligent. Je voyais une sorte d'intelligence en toi. Mais ce n'est rien d'autre que ça qui m'a posé problème au final. Tu avais un coup d'avance, ou peut être que tu as acquis cette confiance spontanément. Peu importe. Enfin, peu m'importe. Je suis en train de me venger. Tu me connais bien, c'est tout moi, cette obsession pour la vengeance, pour le dernier mot, tu la connais bien cette obsession parce que tu as la même. Je ne te laisserais pas faire cette fois. Je vais te montrer que je suis plus folle que toi et que quand il s'agit de se battre ce n'est plus une question d'égo mais de destruction totale. Ma tristesse et ma colère se sont passé le rôle principal à plusieurs reprises mais elles ont finalement cédé place au dégoût, à ce goût amer qu'avaient tes baisers et que tu m'as laissé en bouche. Je vais te voir t'écrouler et je vais prendre mon pied. La haine, l'envie, le désir, l'incompréhension, le regret, le manque, et même l'absence de sentiments que j'ai connu, tu vas les connaître. Tu vas prendre le même chemin que moi et pas à pas, tu vas revivre mon châtiment. C'est moi qui te l'infligerais. Après tout, ce n'est pas ce qui te fais le plus mal ? Toi qui me maltraitais, toi qui me faisaient bouger avec des mots et t'aimer en m'enchaînant de ton amour lourd et puéril, rouillé, impur. Tu vas passer par les mêmes galères, frapper quand j'ai frappé, brûler quand j'ai brûlé et te mettre à nu quand tu sentiras que c'est ta seule option. Tu apprendras ce que ça veut dire "se mettre à nu". Tu verras que ce n'est pas une question de corps, bien au contraire. C'est une mise à nu des sentiments. Peut être ce qu'il y a de plus intime et de plus douloureux je crois. Cette impression d'être condamné, parce que la mort n'existe pas alors, on laisse son intimité se faire violer parce que le monde l'apprend. Je ne dirais plus rien, je ne ferais plus rien, je ne cèderais plus rien, je laisse la rage s'emparer de moi car elle est la seule chose qui me protège de toi. Alors j'attend, de te voir souffrir. Je veux le voir. Peut être que c'est ça mon remède.