Les Archives Magnus - Episode 8 : Brulée
ARCHIVISTE
Déposition d'Ivo Lensik, concernant ses expériences lors de la construction d'une maison sur Hill Top Road, Oxford. Déposition originale faite le 13 mars 2007. Enregistrement audio par Jonathan Sims, archiviste en chef de l'Institut Magnus, Londres.
Début de la déposition.
ARCHIVISTE (DÉPOSITION)
Je travaille dans la construction depuis près de vingt ans maintenant, principalement dans la région d'Oxford et ses environs. Lorsque mon père est décédé en 1996, j'ai repris son entreprise de construction et je travaille sans relâche depuis ce temps.
Je peux faire presque tout ce qu'on me demande, mais je suis généralement spécialisé dans les nouvelles constructions, en particulier dans les travaux de plomberie et d'électricité, et j'ai la réputation d'être disponible très rapidement, il n'est donc pas rare que je sois appelé en cours de construction pour effectuer certains travaux. Lorsque j'ai obtenu ce poste en travaillant sur une maison en bas de Hill Top Road à la mi-novembre, rien de particulier ne m'a semblé étrange. Le type qui s'occupait du câblage avait été appelé pour faire partie d'un jury et ils ne pouvaient plus faire appel à ses services pendant quelques semaines, alors ils m'ont demandé de le remplacer. J'avais un autre travail pendant la journée, mais ma fiancée Sam était à une conférence à Hambourg pour un moment et nous économisions pour le mariage, alors je me suis dit que je pourrais le faire le soir.
Hill Top Road est une rue assez isolée dans le quartier de Cowley. Il n'y a pas beaucoup de résidences étudiantes dans cette rue, donc c'est en fait un endroit assez paisible, surtout après que tous les enfants qui y vivent soient allés se coucher. La maison elle-même n'a été construite que récemment, car des conflits de propriété ont maintenu le terrain fermé pendant des années, et quand je suis arrivé, il était encore presque vide. Il y avait deux étages avec un loft qui était destiné à être une autre chambre, pour s'harmoniser avec le reste de la rue. Les portes avaient été installées, mais pas les serrures, et les espaces vides où les fenêtres devaient être installées étaient toujours vides, laissant entrer le froid. Ce côté de la rue donnait sur South Park avec des clôtures marquant le fond de chaque jardin.
Le jardin de cette maison en particulier était en grande partie rempli de matériaux de construction et de débris, mais je me souviens qu'un arbre se tenait au milieu de tout ça. Il était très grand et très mort, et sans vouloir en rajouter, il me donnait la chair de poule. Il semblait projeter des ombres bizarres, qui étaient noires et nettes même par temps très nuageux.
Mais ce n'est pas l'arbre qui a déclenché tout ça. Non, c'est arrivé lors de ma troisième nuit de travail. Il devait être 8 ou 9 heures du soir, car il faisait nuit depuis quelques heures. Je travaillais sur le câblage du rez-de-chaussée quand j'ai entendu frapper à la porte d'entrée. Au début, j'ai pensé que c'était l'un des autres constructeurs qui avait oublié quelque chose, mais je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de serrure sur la porte ; tous les autres le savait et serait entré directement. J'ai commencé à me sentir un peu mal à l'aise, quand on a frappé à nouveau. Au fil des ans, j'ai eu quelques altercations avec des voyous qui voulaient causer des problèmes sur mes chantiers, alors j'ai ramassé un marteau en m'approchant. J'ai fait de mon mieux pour le tenir de façon décontractée, comme si j'avais été en train de l'utiliser.
J'ai ouvert la porte et ai découvert un homme simple en manteau de cuir. Il était assez jeune, blanc, peut-être la vingtaine, rasé de près, avec des cheveux châtains et hirsutes. Son manteau était d'une coupe assez ancienne ; il me semblait sorti d'un vieux Polaroïd.
Il a dit s'appeler Raymond Fielding et que la maison lui appartenait. Pendant qu'il parlait, j'ai senti ma prise sur le marteau se resserrer bien que je ne sache pas pourquoi. Je lui ai demandé s'il avait des papiers d'identité ou des documents et il m'a remis ce qui semblait, à ma connaissance, être l'acte de propriété de la maison, ainsi que le terrain d'en dessous, et qui mentionnait effectivement un homme du nom de Raymond Fielding comme étant le propriétaire. Je l'ai donc fait entrer.
Je me suis excusé pour le courant d'air et j'ai dit que les vitres allaient être posées au cours des prochains jours, mais qu'en attendant, il allait faire froid. Il n'a pas répondu, il s'est simplement dirigé vers le cadre vide de la fenêtre arrière et a regardé fixement dans le jardin. J'ai essayé de poursuivre mon travail, en gardant un œil sur cet inconnu. Rien ne semblait normal avec cette situation, mais il ne semblait pas faire quoi que ce soit de suspect, il se tenait juste là, regardant dans le jardin. Je me suis donc concentré sur le câblage.
Au bout d'une minute ou deux, je me suis rendu compte qu'il y avait une odeur forte et désagréable. J'ai pensé que j'avais peut-être mal câblé quelque chose, mais non, ça sentait comme des cheveux brulés. J'ai regardé où Raymond se tenait, mais il était parti. Là où il se trouvait, il n'y avait qu'un morceau de parquet brûlé, qui brûlait encore apparemment et dégageait cette terrible odeur.
J'ai couru chercher l'extincteur dans une pièce voisine. Je suis parti quelques secondes seulement, mais quand je suis revenu, l'odeur avait disparu et il n'y avait plus de fumée ni de feu, juste la marque de brûlure sur le plancher en bois devant cette fenêtre. En le touchant, j'ai constaté que c'était aussi froid que le reste du plancher. J'ai commencé à nettoyer, et j'ai constaté que le bois en dessous semblait intact, avec juste une couche de suie et de cendres sur le dessus.
J'ai cherché ce Raymond Fielding, mais s'il avait vraiment été là, il était parti. Ce n'est que lorsque j'ai eu fini de nettoyer la marque que la véritable étrangeté de la situation a commencé à s'installer et que j'ai commencé à paniquer.
Je devrais probablement expliquer un peu ma peur, car ce n'était pas à cause des fantômes, ou des odeurs fantomatiques ou de quoi que ce soit d'autre. Vous voyez, il y a des antécédents assez importants de schizophrénie chez les hommes de ma famille. Mon père en souffrait, tout comme mon grand-oncle, et dans leurs deux cas, cela a conduit au suicide. Je ne savais pas grand-chose sur mon grand-oncle, mais j'avais vu de mes propres yeux le déclin de mon père. Il avait commencé peu après son divorce avec ma mère, bien qu'en y pensant, c'était peut-être les prémices qui avaient exacerbé les problèmes dans leur mariage.
Quoi qu'il en soit, il a commencé à passer beaucoup de temps enfermé dans son bureau à faire "son travail". J'avais peut-être 24 ou 25 ans à l'époque, et je vivais toujours à la maison. Je travaillais avec mon père, je faisais à peu près le même travail que maintenant, et c'est à ce moment-là que j'ai dû assumer de plus en plus la gestion de l'entreprise, car mon père commençait à donner la priorité à son "travail" plutôt qu'à son emploi actuel.
Son "travail" s'est avéré être des fractales. Il en est devenu obsédé, il semblait passer tout son temps à les dessiner, à les regarder, à mesurer les motifs qu'elles créaient. Il me parlait pendant des heures des chiffres dessus et me disait qu'il était sur le point de découvrir une grande vérité. Il allait bouleverser les mathématiques jusqu'à leurs racines une fois qu'il aurait découvert cette vérité, cachée dans ces motifs fractaux en cascade.
Un jour, je suis rentré à la maison et j'ai trouvé mon père qui regardait fixement au travers des stores, terrorisé. Il a prétendu que quelqu'un le suivait, m'a dit qu'il avait l'intention de le faire stopper son travail. Je lui ai demandé qui c'était, mais il a secoué violemment la tête et m'a dit que je le reconnaîtrais quand je le verrais parce que "tous les os reposent dans ses mains".
J'ai essayé de lui trouver de l'aide, bien sûr, mais il a refusé de prendre tout médicament, car il disait que cela gênait son travail et qu'il n'était pas dangereux, donc je ne pouvais pas le faire interner. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne se blesse, et bien sûr, le jour est venu où il ne répondit pas aux coups à la porte de son bureau. Je suis rentré et l'ai trouvé mort dans une mare de sang, avec de profondes entailles le long des poignets et des bras. Les murs étaient couverts de dessins de fractales, chaque surface en était couverte et des copeaux de crayon jonchaient le sol. L'enquête a conclu à un suicide, bien que le coroner n'ait pas pu identifier l'outil qui avait fait les coupures sur ses bras, ni pourquoi il avait un tel regard de peur sur son visage.
C'est pourquoi l'apparente disparition de Raymond Fielding m'a tant inquiété. J'étais plus jeune que mon père, mais j'avais encore cette possibilité en moi. C'est sans doute à cause de cette réflexion que je ne faisais pas autant attention que j'aurais dû le faire à là où je mettais les pieds, et que j'ai glissé sur la partie humide du sol que je venais de nettoyer. Je suis tombé en avant, me frappant gravement à la tête.
Je ne pense pas avoir été inconscient plus de quelques secondes, mais quand je me suis réveillé, je saignais à cause d'une profonde coupure sur ma tempe. J'ai essayé de rejoindre ma voiture, mais j'étais tellement étourdi en me levant qu'il était clair que la conduite était hors de question. J'ai donc appelé une ambulance. Elle est arrivée rapidement et m'a conduit à l'hôpital John Radcliffe.
Quand je suis arrivé, ils ont été très réactifs et ont rapidement déterminé que j'avais une contusion assez grave, alors j'ai été gardé toute la nuit en observation. J'ai tout raconté à mon médecin au sujet de ma rencontre avec Raymond Fielding. S'il y avait des signes précurseurs d'une quelconque schizophrénie en développement, je voulais le savoir le plus tôt possible. Le médecin m'a écouté attentivement et m'a dit que c'était peu probable, car il serait surprenant que je développe des hallucinations complètes si brusquement, mais qu'ils me gardaient sous observation.
J'ai remarqué, alors que j'expliquais mon expérience, que l'infirmière qui prenait ma tension artérielle semblait écouter attentivement, bien qu'elle soit partie avant que je puisse lui demander pourquoi.
Je suis resté dans cet hôpital pendant deux jours de plus. Sam a voulu écourter son voyage lorsqu'elle a appris pour ma contusion, mais je lui ai dit que tout danger réel était passé et que je devrais aller bien jusqu'à la fin de sa conférence, donc j'étais surtout seul pendant ce temps.
C'est le matin avant qu'elle rentre que j'ai revu l'infirmière. Je venais d'apprendre que les tests étaient tous bons, alors on m'a donné mon congé et elle est venue me faire un dernier contrôle.
Elle m'a demandé si j'étais sûr que l'homme qui était venu à la maison sur Hill Top Road s’appelait Raymond Fielding. Je lui ai répondu que oui, et que j'avais même vu sa signature sur l'acte de propriété du terrain, mais que je ne connaissais rien de l'histoire de l'endroit. Elle s'est calmée et s'est assise.
Cette infirmière était une femme plus âgée, malaisienne, je crois, et j'aurais dit qu'elle avait la cinquantaine, mais je n'ai pas demandé. Elle m'a dit que sa famille vivait sur Hill Top Road depuis longtemps et qu'elle connaissait l'endroit où je travaillais. Dans les années 1960, la maison qui s'y trouvait avait appartenu à un homme du nom de Raymond Fielding.
Il était un fervent pratiquant et avait utilisé le centre comme maison de transition pour le compte du diocèse local, s'occupant d'adolescents fugueurs et de jeunes gens souffrant de problèmes mentaux. Le quartier ne semblait pas l'apprécier, car ses habitants avaient souvent des problèmes et Hill Top Road commençait à se faire une certaine réputation. Mais personne n'a jamais dit un mot contre Raymond lui-même, qui était au dire de tous une âme si gentille et si douce qu'il était presque universellement apprécié.
Personne ne sait exactement quand Agnes a emménagé ; certains ont même dit qu'elle était la fille de Raymond, car ils se ressemblaient et elle était plus jeune que la plupart des autres enfants qui vivaient là. Elle ne devait pas avoir plus de onze ans lorsqu'elle est arrivée, et ne parlait pas vraiment, si ce n'est pour dire son nom aux gens qui lui demandaient. Tout le monde a commencé à remarquer cette enfant aux nattes brunes qui les regardait à travers les fenêtres de la maison de Raymond. Pour autant que l'on puisse dire, c'est tout ce qu'elle semblait faire - fixer les gens par les fenêtres. C'était troublant, mais personne n'avait vraiment de problème avec ça.
Au cours des années suivantes, les enfants du foyer de réinsertion ont cessé de causer des problèmes dans les environs de Hill Top Road. Ce n'était pas un changement évident, mais peu à peu, on voyait de moins en moins les gens qui y vivaient. Raymond était toujours là et semblait toujours parfaitement joyeux. Si on lui posait des questions sur un résident qui n'était plus là depuis un certain temps, il expliquait qu'il avait déménagé ou trouvé un domicile à lui seul, et personne ne se souciait vraiment de vérifier ses dires.
Bientôt, les seules personnes qui vivaient dans cette vieille maison étaient Agnes et Raymond. Puis Raymond a également disparu. Agnes devait avoir 18 ou 19 ans à ce moment-là, et ne parlait presque jamais. Lorsqu'on l'a interrogée sur ce qui était arrivé à Raymond, elle a simplement dit qu'il était parti et que la maison était à elle. Les gens se sont inquiétés et la police a mené une petite enquête, mais la maison avait été légalement cédée à Agnes et il n'y avait aucun signe d'acte criminel. Il n'y avait pas non plus de signe de Raymond, d'ailleurs.
Les années ont donc passé et Agnes a continué à vivre dans cette vieille maison. Elle ne semblait presque jamais la quitter, observait juste par les fenêtres. Les habitants de Hill Top Road apprirent qu'il était préférable de ne pas garder d'animaux de compagnie, car ils avaient tendance à disparaître. Puis, en 1974, Henry White disparaît. Il avait cinq ans, et les recherches n'ont rien donné.
Les gens avaient toujours parlé d'Agnes, mais maintenant les murmures devenaient méchants. Au point que lorsqu'on a vu de la fumée s'échapper de la vieille maison de Fielding une semaine après la disparition du petit Henry, personne n'a rien fait. Personne n'a téléphoné aux pompiers ni essayé d'aider. Ils se sont contentés de regarder. Agnes n'a pas non plus dû téléphoner pour demander de l'aide, car lorsque les camions de pompiers sont arrivés, il n'y avait plus rien à sauver.
Pendant tout ce temps, personne n'a vu aucun signe de vie à l'intérieur du bâtiment. Aucun cri, aucun mouvement, rien que le rugissement des flammes. Quand le feu a finalement été éteint, ils ont trouvé des restes humains, mais ce n'était pas Agnes, ni Henry White. Le seul corps qu'ils ont trouvé était celui de Raymond Fielding. Il ne restait plus qu'un squelette mal carbonisé, auquel il manquait la main droite.
C'est l'histoire du lieu, comme me l'a raconté l'infirmière. Une fois les décombres déblayés, le terrain s'est retrouvé bloqué dans des complications juridiques liées à la propriété et l'est resté jusqu'au début de l'année dernière. Elle m'a demandé de ne laisser personne d'autre savoir qu'elle en avait parlé, car elle ne voulait pas que les gens pensent qu'elle avait répandu des histoires. Je lui ai dit que je me tairais et elle est partie. Je ne l'ai plus revue et j'ai été congédié peu de temps après.
Je me suis reposé à la maison pendant quelques jours, mais je trouve l'inactivité forcée très ennuyeuse, et ma tête se portait bien, alors j'ai décidé de retourner travailler. J'aurais sans doute dû éviter de retourner à Hill Top Road, mais j'étais contrarié par la façon dont la maison me faisait sentir. Je ne croyais pas aux fantômes, pour être honnête, je n'en suis toujours pas sûr, et le médecin m'avait assuré que je ne présentais aucun symptôme de schizophrénie, donc je n'avais aucune raison de ressentir cette appréhension qui me rongeait. Je me suis convaincu que la seule façon de bannir ce sentiment était d'y retourner et de finir le travail que j'avais commencé. C'est donc ce que j'ai fait, même si je faisais attention à ne travailler plus qu'à la lumière du jour et que j'essayais d'éviter d'être seul.
Malgré tout, il y avait des moments où je me retrouvais seul à travailler dans une pièce, ou le silence se faisait dans le bâtiment. Et puis je sentais à nouveau cette odeur de cheveux brûlés, ou j'apercevais des nattes brunes qui disparaissaient dans un coin. Alors que le travail tirait à sa fin, il devenait de plus en plus difficile d'éviter d'y travailler après la tombée de la nuit, jusqu'à ce que je perde complètement la notion du temps un après-midi, et que je lève les yeux pour voir que non seulement la nuit était tombée, mais que j'étais le seul qui restait dans le bâtiment.
Presque immédiatement après avoir réalisé ça, j'ai commencé à transpirer. Au début, j'ai cru que c'était les nerfs, ou même une crise de panique à l'idée de me retrouver seul, mais c'était la chaleur ; cette chaleur qui semblait se déclencher dans mes os et irradier mon corps. J'ai enlevé mon chapeau et ma veste, mais j'ai eu de plus en plus chaud jusqu'à avoir l'impression de cuire de l'intérieur. J'ai essayé de crier mais je ne trouvais pas mon souffle, je ne pouvais pas bouger. Je brulais.
On a frappé à la porte, et la sensation a brusquement disparu. J'avais à nouveau froid, j'étais allongée sur le sol vide. J'ai lutté pour me relever quand on a frappé à nouveau. Ma main tremblait lorsque j'ai ouvert. Je ne savais plus à quoi m'attendre. Serait-ce encore Raymond ? Agnes ? Ou quelque chose d'autre pour annoncer la mort de ma santé mentale.
Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était un prêtre catholique. Il était petit, un peu corpulent, avec des cheveux courts et des rides profondes autour de la bouche. Il s'est présenté sous le nom de Père Edwin Burroughs et m'a dit qu'Annie lui avait demandé de visiter les lieux. Je ne connaissais aucune Annie et lui ai fait savoir, et a semblé un peu troublé, a dit qu'elle travaillait comme infirmière à l'hôpital John Radcliffe.
Cela a suffisamment apaisé mes craintes pour que je le laisse entrer, et je lui ai demandé s'il était une sorte d'exorciste. Le père Burroughs a souri et m'a dit que oui, c'est exactement ce qu'il était.
Je lui ai donc raconté mon histoire pendant qu'il examinait la maison. Il a hoché la tête pendant que je racontais ce qui s'était passé, posant parfois une question sur ce qui avait été dit ou sur ce que j'avais ressenti. Finalement, il semblait satisfait et m'a dit qu'il ferait ce qu'il pouvait. Il m'a expliqué que l'exorcisme n'était en réalité que pour les démons et qu'il ne pouvait pas faire ça aux fantômes, du moins pas officiellement - l'existence ou non de fantômes était apparemment une question qui divisait autant l'église que l'extérieur - mais il allait passer par des bénédictions et voir s'il pouvait aider. Il m'a demandé d'attendre dehors pendant qu'il travaillait, alors je suis allé dans le jardin de derrière et j'ai attendu.
Alors que je me tenais là dans le froid, mes yeux se sont posés sur l'arbre. Cet arbre flippant, cet arbre maudit. Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment-là, j'ai ressenti une colère intense et féroce contre cet arbre. J'ai pris un pied de biche qui reposait sur un tas de bois voisin et, en tendant le bras vers l'arrière, je l'ai frappé contre le tronc, le faisant disparaître dedans de toutes mes forces.
J'ai senti un jet chaud et humide à l'endroit où je l'avais frappé. De la sève ? Non, ça ne ressemblait pas à de la sève. J'ai allumé ma torche pour voir le sang couler de l'arbre blessé. Ça a coulé le long du pied de biche et s'est écoulé sur la terre, sous forme de ruisseaux. Quand ça a atteint les racines, j'ai vu autre chose dans la lumière de ma torche, des vieilles marques noires de brûlure qui se recourbaient depuis la base de l'arbre.
C'est à ce moment que j'ai pris ma décision. C'était simple, comme si la destruction de cet arbre était la seule chose à faire, le seul chemin à suivre. J'ai trouvé une longue chaîne parmi les matériaux de construction dans le jardin et je l'ai enroulée autour du tronc qui saignait encore, puis j'ai attaché les extrémités à ma voiture. Il m'a fallu moins d'une minute pour l'abattre, et il n'y avait plus de sang. Quand l'arbre s'est couché sur le côté, déraciné et impuissant, j'ai regardé dans le trou où il avait était enraciné et j'ai remarqué que quelque chose gisait là dans la terre.
En descendant, j'ai trouvé ce qui s'avérait être une petite boîte en bois, d'environ 15 cm de côté, avec un motif complexe sculpté à l'extérieur. Des lignes gravées la recouvraient, se tordant et s'entrelaçant ensemble, ce qui rendait difficile le fait de détourner le regard.
J'ai ouvert la boîte et, à l'intérieur, il y avait une simple pomme verte. Elle semblait fraîche, brillante, avec une couche de condensation comme si elle venait d'être cueillie par une fraîche matinée de printemps. Je l'ai saisie. Je n'allais pas la manger, je ne suis pas si stupide, mais plus que les arbres qui saignent ou les brûlures fantômes, cela m'a perturbé.
Mais quand je l'ai sorti de la boîte, elle a commencé à changer. La peau est devenue brune et abîmée et elle a commencé à se ratatiner dans ma main. Puis elle s'est fendue. Et des araignées sont sorties. Des dizaines, des centaines d'araignées sont sorties de cette pomme qui pourrissait sous mes yeux. J'ai crié et je l'ai lâchée avant qu'aucune d'entre elles ne puisse toucher mon bras. La pomme est tombée sur le sol et a éclaté en un nuage de poussière. J'ai reculé et j'ai attendu d'être sûr que toutes les araignées étaient parties avant de récupérer la boîte. Je l'ai écrasée avec un pied-de-biche et j'ai jeté les restes dans une benne.
Le père Burroughs est revenu peu de temps après. Il m'a dit qu'il avait fait des prières et qu'il espérait que cela puisse aider. S'il avait remarqué l'arbre abattu, il n'a pas posé de questions à ce sujet, il m'a juste remis sa carte de visite et m'a dit de l'appeler s'il y avait d'autres problèmes. La maison n'était pas différente, mais il n'y avait pas d'odeur de cheveux brûlés, pas de chaleur, pas de fantômes ou de bizarreries que je pouvais voir. J'ai travaillé sur cette maison pendant une autre semaine, et je ne sais pas si c'était les prières du père ou le fait que j'ai déraciné l'arbre, mais je n'ai rien vu d'autre d'inhabituel pendant mon séjour là-bas. Après ça, ma partie du travail s’est terminée, et je ne suis pas retourné à Hill Top Road depuis.
ARCHIVISTE
Fin de la déposition.
Ah, traumatisme crânien et schizophrénie latente - les meilleurs amis des fantômes. À part une consommation excessive de drogues psychoactives, il me semble qu'il n'y a tout simplement pas de meilleur moyen d'entrer en contact avec le monde des esprits. Néanmoins, sans vouloir être désinvolte, l'histoire du 105 Hill Top Road mérite d'être étudiée. Et bien que je me fie au témoignage de M. Lensik sur ses propres expériences, pour autant que je puisse croire à un arbre qui saigne, il y a une note dans le dossier mentionnant que le père Edwin Burroughs a donné sa propre version de ces événements dans la déclaration 0218011. Bien que je n'aie pas encore retrouvé ce dossier particulier dans le chaos qui règne dans les archives de Gertrude Robinson, la suggestion qu'il puisse y avoir une concordance externe donne une certaine crédibilité potentielle à l'histoire mouvementée de M. Lensik. Aucun autre travailleur du chantier à l'époque n'a signalé de perturbations comme celles rapportées par M. Lensik.
Martin n'a pas pu trouver la date exacte de la construction de la maison originale, mais les premiers documents qu'il a pu trouver indiquent qu'elle a été achetée par Walter Fielding en 1891. Son fils Alfred Fielding en a hérité en 1923, puis son petit-fils, Raymond Fielding, en 1957. Il n'existe aucune trace de son utilisation en tant que maison de réinsertion, et encore moins de lien avec le diocèse catholique local, bien que les archives de l'Église d'Angleterre concernant la région à laquelle Sasha a eu accès soient malheureusement incomplètes. Les anciens habitants de Hill Top Road confirment le récit de l'infirmière Anna Kasuma, tel qu'il est présenté ici.
Tim a réussi à organiser un entretien avec Mme Kasuma, mais elle n'a apparemment pas pu fournir d'autres informations que celles qu'elle a communiquées à M. Lensik. Elle a cependant admis avoir demandé au père Burroughs de jeter un coup d'œil à la maison, car elle était inquiète à ce sujet et l'avait déjà vu pratiquer des exorcismes. Il ne semble pas y avoir de traces écrites de ce qui s'est passé dans la maison ; pas d'articles de presse ou autres concernant l'incendie. Mais un résident a fourni une photographie de la maison en flammes.
La nécrologie de Raymond Fielding a brièvement rapporté que sa mort était due à un incendie de maison, et vante son travail auprès des jeunes en difficulté, mais ne donne aucun détail sur les deux choses. Agnes reste un mystère, car nous n'avons pas pu trouver de preuve formelle de son existence.
Hormis... Nous ne pouvons prouver aucun lien, mais Martin a mis au jour un rapport sur une Agnes Montague, qui a été retrouvée morte dans son appartement de Sheffield le soir du 23 novembre 2006, le même jour où M. Lensik prétend avoir déraciné l'arbre. Elle s'était pendue. Son âge est indiqué de 26 ans, ce qui ne correspond pas du tout.
Mais une main humaine, une main droite, était attachée à sa taille par une chaîne. Son propriétaire n'a jamais été identifié, mais le coroner était apparemment assez perplexe, car la décomposition des tissus semble indiquer que le propriétaire de la main avait dû mourir presque au même moment qu'Agnes.
Deux familles ont habité la maison depuis que cette déposition a été faite à l'origine, mais aucune autre manifestation n'a été signalée sur Hill Top Road.
Fin de l'enregistrement.














