RIKI OH (1991)
STORY OF RICKY est considéré comme un nanar, et ce à juste titre: des effets spéciaux cheap -on reste dans la prothèse mal finie, dont l’apogée sera l’apparence du “boss final” du film, ratée à 100%-, une réalisation semi-professionnelle effaçant le sérieux de certaines séquences pour du comique involontaire. Pourtant, il faut reconsidérer le long-métrage de Lam Ngai Kai, qui reste l’oeuvre la plus célèbre du réalisateur hong-kongais: en effet, le ton ultra-gore de RIKI OH le démarque de bon nombre de ses confrères, un parti pris propice dans ce monde de violence. Véritable prison-movie dramatique aux relents d’anticipation -une réalité alternative où les prisons sont devenues privatisées- flirtant avec la série Z, RIKI OH dénote aussi par sa construction de mise en scène: le jeune prodige d’arts martiaux surpuissant -Ricky- va être incarcéré au cœur de cet enfer: accusé de meurtre, il devra se plier aux règles des lieux, qui se paient avec le sang, ou mieux, la mort. La hiérarchie, constituées de quatre membres dirigeant chacun un des quartiers du bâtiment et répondant à l’un des points cardinaux -un des points sur lesquels RIKI OH est comparé à HOKUTO NO KEN, en plus de ses combats violents-, d’un gros directeur borgne et pouvu d’un double crochet en guise de main gauche, et du “big boss” de l’entreprise, le sacro-saint patron mafieux accompagné de son fils obèse et dégénéré. Tout un programme pour Ricky, qui sera malmené pendant tout le long-métrage: la vie dramatique du jeune homme est jalonnée par la perte d’êtres chers, l’injustice et la malchance, hélas pour lui, son séjour en prison n’améliorera rien. RIKI OH distille au compte-gouttes les flash-backs qui dévoilent l’histoire de Ricky, auquel on s’attache forcément: ayant un don inné du combat, ce héros pré-Liu Kang (MORTAL KOMBAT, 1995) privé de tout va user de ses aptitudes pour faire régner la paix, et qui sait, s’évader de l’infâme endroit. RIKI OH, ne l’oublions pas, est un nanar: dialogues maladroits et SFX approximatifs sont nombreux, mais il faut lui reconnaître en posséder une sacrée paire: critique de l’abus de pouvoir, le film montre par son exagération l’oppression du riche et fort sur le pauvre et faible: de plus, la recontextualisation abusive du background semble vouloir passer un message. Prenant le temps de nous montrer cet aspect cruel d’un sombre futur proche, RIKI OH s’attarde avec justesse sur les conditions de vie pénitentiaires des résidents: magouilles en tout genre, trafic, et surtout cette loi du plus fort qui fera raboter des visages ou trancher des membres. Je vous avais prévenu, c’est de la boucherie, parfois. Sans le vouloir, RIKI OH nous perd dans sa perception, sa réalisation moindre contrastant avec ces moments forts sanglants et tragiques, poussifs mais à la puissance incroyable. Presque martyr, Ricky sera torturé, enchaîné, cimenté, enterré, lacéré, mutilé, se relevant toujours avec cette force de la jeunesse, rebelle mais fondamentalement saine de par ses idéaux défendus: et on y prend part, vu que c’est le seul moyen de mettre au sol l’autorité esclavagiste en place. Créatif dans son approche assez inédite pour l’époque -l’âge d’or du Z arrivera plus tard par le Japon dans les années 2000, coucou TOKYO GORE POLICE (2008) !- , RIKI OH se rapporte bien à HOKUTO NO KEN, avec sa horde d’adversaires variés et marquants, ayant chacun leurs motivations propres et leur style vestimentaire: certaines techniques de baston se réfèrent d’ailleurs au manga, en particulier cette “pression des points vitaux” qui fait exploser les chairs dans un déluge de sang. Transformant les “hauts” postes de travail en bourreaux de l’ère moderne, on assiste à un parcours ascensionnel d’un héros quasi-divin face à l’incarnation de l’inhumanité la plus sale. Choquant à chaque visionnage, le film inclut des combats très violents et gores, faisant encore mouche malgré l’ancienneté de l’oeuvre. On découvre avec RIKI OH une autre face du cinéma hong-kongais, autrefois dominé par John Woo dans les 80′s, et pour le meilleur: le long-métrage se donne à fond, extrêmement généreux envers son spectateur avide de divertissement “pour public averti”. Totalement différent dans sa version d’origine et sa version française -doublée comme par hasard par des excentriques du métier-, RIKI OH peut s’aborder de deux manières bien distinctes: le film moyen mais cool, rempli de tripes -autant scénaristiquement que graphiquement- et de fougue, OU le nanar bien gore aux répliques en VF bien placées. Comme quoi tout est question de point de vue: même si RIKI OH fait l’objet d’une distribution intermédias putassière à la limite du mensonge avec ses slogans vaniteux le prêtant à un mix sanglant de THE MATRIX (1998) et BRAINDEAD (1992), ce film est une tuerie, un poing symbole de liberté dressé à l’encontre d’une société corrompu. Icônique, frais et punchy, Ricky est un excellent compagnon pour les marathons films entre amis -pas trop jeunes non plus, quand même). Palme de la sympathie pour RIKI OH l’unique, qui s’achève avec un final monstre, réduisant en bouillie sanguinolente la forme ultime de la dictature véhémente, et nous revigorant au passage pour affronter le monde, au moins pendant les prochaines 24 heures. Viscéral et grotesque, donc jouissif.
CONTAINS EXPLICIT SCENES OF GORE /20