Un jour j’écrirai
Le plus important, les sensations humaines. De ce qui tourmente et qui trouble l'être humain. De ce qui le pousse à agir ou à se taire, à éprouver comme à désirer. Oui, j’écrirai l’histoire d’un lâche. . . Mais j’irai vite, car rien n’est plus triste que le morne ennuie de ces écrivains, s’attardant à la description, et nous endormant de leurs excellents mots, précieusement choisis. . Moi j’écrirai sur les putains. Sur celles qui vivent dans d’autres mondes, quand d’autres rêvent dans d’autres lieux. Moi j’écrirai sur le vilain, et rien à foutre du carême. . Et je préfère mille fois le rime, même si la prose je choisirai. Car tout est beau dans les excès, et tout se perd dans l’infime. . J’exalterai tous ces gens là, qui vivent en nous mais qui se taisent. Des pauvres aux riches, comme les parias. Des gens frigides comme ceux qui baisent. . Et les défauts prendront la place, de la beauté en toute chose, car les gens aiment ces choses là: le laid, l’horrible et la névrose. . Bien sur il me faudra être acerbe, crier à l’exagération, parler des pauvres petites pucelles et de leur chastes secrètes passions. . J’élèverai la puterie au rang d’art national, et l’on criera à l’infamie, à l’abject et au scandale. . . Puis la douceur, la légèreté, s’inviteront à mon récit, et je dirai à peine assez, ce qu’il faut dire pour être compris. De sorte que, chaque lecteur la sente furtive et passagère, et qu’il s’indigne à avoir peur de la sentir prendre les airs. . Et quand chacun pensera l’avoir, quand on croira le héros libre, alors d’un trait, d’un coup visible, je le tuerai en pleine poitrine. . Quand meurt l'espoir il naît le drame, et le drame est l'histoire des hommes.







