Ce soir, je mange des topinambours.
Vous connaissez peut-être. Moi je ne connaissais pas. J’ai lu le mot à maintes reprises lors de mes lectures et je savais que c’était un légume racine qui remplaçait les pommes de terre lors de repas mais je n’en avais jamais vus. C’est une autre belle découverte pour moi, comme j’en ai fait beaucoup cet été.
C’est que cet été je me suis abonnée à un panier de légumes de l’agriculteur local. Je me disais que ce serait une bonne façon d’encourager l’agriculture locale, même à petite échelle, et d’avoir de bons légumes frais sans avoir besoin de me taper tout le travail nécessaire pour les cultiver. Il est vrai que j’ai un potager, mais il est minuscule. C’est pour m’amuser. J’y avais cette année quatre plants de grosses tomates, deux plants de tomates cerises, quatre plants de haricots jaunes, deux plants de poivrons, une douzaine de carottes et diverses fines herbes. J’ai récolté une quantité industrielle de tomates, plusieurs poignées de haricots et d’abondantes fines herbes, mais les plants de poivrons ont été mangés par une bête quelconque, et les carottes n’ont fait que du feuillage. J’étais donc contente de m’être abonnée à ce panier du fermier.
J’ai été très agréablement surprise, et ce n’est pas terminé. Tous les mardis soirs, je reçois un courriel m’énumérant ce que mon panier comprendra. Dans le même courriel, on donne des explications sur le légume en question. Je dis légumes, mais j’y ai eu aussi des fruits et des fines herbes au fil des semaines. Le courriel comprend également des conseils sur la cuisson et une ou deux recettes. Les propriétaires de la ferme y indiquent également où en sont les récoltes, ce qui pousse bien, ce qui ne pousse pas aussi bien, à quoi on peut s’attendre dans les prochaines semaines, etc. Et puis à tous les mercredis après le travail, je vais chercher religieusement mon panier, laissé dans le portique d’une maison du centre-ville. Je n’ai jamais vu personne mais mon panier, comme ceux d’autres abonnés, s’y trouve toujours. Chaque semaine c’est une belle découverte qui me permet d’aiguiser ma curiosité à l’égard de certaines variétés de légumes.
Mes agriculteurs sont anglophones alors leur courriel est rédigé en anglais. Les topinambours par exemple s’appellent sunchokes en anglais. Je n’avais donc aucune idée qu’il s’agissait de topinambours avant de faire une petite recherche lorsque je suis revenue à la maison. Et puis j’ai été surprise d’apprendre que ce légume est d’origine canadienne ! On l’appelle d’ailleurs aussi la truffe du Canada. Certains l’appellent aussi l’artichaud de Jérusalem. Il paraît que ce serait Samuel de Champlain qui l’aurait rapporté en France où il est quand même beaucoup plus populaire. Et puis il aurait des propriétés contre le cancer du côlon et le cancer du sein, deux cancers qui courent dans la famille. Alors j’avait bien hâte d’y goûter. Et vous savez quoi, je trouve que le topinambour a un petit goût de noix qui ne me déplait pas du tout. Ce soir, il accompagnera mon rôti de porc aux pommes.
Mais le topinambour n’est qu’un légume parmi tant d’autres. Le panier en question m’a permis, chaque semaine, de découvrir de nouveaux légumes aux noms tout aussi savoureux que leur chair. Chaque semaine je les sentais, je les touchais, je les goûtais crus ou cuits, ou les deux. Chaque semaine je faisais une recherche sur leur origine, sur les façons de les apprêter, sur leur traduction en français.
J’ai ainsi découvert la fleur d’ail qui est arrivée avec une immense quantité de coriandre. Ça m’a permis de confectionner un excellent pesto qui n’était pas piqué des vers ! Et puis il y a eu cette citrouille à la chair d’un orange très foncé avec laquelle j’ai fait d’excellentes tartes. Et puis ces haricots langues de dragon juteux et savoureux. Et cette variété de gourganes dont j’oublie maintenant le nom mais dont le goût se rapprochait étrangement des édamames que j’affectionne particulièrement. Et puis il y a eu une foule de variétés de carottes, de betteraves, de radis, de choux et de navets de toutes les formes et de toutes les couleurs. Et le chou romanesco que j’avais découvert dans un petit marché européen et que je trouvais tellement mignon, comme un petit sapin de Noël en devenir. Et les bettes suisses que ma mère cultivait et que je n’aimais pas mais que j’ai redécouvert maintenant. Et des tonnes de feuilles de laitue en tout genre, fraîches, craquantes, colorées, goûteuses.
Bref, cet été, j’ai encouragé l’économie locale ; j’ai découvert plein de variétés de légumes ; j’ai ajouté des mots à mon vocabulaire ; j’ai attendu impatiemment ma livraison hebdomadaire ; j’ai enrichi mes connaissances sur la provenance de certains légumes ; je me suis pourléchée les babines ; et je me suis bien alimentée.
Je n’ai plus qu’à dire merci à nos agriculteurs qui travaillent si forts et avec une si belle passion.