“ Des cours de hautbois en ascenseur ”
Pour commencer l’année, nous vous proposons de rencontrer les musiciens qui accompagneront les projets sur cette saison au travers de plusieurs interviews.
Entretien avec François Salès, hautboïste de l’EOC
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Volontiers ! Je m’appelle François, je suis né à Marseille où j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence. Ce qui m’intéressait surtout c’était de construire des vaisseaux spatiaux en Lego, le plus gigantesque possible. Plus tard de lire du Dostoïevski et de faire de l’athlétisme. J’ai passé un bac scientifique et tout de suite après je suis parti à Lyon. Je suis arrivé à Lyon à 18 ans, lorsque je suis rentré au conservatoire supérieur, et depuis j’y suis resté !
Pourquoi as-tu choisi le hautbois ?
Je n’étais pas très âgé et c’était je ne sais trop où, en tout cas dans un endroit où je n’avais rien à faire. Quelqu’un faisait souffler dans une trompette. J’ai soufflé et il a dit que c’était bien. Cela m’a flatté et à partir de ce jour, j’ai dit que je voulais faire de la flûte traversière. Or, dans mon immeuble vivait un hautboïste. Il habitait au troisième étage et moi au sixième. Il fut donc décidé que je ferais du hautbois et que j’irais prendre mes cours en ascenseur.
Depuis quand fais-tu parti de l’ensemble ?
Je fais parti de l’EOC depuis si longtemps qu’il est indécent de l’écrire noir sur blanc. J’y suis depuis pratiquement les débuts de l’ensemble. Que ceux qui ont une âme de chercheur cherchent !
Pourquoi as-tu choisi la musique contemporaine ?
Le virus de la musique contemporaine, je l’ai contracté assez tôt. Après mes premiers cours pris au troisième étage, je suis rentré au Conservatoire de Marseille. Mon professeur était ce qu’on peut appeler “un prof à l’ancienne” et la musique contemporaine ne l’intéressait guère. Pour autant il n’avait rien contre. Très tôt donc, elle fut pour mois le terrain de jeu où je me trouvais le plus libre. On m’y fichait la paix et je pouvais faire mes petites expériences à ma guise et, chose magique, la notion de bon et mauvais goût semblait ne pas y avoir cours ! C’était vraiment le pied ! Ensuite je n’ai jamais cessé de jouer des oeuvres de notre temps. En un mot je dirais que pour moi la musique contemporaine a toujours été celle dans laquelle le concept de tradition était le moins inhibant.
Chaque année, tu mènes des projets de création musicale et de découverte auprès des publics. Peux-tu nous parler d’un projet en particulier ?
C’est difficile de ressortir une action plutôt qu’une autre. Elles donnent toujours lieu à des rencontres émouvantes et j’y repense souvent plus tard. Je me souviens d’avoir passé une semaine dans un presbytère près de Noirétable. J’étais tout seul là-dedans et tous les matins dès 8h30 les terminales du lycée agricole voisin venaient me rejoindre et nous bossions jusqu’au soir pour réaliser un ciné-concert sur une vidéo de Beryl Korot. Tout cela était très joyeux et je voyais les jeunes s’ouvrir tellement rapidement à tout ce matériau au départ si étrange pour eux. Voilà : on “faisait quelque chose” ensemble et ça fonctionnait. Et puis il y a parfois l’improbable, ce qui n’était pas du tout attendu. Mon meilleur souvenir dans cette catégorie reste une rencontre au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne. Il était prévu que je fasse un concert déambulatoire pour des élèves primaires, mais en définitive ce sont des adolescents en situation de handicap mental qui se présentent. Il était impossible de faire stricto sensu ce que j’avais préparé. Alors s’est engagé entre eux et moi une longue discussion sur les oeuvres exposées, entrecoupée de moments musicaux. Ca, c’était vraiment étonnant comme moment. Très étonnant. J’y repense souvent.
Pourquoi as-tu choisi de descendre de la scène pour transmettre ta passion de la musique au public ?
Un projet de transmission me semble par définition en grand partie imprévisible car il dépend autant de celui qui l’apporte que de celui qui le reçoit. Or la routine est la chose qui m’effraie le plus au monde ! (Donc ça tombe bien.) Les projets proposés par l’EOC sont extraordinairement variés. Ils m’ont conduit à rencontrer des enfants, des adolescents, des personnes en situation de handicap, de fréquenter des couches sociales très diverses. C’est un moyen irremplaçable pour moi de sortir de mon microcosme. Si bien que je suis persuadé d’y être autant “apprenant” qu’appreneur”. Cela dit je suis quand même là pour donner et pas seulement recevoir ! Je dirais que ce qui compte le plus à mes yeux c’est de construire quelque chose collectivement. Quelle que soit cette chose d’ailleurs. Au fond oui, quelle que soit cette chose. Si je devais résumer cela au mieux je citerais volontiers Blaise Cendrars : “Il y a dans l’action le contentement de faire quelque chose, n’importe quoi, et le bonheur de se dépenser.”
Quand tu étais petit, quel métier souhaitais-tu faire ?
Durant tout le primaire, je souhaitais ardemment être “pompier avec André”. André était mon meilleur ami, mais un jour des adultes sont venus dans la classe et ont dit à André qu’il devait changer d’école, à la suite de quoi ma vocation de pompier s’est effondrée. Lorsque je suis rentré en 6ème, nous devions remplir une petite fiche et à la case “Que veux-tu faire plus tard ?” j’ai écrit “hautboïste”. Le plus étonnant c’est qu’il ne faisait aucun doute dans mon esprit que c’est ce que je ferais.