CI-JE GIS ! vu le 19 octobre
Avant le spectacle tout le monde est détendu dans l'église des Jacobins. Personne n'a l'air perturbé par le fait d'être dans une si belle église en attendant que des morts commencent leur mastication. Je comprends que ce soit du déjà vu mais ça m'emmerde qu'on joue les habitués au théâtre. On devrait jamais se sentir habitués au théâtre.
CI-JE GIS ! est une évocation du spectacle La Mastication des Morts créé en 1999 par le Groupe Merci puis reprise en 2012. Je suis allée voir parler les morts. La pièce se déroule dans le couvent collé à l’église. Je suis entrée dans un circuit fermé, à jamais.
Les cercueils sont séparés de quelques pas et les comédiens qui y logent sont nombreux. Comme dans la rue et comme dans la vie j'ai la possibilité de choisir. En plus des réactions qu'on me laisse habituellement au théâtre je peux décider de marcher plus ou moins vite, je peux m'arrêter, je peux rester debout un certain temps, je peux aussi m'asseoir soit par terre, soit sur un siège ou soit encore sur les vielles pierres du couvent. J’ai plus de libertés qu’au théâtre. Je peux fuir. J'ai envie de toucher, je veux toucher ces comédiens qui jouent les morts dans leur caisse noire.
Je suis mon propre guide. Ma personnalité, mes attentes, mes goûts et ma sensibilité forment mon instinct de spectatrice. Pourrais-je me détacher d'un moment si émouvant en risquant de perdre quelque chose que j'aurais aimé entendre ? Vais-je d'abord voir chaque mort pour choisir celui ou celle qui aura toute mon attention ? Gêne et attendrissement m'ont fait m'asseoir au près de ces morts et parfois je ne partais plus. Je ne pouvais pas les laisser là sans suite, ces morts dont la vie est passée et irrévocable. Je souris plus gentiment que d'habitude et je ris plus facilement quand je suis à leur chevet.
Comme si je passais à la maison de retraite voir mes aïeux, j’ai rencontré des acteurs morts confrontés à la solitude de n'avoir personne à qui parler. Quand le théâtre abandonne quelques unes de ses vielles habitudes il devient plus intense, promis








