Si on demande à Haojin de lui parler de sa famille, il dira simplement qu'il n'en a pas. Né sans nom de famille, ou plutôt parce qu'il n'en a pas reçu à la naissance, le garçon est né sous X dans une maternité de Séoul, abandonné dans les premières heures de sa vie parce que une jeune femme même pas majeure, qui n'avait pas les moyens de s'occuper d'un enfant. Depuis sa naissance, il grandi avec une absente grande et lourde, qui lui comprime sa poitrine un peu plus chaque jour, parce que comme toujours, il est juste Haojin. Haojin qui n'a pas de famille, Haojin qui est au final, celui qui n'a jamais été voulu. C'est ce vide, ce silence et cette ligne barrée sur des papiers qui forge en lui une colère sourde. La vie l'a fait évolué en un garçon méfiant, dérangé, enragé, qui ne communique plus qu'avec la violence.
Très jeune, il est placé dans un foyer - où il devient un des cas les plus difficiles. Trop bruyant, impulsif, trop souvent en colère, c'est difficile pour lui de se faire sa place, ou de se faire adopter quand on sait qu'il préfère frapper que parler, qu'il vole sans même demander l'autorisation avant d'avoir quelque chose. Il fait fuir toutes les familles, il est considéré comme le gamin foutu, celui qui deviendra le petit con ingérable. Et Haojin a fini par s'en convaincre, il n'est bon à rien. De son jeune âge, il connait déjà les commissariats, les fugues, les nuits dehors alors qu'il rêvait simplement d'avoir une vie différente. Alors il comprend bien vite, qu'il doit taper plus fort que tout le monde, qu'il doit attaquer avant qu'on le blesse, quitte à repousser chaque personne qui l'approche. De par son opposition avec le monde entier, Haojin n'a jamais été très bon à l'école. Pas qu'il était réellement idiot, mais il ne s'en donne pas les moyens, à quoi bon étudier alors qu'il n'a même pas de but précis dans la vie ? Quand il ne sait pas de quoi est fait demain ? Il apprend donc à vivre autrement - du moins survivre - il comprend très vite comment fonctionne le monde extérieur. Plus tu es considéré comme un moins que rien, et plus tu te fais cracher au visage. Il apprend donc comment manipuler pour s'en sortir, en usant les faiblesses et les envies des gens.
Haojin devient un dealer assez malin, discret, presque respecté dans certains cercles - si on oublie la pression dont il est la cible, ses patrons ne le lâchant pas d'une semelle.
Mais ça, il le comprendra bien vite, quand il commet la première erreur. C'était une nuit normale où il devait livrer un de ses plus fidèles clients, qui l'appelait chaque semaine, pour toujours plus de drogue. Et c'est avec son attitude nonchalante, capuche sur la tête, que Haojin s'était rendu au point de rendez-vous, il est seul, mais ça a toujours été comme ça, parce que qu'est-ce qu'il peut bien lui arriver, c'est tellement une habitude pour lui ? Sauf que ce soir là, quelque chose cloche. Ce n'est pas son client qui l'attend - il est bien là, mais pas seul, quand un groupe d'homme l'attend de pied ferme. Ils sont larges, masqués, et ce n'est pas le hasard, Haojin le comprend bien avant de le sentir. Un poing violent, qui s'abat contre sa mâchoire, puis un deuxième qui s'abat dans son ventre, si bien qu'il se souvient encore du sang qui lui remonte dans la gorge à ce moment là. ça arrive connement, mais il se fait dépouiller et abandonné dans cette ruelle, complètement fracassé, sans argent, et sans fourniture. Et surtout ? Avec son patron qui lui demande de rembourser l'intégralité de ce qui a été volé. Mais comment ce pauvre garçon peut faire ? Quand il n'a aucun revenu en dehors du deal, et qu'il est même pas sûr de pouvoir rembourser une telle somme d'argent ?
C'est quelques jours plus tard qu'une opportunité s'offre à lui - quand il entend parler des combats clandestins. Une connaissance d'une connaissance, qui lui tend la carte de l'endroit où chaque soir, des combats sont organisés. Et à la clé ? Une bonne somme d'argent, ce qui pourrait lui permettre de rembourser ses dettes auprès de son patron.
Mais il se rend pas compte du danger.
Parce qu'il ne sait pas se battre, parce qu'il n'a jamais appris à réellement taper correctement, et c'est donc inévitable le moment où il perd le combat, le moment où tout ceux qui avaient misé sur sa tête, se retournent contre lui. Parce qu'au-delà de devoir de l'argent à son patron, qui attend encore le remboursement de la drogue, il se retrouve maintenant endetté envers des inconnus, envers Monsieur Ryu, qui pensait pouvoir également miser sur lui. Mais il n'a pas d'argent, le Haojin, n'en a jamais réellement eu, donc il prend la fuite et ne remet jamais les pieds dans cet entrepôt, avec l'espoir, peut-être, qu'on l'oublie une bonne fois pour toutes.
Sauf qu'on échappe pas aux dettes.
Et le sort s'acharne de nouveau sur lui, quand il pense avoir une nouvelle livraison, quand il pense que sa prochaine mission suffira à calmer son patron qui lui demande encore et encore de lui ramener de l'argent. On l'attend dans une maison abandonnée, un nouveau client paraît-il. Mais il s'y rend, sauf qu'on lui tend un nouveau piège. Quand la première personne qu'il voit, quand il ouvre la porte de cette maison, c'est Monsieur Ryu, costume impeccable, allure d'hommes d'affaire, qui ne lui laisse pas le temps de prendre la fuite, parce que ses deux chiens de garde lui passent un sac autour de la tête, pour le piéger, pour ne pas qu'il se débatte. Et la seconde d'après, il est installé sur une vieille chaise qui devait sans doute appartenir à ce salon délabré.
« Tu veux vivre comme un chien errant ? Tu vivras comme un chien attaché. Tu veux la rue ? Je t’y laisserai, mais pas debout. »
C'est ce qu'Haojin entend, avant de sentir une lame s'introduire dans le haut de sa cuisse, ce qui lui arrache un hurlement, ce qui lui arrache une douleur qu'il n'avait jamais senti avant. Mais la torture ne s'arrête pas là - c'est pendant une heure, voir peut-être un peu moins, à ce stade il n'avait plus la notion du temps - qu'il va voir sa vie défiler devant ses yeux. Lame dans la cuisse, brûlures de cigarettes sur son corps, blessures sur chaque parcelle de sa peau, manquant également l'asphyxie à plusieurs reprises. Le garçon est au final traité comme à sa naissance, comme toute sa vie ; comme un putain de moins que rien. C'était juste une leçon. Celle de ne pas rigoler avec l'argent. Haojin ne le savait pas encore jusqu'à maintenant, mais il appartient dorénavant à Monsieur Ryu.
Il rentre dans l'organisation, sans réellement avoir le choix, en ayant un patron qui le flique à chaque moment, qui s'assure qu'il soit le meilleur, et que surtout, il lui ramène de l'argent. Alors Haojin redouble d'effort, passe son temps à l'entraînement, pour devenir le meilleur, le plus fort, le plus agile sur le ring, parce qu'il sait que c'est sa seule manière de s'en sortir et de ramener de l'argent. Et puis, il n'a pas réellement le choix, quand il sait qu'au moindre écart, à la moindre bêtise, son patron - Monsieur Ryu - n'hésitera pas à le lâcher directement dans les mains de son ancien patron, qui attend qu'une chose : le voir sombrer.