Peut-être après tout que je suis dans une sorte de caveau et que cet espace que je prends pour la rue n’est qu’une large tranchée où donnent d’autres caveaux. Mais ces bruits alors qui montent, ces pas qui montent vers moi ? Peut-être y a-t-il d’autres caveaux encore plus profonds que le mien, pourquoi pas. En ce cas la question de savoir à quel étage je suis se pose à nouveau, je ne gagne rien à me supposer au sous-sol s’il y en a plusieurs, les uns sur les autres. Mais ces bruits, ces pas, que je dis entendre monter vers moi, le font-ils réellement ? Rien en vérité ne permet de l’affirmer. De là à conclure à des hallucinations pures et simples est cependant un pas que j’hésite à franchir.
Samuel Beckett, Malone meurt, Les Éditions de Minuit, 1951










