‘But I know what darkness is, it accumulates, thickens, then suddenly burst and downs everything.’
Samuel Beckett, Malone meurt (Malone Dies), 1951
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‘But I know what darkness is, it accumulates, thickens, then suddenly burst and downs everything.’
Samuel Beckett, Malone meurt (Malone Dies), 1951
Peut-être après tout que je suis dans une sorte de caveau et que cet espace que je prends pour la rue n’est qu’une large tranchée où donnent d’autres caveaux. Mais ces bruits alors qui montent, ces pas qui montent vers moi ? Peut-être y a-t-il d’autres caveaux encore plus profonds que le mien, pourquoi pas. En ce cas la question de savoir à quel étage je suis se pose à nouveau, je ne gagne rien à me supposer au sous-sol s’il y en a plusieurs, les uns sur les autres. Mais ces bruits, ces pas, que je dis entendre monter vers moi, le font-ils réellement ? Rien en vérité ne permet de l’affirmer. De là à conclure à des hallucinations pures et simples est cependant un pas que j’hésite à franchir.
Samuel Beckett, Malone meurt, Les Éditions de Minuit, 1951
« Me suis-je regarder vivre ? »
– Podalydès lit Beckett
“Maintenant ce n’était pas la première fois que Macmann se roulait par terre, mais il l’avait toujours fait sans arrière-pensée locomotive. Tandis qu’alors, tout en s’éloignant de l’endroit où la pluie l’avait surpris, loin de tout abri, et qui continuait grâce au chapeau à trancher sur l’espace environnant, il comprit qu’il avançait avec régularité et même une certaine rapidité, selon l’arc d’un cercle gigantesque probablement, car il se supposait une extrémité plus lourde que l’autre, sans savoir laquelle, mais de peu. Et tout en roulant il conçut et polit le projet de continuer à rouler toute la nuit s’il le fallait, ou tout au moins tant que ses forces ne l’auraient pas abandonné, et de s’approcher ainsi des confins de cette plaine qu’à vrai dire il ne lui tardait nullement de quitter, mais qu’il quittait néanmoins, il le savait.”
Samuel Beckett, Malone meurt, 1951.
Décidément la nuit est longue et pauvre en conseil.
Malone meurt, Samuel Beckett.
THE MAKING OF SAMUEL BECKETT'S MALONE MEURT / MALONE DIES
Auteur(s): Dirk Van Hulle, Pim Verhulst
This volume analyses the genesis of Beckett’s novel Malone meurt / Malone Dies. Written in French in 1947–1948, and translated into English by the author in 1954–1956, it is the second part of the so-called ‘Trilogy’, preceded by Molloy and followed by L’Innommable / The Unnamable.
05/12/2017 (LINK)
Je ne rentrerai plus dans cette carcasse qu’afin d’en savoir l’heure. Je veux être là un peu avant le plongeon, rabattre sur moi une dernière fois la chère vieille écoutille, dire adieu aux soutes où j’ai vécu, sombrer avec mon refuge. Sentimental, va. Mais d’ici là j’ai le temps de folâtrer, à terre, dans cette brave compagnie que j’ai toujours désirée, toujours recherchée, et qui n’a jamais voulu de moi. Oui, je suis tranquille maintenant, je sais que la partie est gagnée, j’ai perdu toutes les autres, mais c’est la dernière qui compte. Je dirais que c’est du bon travail si je n’avais pas peur de me contredire. Peur de me contredire ! Si ça continue c’est moi que je vais perdre et les milles chemins qui y mènent. Et je ressemblerai à ces infortunés de fable, écrasés sous le poids de leur vœu exaucé. Et je sens même une étrange envie me gagner, celle de savoir ce que je fais, et pourquoi, et de le dire. Ainsi je touche au but que je m’étais proposé dans mon jeune âge et qui m’a empêché de vivre. Et à la veille de ne plus être j’arrive à être un autre. Ce qui ne manque pas de sel.
Samuel Beckett, Malone meurt, Éditions de Minuit, 1951
Si ça continue c’est moi que je vais perdre et les milles chemins qui y mènent. Et je ressemblerai à ces infortunés de fable, écrasés sous le poids de leur vœu exaucé. Et je sens même une étrange envie me gagner, celle de savoir ce que je fais, et pourquoi, et de le dire. Ainsi je touche au but que je m’étais proposé dans mon jeune âge et qui m’a empêché de vivre. Et à la veille de ne plus être j’arrive à être un autre. Ce qui ne manque pas de sel.
Samuel Beckett, Malone meurt, Les Éditions de Minuit, 1951