Economie sociale : Les Barwari se mettent au jus
Deputy Project manager. Le titre, sur la carte de visite, est en anglais. Mais ne vous y trompez pas, Pascal Vallette est bien Français, tout comme l'Institut Européen de Coopération et de Développement qu'il a présenté le 3 septembre 2013 à l'Institut français d'Erbil. Ce sont donc des fonds français qui sont en train de soutenir un très beau projet à Barwari Bala.
L'équipe de l'IECD a reçu le soutien de Nesreen Barwari et de son association NGO. Nesreen Barwari est aussi à la tête de Ranj group, Construction, Investment § Development Ltd. / Photos B. D.
L'IECD connait bien la région de Duhok. Et pour cause, l'ONG a soutenu les projets de 661 Kurdes, là-bas, entre 2009 et 2012, grâce à une enveloppe globale de 500.000 euros sur trois ans, 34% des financements provenant de fonds publics et 66% de fonds privés. Là encore, ce sont des agriculteurs kurdes qui vont profiter des subsides d'IECD et de l'accompagnement qui va avec en terme de formation.
L'ONG française s'appuie sur deux partenaires kurdes dans le projet de construction d'une usine de fruits frais, dont Nesreen Barwari.
Pascal Vallette évoque un travail de longue haleine effectué en concertation avec les arboriculteurs. Ensemble, ils ont dressé un état des lieux, saluant la qualité de la production fruitière de la région de Duhok où l'on recense plus de 2 millions de pommiers, des vignes en veux-tu en voilà, des grenades et des pêches comme s'il en pleuvait... Mais ils ont aussi analysé les difficultés: le problème de marketing des Kurdes qui ne savent pas bien vendre leurs produits, les problèmes liés au transport, à la conservation... et enfin, "coût" de massue suprême: la concurrence des fruits turcs et iraniens qui inondent le marché kurde à des prix inférieurs à ceux des produits locaux. Résultat, dans la région de Badinan, les fruits pourrissaient sur les arbres depuis des années sans que les arboricuteurs kurdes profitent du "fruit" de leur travail.
De droite à gauche: le consul Alain Guépratte, Zoubeyr Mahy le président de l'association franc-kurde d'Albi par ailleurs PDG de Lush Tech, l'épouse du consul et le journaliste kurde Amine Amedye.
Et bien tout cela va changer grâce à l'IECD... mais aussi grâce à Nissan Barwari, qui a offert un terrain de 5000m2, et grâce à Nesreen Barwari, qui s'est engagée personnellement dans le projet de construction d'une usine de fruits frais. "Pour ne pas entrer en concurrence directe avec les fruits iraniens et turcs, on s'est positionné sur la transformation des produits, pour leur donner une valeur ajoutée et ainsi apporter des débouchés aux arboriculteurs kurdes" , explique Pascal.
L'usine de fruits frais sera donc construite entre mars et juillet 2014, sur le terrain offert par Nissan Barwari. Et d'ici là, Nesreen Barwari va activer ses réseaux pour préparer le marché. Pour Amine Amedye, un journaliste kurde spécialisé dans les sujets agricoles, "ce projet est comme une étoile dans le ciel kurde", car cette usine de 600m2 devrait permettre à une bonne centaine de familles de voir enfin le fruit de leur travail valorisé à la vente. De la pure économie sociale, comme l'IECD l'aime.
L'épouse du consul a activement participé au test, sous les yeux du journaliste kurde Amine Amedye, à gauche.
Objectif à terme: vendre 300.000 bouteilles par an. Et c'est là qu'entre en ligne de compte la deuxième partie du projet: Aider les kurdes à vendre le "made in Kurdistan". Pour ça, l'IECD a organisé une première campagne de test sur trois types de jus de pomme chez Carrefour, à Erbil. Ils ont testé le jus de pomme clair, le jus de pomme trouble et le jus de pomme pétillant auprès des consommateurs. Test qui a été reproduit le 3 septembre à l'Institut français auprès des 40 invités de l'IECD. Résultat, le jus de pomme trouble semble avoir la préférence des fines bouches, en France comme au Kurdistan. Offrir un produit en adéquation avec la demande devrait donner une chance de succès supplémentaire aux jus de fruits made in Barwari. Reste plus qu'à être patient. Commercialisation prévue après la construction de l'usine, en juillet 2014.
A noter que les Français sont de plus en plus nombreux à vouloir participer au développement économique du Kurdistan. Ici, les représentants de la PME tarnaise Phodé, spécialisée dans la nutrition animale, qui ont beaucoup apprécié la qualité du projet de l'IECD.








