After 10 years of dormancy, Intermittens, the Discordian magazine, has released its issue number 11, titled "Post-Truth".
Get it from the Library of Eris or from the DisLib.
JUNKPAGE soutient le combat des intermittents et précaires et a souhaité leur offrir un espace de parole dans ses pages.Nous traitons l’actualité estivale mais de nombreux spectacles, festivals et autres événements culturels seront sans doute perturbés. Chaque spectateur est concerné et la rédaction vous encourage à vous informer.
Je soutiens cette lutte car…
Jocelyn « Jojo » Gallardo, accordéoniste des Hurlements d’Léo
« La première chose à dire, c’est que cette réforme de l’Unedic ne concerne pas que les intermittents. Le Medef en profite pour la faire passer aussi auprès des intérimaires et des chômeurs. Quant à la proposition de la coordination, elle était non seulement plus économique, mais plus juste, avec un plafond plus bas, à 3 140 euros, et surtout plus protectrice envers les plus précaires. Les conditions de la négociation ont été un déni de démocratie, avec à peine un quart des représentants concernés reçus à la table. Cette réforme est surtout idéologique, car elle ne permet que 20 millions d’euros d’économies, alors que celle de la coordination faisait économiser 100 millions d’euros. Mais elle protégerait les plus précaires. Et le Medef ne veut pas entendre ces arguments, il souhaite seulement toujours plus de flexibilité. »
Vincent Pacifico, chef opérateur de prises de vue, caméraman, sur des documentaires, de la pub, du sport.
« On considère que ce qui est proposé ne va pas dans le bon sens. Nous les techniciens, sommes une main-d’œuvre extrêmement flexible, et nous pouvons avoir des contrats d’une journée, voire d’une demi-journée. Cette ultraflexibilité doit être compensée et jusqu’à aujourd’hui, cela nous permettait une certaine stabilité. Ce qui s’inscrit en filigrane dans ces manifestations, c’est aussi la lutte contre le système des « permittents », ces intermittents permanents qui travaillent notamment depuis des années pour des grosses sociétés de production de la télévision, étant acquis que ce sont les Assedics qui les rémunèrent en partie. C’est totalement hypocrite. »
Catherine Marnas, directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
« On soutient cette lutte car l’accord n’est pas bon alors que les propositions initiales de la coordination étaient raisonnables, basées sur la solidarité, et fidèles à l’esprit originel. Non seulement cette réforme ne fait pas faire énormément d’économies, mais cela devient un système par capitalisation. Et avancer 5 400 euros comme plafonnement, c’est mettre l’opinion contre nous. Qui gagne 5 400 euros ? L’État, qui propose de compenser le manque à gagner de l’application du différé d’indemnidation ne règle rien. Par ailleurs, j’ai confiance dans les membres de la mission* nommée maintenant pour redéfinir le statut des intermittents, mais la non représentation des syndicats et organisations autour de la table (dont la coordination) ainsi que cette discussion après signature provoquent le scepticisme de la profession, alors que nombre de propositions n’ont jamais été étudiées auparavant. Ce système envié dans le monde entier est très fragile et peut être sinistré rapidement. »
Hubert Chaperon, comédien et auteur. Extrait d’un discours lors d’un rassemblement à l’appel du CIPG* le 20 juin dernier.
« […] Le modèle mondial, c’est le moins-disant ! Le moins-disant, c’est le moins cher ! C’est une tendance vers le zéro. Ça n’a pas de sens. Mais nos dirigeants s’en foutent, sinon on ne serait jamais arrivé au non-sens du moins-disant culturel, du moins-disant salarial, du moins-disant santé, du moins-disant social. […]
Mesdames et messieurs les enfumeurs professionnels, la multiplication des attaques auxquelles nous devons faire face confirme que nous sommes bien dans une guerre idéologique et non économique. Le nombre d’inexactitudes et de contrevérités contenues dans votre propagande est telle que nous pensons que vous agissez avec des arrière-pensées qui cherchent à disqualifier le combat que nous menons en faveur des travailleurs pauvres de ce pays. [...] »
Renaud Cojo, metteur en scène, acteur, auteur, Cie Ouvre le chien.
« Cette crise de l’intermittence a pour mérite de relever les énormes contradictions de nos pratiques. Le sens du geste au plateau, de l’essence même du travail d’artiste comme agitateur, a enfin franchi les limites du théâtre. De la contemplation de sa passivité dans les salles, il est devenu actif au cœur de la société. L’intermittent ne revendique plus seulement l’accompagnement de sa précarité, mais la pose à présent et sincèrement pour chacun.
Dans mon cas, quand on dort, mange, conduit et fait ses courses avec un projet en tête, comment voulez-vous parler d’intermittence ? La vie n’est pas intermittente.
De manière plus critique, je pense que tout s’est brisé le jour où l’on a retiré l’art sur les plateaux pour amener coûte que coûte des gens dans des théâtres. »
Joël Brouch, directeur de l’Oara, Office artistique de la Région Aquitaine
« Je suis naturellement solidaire de la lutte que mènent les intermittents, car, sans ce régime unique au monde, tout l’écosystème artistique français s’écroule.
Déjà fragilisés par la baisse continue des subventions publiques et des recettes au guichet, qui stagnent quand elles ne diminuent pas, nous ne pouvons pas accepter une révision du régime de l’intermittence sur la seule base d’économies à réaliser, de surcroît injustement réparties. Et nous ne pouvons admettre le statu quo comme réponse satisfaisante.
On ne sortira de ce problème, qui ne date pas d’aujourd’hui, qu’en repensant globalement nos politiques culturelles et leurs fondations économiques. Il ne faut donc pas donner les clés au Medef, mais engager la responsabilité de tous les acteurs de la culture. La réforme des collectivités territoriales doit être le point de départ d’une nouvelle ambition pour la culture. On a trouvé 50 milliards d’euros pour un choc de compétitivité, j’en souhaite un seul pour un choc de créativité ! »
Pour mieux comprendre le statut des intermittents et les débats en cours, 4 vidéos «Ripostes» sont disponibles sur internet et les réseaux.