Une langue de terre dans le ciel
Il fut un temps où l’on se désolait de la prolifération des mots en -isme. Courants artistiques et mouvements politiques les avaient installés dans le langage courant. Ainsi du romantisme au surréalisme en passant par le fauvisme, et du socialisme au centrisme en ne passant surtout pas par le communisme.
Il ne m’aura pas fallu beaucoup de temps pour oublier les mots et n’en garder que leur suffixe, qui allait alimenter mon esprit vagabond. Je n’entendais alors que l’isthme dont on voulait que je me méfie. Et pourquoi me méfierais-je d’une langue de terre entre deux mers, espace béni reliant deux terres comme on tend sa main vers l’ailleurs ?
Cet ISTHME à l’écriture improbable et compliquée digne du Scrabble, amputé de deux lettres muettes aidait-il les courants à se comprendre ou se rejoindre ?
Ces temps derniers une nouvelle terminaison résonne à nos oreilles, qui nous invite à nous évader sans permission. Du distanciel au présentiel en piétinant l’essentiel, que croyez-vous que je retienne ?
Jacques et son haricot magique, Jacob et son échelle m’invitent à quitter la rue et grimper dans les nues – on dit bien “tomber des nues”, il a donc bien fallu y monter un jour…
Archipels de nuages glissant au gré du vent sur la mer du ciel, grains de beauté dans l’orage, la nouvelle carte du ciel est essentielle. Étudiez-la de près, des isthmes apparaissent entre les stratus et les cumulo-nimbus, on y circule librement, à cloche-pied ou ailes déployées – celles qui allègent nos épaules du poids du monde.
Marie-Pia
8 novembre 2020
“C’est se taire et fuir, s’offrir à temps,
Partir avant de découvrir d’autres poisons dans d’autres villes
Et en finir de ces voyages
Immobiles.”
Étienne Daho, Les Voyages immobiles, 1991.