İnsan denen bir salgın hastalık var.
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İnsan denen bir salgın hastalık var.
Je comptais les jours qui me séparaient du jeudi. Dans le parc, même endroit, jeudi après-midi, deux heures. En face d'un abri pratiquement inutilisé, autre retraite où faire l'amour à condition que les bombardiers ne viennent pas survoler la ville. C'est dans cet abri anti-aérien que devait se passer la chose. À coup sûr, mais je me demandais bien ce que nous ferions du chien-loup. Pour paraître à mon avantage le jour de ce rendez-vous (Natasha étant beaucoup plus séduisante que ma Hollandaise, je l'aimais déjà davantage), je résolus de m'acheter une paire de souliers neufs. Je disposais de la somme d'argent et des tickets nécessaires mais non d'assez de temps pour aller faire mon choix. Avant l’heure de la fermeture des boutiques je me rendis en ville. Je ressortis bredouille de six magasins de chaussures. Il n’y en avait que des noires. Les chaussures jaunes ne sont pas à la mode, me disait-on partout. Mode ou pas, je tenais à cette teinte. Les souliers noirs me donnaient le cafard, je ne voulais rien porter de noir. Dans la septième boutique je trouvai finalement la couleur désirée mais non mon exacte pointure. Une pointure au-dessous. "C’est trop petit ! fut le verdict des vendeuses. — Je les prends quand même. — Vous risquez de vous blesser les pieds. — Elles ne me font pas mal." J’aurais préféré de beaucoup aller voir Natasha sans chemise ni cravate plutôt qu’avec des souliers noirs. Des souliers noirs m’auraient terni le bleu de la Volga miroitant dans ses yeux. Des souliers jaunes ! Je les enfile. Il ne me reste que trois quarts d’heure et j’ai devant moi une demi-heure de marche. La grande artère plantée d’arbres n’eût-t-elle été pourvue de bancs, je ne serais jamais arrivé. D’un banc à l’autre je dus m’asseoir pour enlever mes chaussures et me frictionner les orteils. J’allais rater mon rendez-vous, c’était sûr. Deux heures moins dix : je vais être en retard de cinq bonnes minutes. Ces cinq dernières minutes de tribulation sont une traversée de l’enfer de Dante. Je suis chaussé de fer chauffé à blanc, non de bois et de toile à sac. Natasha m’attendait avec son chien-loup. En galant homme d’Europe que j’étais, je ne voulus pas l’importuner de mes jérémiades. Nous parlâmes de Kiev et d’Amsterdam. Je devins poète, lui récitai des vers; parmi les pires que j’aie jamais commis, mais les jeunes filles russes savent apprécier les amants qui leur disent des vers. Je le compris rien qu’à voir de quels yeux, comme au théâtre ou au music-hall, elle écoutait tous ceux que je lui récitais. Et elle me caressa de son regard quand, de mémoire, je déclamai ceux-ci (je les ai conservés, ils sont datés du 27 octobre 1941) : Une danse d’ombres au gré du vent, des fleurs mortes sur notre tombe, la vie est là. On se croit un Titan, le Destin nous assaille et voilà l’homme à bas. Nul coq pour nous ne chante nul chien n’aboie, le monde roule à jamais sur ses essieux géants. Comme elle goûtait cela, la pauvre, je crus bon de lui servir aussi ce petit quatrain réconfortant (daté du 16 octobre 1941, Dieu merci, sans quoi je n’oserais le citer) : Ne perds jamais cœur oublie tes tourments, le soleil jusqu’en son couchant brille avec une égale ardeur. Elle m’embrassa gentiment sur la joue pour ces paroles conspiratrices. "Ne désespère pas, la guerre sera bientôt finie", disaient effectivement ces vers. Elle le comprit. Nous en étions aux effleurements de mains au moment de pénétrer dans l’abri. Quant au chien, nous l'attachâmes à l’entrée. Lorsqu’il s’agit d’escalader la couchette supérieure matelassée de paille, je ne quittai pas mes chaussures de peur qu’il ne nous fallût déguerpir inopinément. Je ne pris pas le temps de me déboutonner. Nous avions dix-sept ans l’un et l’autre. Est-il besoin de se déshabiller à cet âge ? L’amour n’est-il pas assez fort pour rendre toute espèce d’étoffe transparente ? Comme il était prés de trois heures et qu’elle allait devoir rentrer, nous n’eûmes que le temps d’échanger nos photographies de passeport, non de doubler notre plaisir, ce qui eût soulagé mon supplice pendant quelques secondes encore. Mes pieds refusaient de se faire oublier, ils m'élançaient furieusement par vagues violentes incessamment recommencées. Heureux et triste à la fois de quitter Natasha, je ne l'eus pas plutôt perdue que je m'empressai de retirer mes chaussures pour rentrer à bord en chaussettes. Volupté cent fois plus douce que de posséder une femme, il me sembla glisser en songe au-dessus des nuages.
Jakov Lind / La peur est ma racine / Gallimard / [1969] 1974 / Trad. : André Simon.
Il nous faisait dessiner des anatomies toutes pareilles aux illustrations de l'Encyclopédie médicale que nous avions à la maison. Des pages de cette encyclopédie je tirais la substance de conférences que je donnais aux filles de mon club (à toutes celles aussi qui désiraient y assister) sur les "réalités de la vie". Ces "réalités", c'étaient les organes génitaux de l'homme et de la femme, le cycle menstruel, la naissance des enfants. Lôwenherz tenait à ce que l'anatomie de l'homme fût dépouillée de ses attributs, sans organes sexuels. Est-il concevable que l'intérieur de l'homme soit réellement constitué de lignes rouges et de bulles bleues et roses? Le squelette et la tête de mort que l’on voit représentés sur le train fantôme du Prater sont-ils réellement au cœur de l'homme ? Répugnante révélation au moment qu’il le faut admettre. De l'eau, des os, un peu de peau, un trou pour manger, un autre pour pisser, un autre pour se vider les boyaux. Les leçons d’anatomie de Lôwenherz m’obligèrent de m’interroger si le sionisme était bien la bonne solution pour les Juifs, et si le fin mot de l'amélioration de la condition humaine était le socialisme. De crainte d’être traité de prude ou de sentimental, je n'aurais avoué à personne que mes convictions et mon idéal risquaient d'être ruinés par ce rouge (des veines) et ce bleu (des organes internes). Il n'y avait pas jusqu'à la carcasse d'une volaille qui ne me donnât à "réfléchir". J'enfouissais dans la terre les os de poulet. "En réalité nous sommes tous des squelettes comme tu peux le voir aisément par toi-même", me remontra je ne sais qui. Nous ne sommes ni des sionistes ni des Juifs — mais des squelettes. Ni des Autrichiens ni des nazis — non, des squelettes. Chacun de nous est un squelette, né avec un petit squelette pour mourir avec un plus gros. Le squelette est la racine de l'homme. Enfouis l'un et l'autre, ils ne peuvent s'imaginer tant qu'on ne les a pas dénudés, se voir tant qu'on ne les a pas mis au jour.
Jakov Lind / La peur est ma racine / Gallimard / [1969] 1974 / Trad. : André Simon.
rroobbiinnhhuussttllee said: Inferno is incredible. And omg, if you have a chance to hear her read, go.
I might get a chance, since I live in Mass. I own _Cool for You_ and I adore it, but I don't know if I'm in the mood tonight.
ruthcurry replied to your photoset: New York Review Book Classics are over represented...
The Dud Avocado is fantastic
Its priority is "high" on my wish list, so if not tonight, then soon.
lazersilberstein replied to your photoset: New York Review Book Classics are over represented...
Get Soul of Wood by Jakov Lind
That's on my wish list as well, but I don't think it's on Kindle.
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The Blue Mustache (for Jakov Lind)
On Pepys’ Mountain with a one armed skeleton; a faithful pet of mine, exactly perfect with a blue mustache. My name is Benjamin, I have grey skin and I’m carrying this poem for Jakov Lind, built of him, taut in theft.
We journey through the night, for a second time, toward Deptford, losing our way nonetheless, a country mile wayward. Both born in old days, born in fear.
There is a voice, slow rising, a squat sound, the sound of deep water, a voice black as coal yet somehow silver as God’s throne. This language is a problem, no doubt about it. We walk on.
Sentences speak, trailing back toward the Lewisham cubes before descending three flights down. An underworld.
I will awake from this, back at Pepys; bald, myopic, mouthing the salvaged parts worth having, set it on the stove, will it to grow, step outside and switch tongues.
2013
Most stories don’t smash me to bits. As I read them, I’m moved, enchanted, worried, dismayed, relieved, sometimes annoyed. But Jakov Lind’s Soul of Wood and Other Stories just left me flattened, feeling empty, and as if I were stranded in a strange shapeless place. The question “Wow, what was that all about?” kept looping in my head like a song, and I was unable to find an answer.
Read the rest of the post at A Geography of Reading.
Those who had no papers entitling them to live lined up to die.
This is the devastating first sentence of Jakov Lind's Soul of Wood, a sentence that made me close the book immediately, because I'd started it late last night, in bed. A book that begins this way cannot be started while one is lying down. This is a book that demands a reader sit up and give it the respect it deserves.
You mustn't be afraid of people, my friend, people are only flesh.
— Jakov Lind, from Landscape in Concrete, trans. Ralph Manheim
(Paintings: Francis Bacon, Three Studies for a Crucifixion, 1962)