J’ai enfoui ma raison dans ma main, joyeusement, je tiens la tête droite, mais la main pend de fatigue, la raison la fait ployer vers la terre. Regarde s’il te plaît la petite main à la peau dure, ridée, aux nombreuses veines saillantes, avec ses cinq doigts, comme c’est bien d’avoir pu sauver ma raison dans ce réceptacle anodin. Ce qui est particulièrement bienvenu c’est que j’ai deux mains. Je demande comme dans le jeu des enfants : dans quelle main ai-je ma raison, personne ne peut le deviner, car je peux en joignant les mains faire passer ma raison de l’une à l’autre en un instant. Kafka, Derniers cahiers, traduit de l’allemand par Robert Kahn, Nous, 2017







