Poni: acoustically incorrect
Publié sur le blogue de BRBR le 22 mai 2014: http://www7.tfo.org/brbr/poni/
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les gars de Poni ne regardent passer le train les deux doigts dans le nez. Nicolas Gosselin et Simon Gauthier viennent de traverser les finales des Francouvertes avec leur groupe Deux Pouilles en Cavale, Simon et Jonathan Bigras ont lancé juste avant Noël un album avec Les Guenilles, et Jonathan est probablement le batteur le plus en vue sur la scène locale en ce moment (BP Black Piranha, Red Mass, The Muscadettes). Seul le chanteur Nicolas Beaudoin a quitté Buddy McNeil And The Magic Mirrors, qui eux aussi sortent un disque cette semaine, pour se concentrer sur Poni.
Poni a hérité de la pesanteur et de l’amour des rythmiques complexes des membres de son backing band, mais dans une ambiance qui ressemble plus aux chansons atmosphériques de Gros Mené ou de In Vitro (projet parallèle des deux gars de Band de Gagage). Les gars viennent du Lac, et ils ont beau avoir leur propre son, impossible de ne pas y entendre Les Dales Hawerchuk et Les Fréres Cheminaud par moments. Sur quelques chansons, on retrouve aussi les percussions de Julien Sagot (Karkwa) ou la batterie de Pascal Rousseau (Deux Pouilles).
Le groupe s’est vraiment cristallisé avec Jonathan Bigras à la batterie autour de l’enregistrement du disque en décembre. «C’est vraiment les trois autres qui composent, Si j’étais dans le processus de créations ce ne serait pas le même band. Les tounes que Sagot et Rousseau ont enregistrées (Bordel, l’Oeil du Fauve) sont moins ma tasse de thé et leur jeu était parfait pour celles-là. L’important, ça reste quand même toujours la toune», affirme-t-il.
Les deux Nicolas se sont rencontrés au Lac. Beaudoin vient de Dolbeau et Gosselin de la rue du Côteau-Marcil, 8 km plus loin. Jeunes adultes, ils donnaient dans «des pièces instrumentales de 13 minutes. À 45 km de là, Simon Gauthier les regardait aller. «Nous aut’ à St-Fé [licien] on savait qu’il y avait une gang de musiciens à Dolbeau et que c’est là que ça se passait. Y’avaient l’air de tripper en estie. Faque on allait voir des shows. Les deux Nicolas et moi on s’est dit pendant 4-5 ans: “À un moment donné on va se faire un band ensemble!”» Aujourd’hui, ils surveillent les groupes LR Projet, La Poisse et Occult Tofu Soup.
C’est Beaudoin qui a écrit la plupart des textes, souvent en tournée avec Karkwa et Louis-Jean Cormier, pour qui il est technicien depuis dix ans. «Bordel» parle d’un de ses collègues techniciens de son qui perd graduellement la vue depuis un an. «Son surnom c’est Bordel. Il fait beaucoup de tournées, et je me disais: “à un moment donné il va lui rester juste les sons, les odeurs”, et ça m’a inspiré ce texte-là.» «Minotaure», c’est pour «le moment où tu es vidé de ton énergie, que tu dois faire certaines choses et que tu y vas les poings fermés.» Et dans «Crochi», il se met «dans les extra-large pants» de ceux qui se font répéter toute leur vie qu’ils sont gros et n’accompliront jamais rien.
La terre appelle la Base Alpha
En décembre, le quator s’est isolé dans une base lunaire juchée au sommet d’une montagne de Saint-Julien pour enregistrer son premier disque. «On est chanceux», témoigne Nicolas Beaudoin. «Louis-Jean nous a prêté plein de matériel. Il y a des gens qui ont le coeur sur la main, qui sont déjà passés par là et qui nous ont beaucoup aidés.»
La base en question fait partir d’un parc de chalets thématiques dont le propriétaire, Daniel Lamothe, est un célèbre tripeux de musique. On y aurait même vu une prestation du groupe de heavy métal ontarien Anvil en 2010. Plutôt que le chalet rustique, le wagon de train et le moulin rouge, les gars de Poni ont donc choisi le très kitsch Base Alpha, un dôme de métal à l’acoustique imprévisible planté dans le sol. «Quand on voulait parler à quelqu’un qui était à l’autre bout de la pièce, on parlait vers le mur derrière nous et il l’entendait comme si on murmurait à son oreille. C’était un peu acoustically incorrect», illustre Jonathan Bigras, avouant que le résultat était un coup de dés. Mais il fut concluant: le petit effet de rebond quasi imperceptible donne du relief au disque de Poni.
Là-haut, ils étaient tout seuls. «C’est là qu’ils ont découvert mon caractère de marde», rigole Jonathan. «Une chance qu’il était là», nuance Gosselin, «parce que des fois on partait sur des chires! À un moment donné il était quatre heures du matin et on hurlait comme des débiles pour que Nic chante plus fort, “aweille, t’es capable!”. Mais Jaune était couché en haut et comme on enregistrait avec des écouteurs il entendait juste Nic! Faque il nous a dit “Là, ça va faire!”. Pis il avait ben raison, on dérapait complètement!».
Ponì avec un ì
Poni, le nom, aurait dû s’écrire avec un ì. Mais à défaut de l’avoir gardé, pour cause de «pas Facebook friendly», ils ont pu gagner des fans égarés de l’animal sur Facebook. On aurait pu croire le nom simplement humoristique, son côté doux contrastant avec leur musique de fauves, mais Poni vient d’une expression qui a survécu les années. Au départ, toutes les chansons portaient ce nom «Dans notre gang de chums, si quelqu’un faisait une gaffe on disait: “Voyons, Poni!”»
Prochains concerts: 22 mai, Divan orange, Montréal (lancement de disque) 9 juin, Festivoix de Trois-Rivières 1er août, Échofête de Trois-Pistoles
https://www.facebook.com/4poni http://poni-mtl.bandcamp.com/
















